
Il travaillait par couches successives, entre ajouts et effacements, jusqu’à faire émerger des formes épurées. Le peintre et sculpteur marocain Abdallah Sadouk, figure majeure de la scène contemporaine, s’est éteint le 15 février 2026 à Paris, à l’âge de 75 ans. Plus de trois mois après sa disparition, le monde de l’art continue de lui rendre hommage.
De Casablanca à Paris, une formation d’exception
Né le 25 décembre 1950 à Casablanca, Abdallah Sadouk se forme à l’Institut national des beaux-arts de Tétouan entre 1967 et 1969, auprès d’Abdellah Fekhar pour le dessin et de Thami El Kasri Dad pour la sculpture. C’est là que se dessinent les bases de son travail.
Il poursuit ensuite ses études à Paris, à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, puis aux Beaux-Arts, dans l’atelier de Jean-Marie Granier. En 1980, il obtient une licence en arts plastiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Avant même ce parcours académique, son rapport au geste s’ancre dans une expérience plus ancienne. Il prend son origine dans celle du Mssid, l’école coranique, où il apprend très tôt à tracer la lettre. Cette pratique du signe restera présente tout au long de son œuvre.
Le paysage comme structure
Chez Sadouk, le paysage sert de point de départ à une recomposition. L’artiste décrivait lui-même ainsi son processus : « Je remplis mes toiles jusqu’à saturation, ensuite j’élimine et je nettoie… ». Une manière de travailler qui donne à ses œuvres une tension particulière, entre construction et retrait.
Ses compositions, souvent dominées par des tons ocres, ont été rapprochées du cubisme pour leur organisation en plans et en formes géométriques. Plusieurs critiques y voient aussi une influence de l’architecture traditionnelle marocaine.
Abdallah Sadouk entre France et Maroc
Installé en France au début de sa carrière, Abdallah Sadouk choisit de revenir vivre en partie au Maroc à partir des années 1990. Il partage alors son temps entre Paris, Casablanca et la région d’Al Haouz, où il installe un atelier en 2007.
Ses œuvres sont exposées dans plusieurs institutions, de l’Institut du monde arabe à Paris à la Biennale de Marrakech, en passant par Montréal. En 2014, une rétrospective à Casablanca revient sur près de cinquante ans de création. Aujourd’hui, ses travaux figurent notamment dans les collections du Musée Mohammed VI et de la Bibliothèque nationale de France.
Un peintre aussi sculpteur
Abdallah Sadouk ne se limite pas à la peinture. À Casablanca, il signe notamment la façade métallique du siège de TGCC, illustration de son intérêt pour l’intégration de l’art dans l’espace public.
Il collabore également avec plusieurs écrivains, dont Abdelkébir Khatibi, Abdellatif Laâbi et Tahar Bekri, dans des livres d’artiste où texte et image se répondent sans rapport illustratif direct.
Fin mars 2026, une exposition réunissant une trentaine de ses œuvres est organisée à l’Espace Artorium de Casablanca. Une soirée hommage, portée par la Fondation TGCC, rassemble ses proches et plusieurs figures du monde culturel, autour de lectures de textes d’Abdellatif Laâbi.
Depuis, d’autres initiatives prolongent cet hommage, au Maroc comme à l’étranger, signe d’un travail qui continue de circuler et de marquer les scènes artistiques contemporaines.




