
Ce mardi, le président de la Transition malienne, le général Assimi Goïta, a reçu au palais de Koulouba le professeur Abdoulaye Djimdé qui a récemment reçu deux grandes distinctions à l’international.
Dans un Mali confronté, ces dernières années, à des défis sécuritaires, politiques et économiques, la scène qui s’est déroulée ce mardi 26 mai 2026 au palais de Koulouba avait une portée particulière. Pour une fois, ce n’était ni une question militaire ni une crise diplomatique qui occupait le cœur du pouvoir, mais la science. Le président de la Transition malienne, Assimi Goïta, a reçu en audience le professeur Abdoulaye Djimdé, l’un des chercheurs africains les plus respectés dans le domaine médical, récemment honoré de deux distinctions internationales majeures : le prestigieux Prix Noguchi pour la recherche médicale en Afrique et sa nomination au Conseil consultatif scientifique du secrétaire général des Nations unies.
La rencontre, organisée en présence du ministre malien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Bouréma Kansaye, a pris des allures de célébration nationale autour du savoir et de l’excellence académique malienne.
Une reconnaissance continentale et mondiale
Directeur du Centre de recherche et de formation sur les parasites et les microbes de l’Université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako (USTTB), le Pr Abdoulaye Djimdé n’est pas un inconnu dans les milieux scientifiques internationaux. Depuis plusieurs années, ses travaux sur le paludisme et les maladies infectieuses ont contribué à faire rayonner la recherche malienne bien au-delà des frontières du pays. Mais les distinctions obtenues cette année marquent une nouvelle étape dans son parcours. Le Prix Noguchi pour la recherche médicale en Afrique est considéré comme l’une des récompenses scientifiques les plus prestigieuses du continent. Décerné à des chercheurs dont les travaux ont un impact majeur sur la santé publique africaine, il symbolise l’excellence scientifique et l’innovation au service des populations.
La nomination d’Abdoulaye Djimdé au Conseil consultatif scientifique du secrétaire général des Nations unies revêt, elle aussi, une importance considérable. Cette instance stratégique réunit un cercle restreint de scientifiques internationaux chargés de conseiller l’ONU sur les grandes transformations technologiques et scientifiques qui façonnent le monde contemporain. Physique quantique, intelligence artificielle, biologie synthétique, changement climatique : les membres de ce conseil participent aux réflexions mondiales sur les enjeux les plus sensibles de notre époque. Pour le Mali, voir l’un de ses scientifiques siéger dans une telle institution constitue un symbole fort.
« La science peut aussi être un instrument de souveraineté »
Au sortir de l’audience, le professeur Abdoulaye Djimdé a tenu à remercier les autorités maliennes pour leur soutien à la recherche scientifique. « Je voudrais avant tout remercier son Excellence le président de la Transition, chef de l’État, le général d’armée Assimi Goïta, pour cette audience qu’il a bien voulu m’accorder », a-t-il déclaré devant la presse. Derrière les mots protocolaires, le chercheur a surtout voulu rappeler une idée de plus en plus présente dans plusieurs pays africains : la souveraineté ne se limite pas au domaine militaire ou politique ; elle se joue également dans la maîtrise du savoir, des technologies et de la recherche.
Dans un contexte international marqué par les inégalités technologiques entre les nations, la présence d’un scientifique malien au sein d’une instance onusienne comme le Conseil consultatif scientifique du secrétaire général de l’organisation apparaît comme une victoire symbolique pour un pays souvent réduit, dans les médias internationaux, aux questions sécuritaires. Le scientifique malien a d’ailleurs insisté sur la mission de cette instance onusienne : aider les Nations unies à promouvoir une utilisation responsable et équitable des innovations scientifiques, tout en limitant les risques liés aux nouvelles technologies et les inégalités d’accès entre les peuples.
Un motif de fierté nationale dans un contexte difficile
À Bamako comme dans plusieurs universités maliennes, l’annonce des distinctions du professeur Djimdé a suscité une vague de fierté parmi les étudiants, enseignants et chercheurs. C’est une preuve supplémentaire que malgré les difficultés de financement, ainsi que l’insuffisance ou le caractère vieillissant des infrastructures auxquels sont confrontées les universités maliennes, tout comme d’autres universités africaines, elles demeurent des hauts lieux de science qui peuvent influencer les grandes décisions internationales.
Pour de nombreux jeunes chercheurs maliens, le scientifique malien incarne désormais une figure d’espoir et de persévérance. Cette reconnaissance intervient également à un moment où les autorités de transition cherchent à renforcer l’image d’un Mali capable d’exister sur la scène internationale autrement que par les crises politiques ou les tensions sécuritaires. À travers cette audience très médiatisée, Koulouba a voulu envoyer un message clair : la science et l’innovation doivent devenir des leviers du rayonnement international du Mali.




