
Le centre d’excellence algéro-italien Enrico Mattei vient d’être ouvert. À Sidi Bel Abbès, l’Algérie entend ainsi faire de la formation, de la recherche et de l’innovation agricoles un levier d’influence africain, au croisement des enjeux alimentaires, climatiques et technologiques du continent.
Créé par un décret publié au Journal officiel n°37, le centre d’excellence algéro-italien Enrico Mattei s’installe à Sidi Bel Abbès, sous tutelle du ministère algérien de l’Agriculture. Il donne corps à un mémorandum signé à Rome le 23 juillet 2025 entre l’Algérie et l’Italie. Sa mission est clairement définie : former, accompagner la recherche et encourager l’innovation agricole, avec une ouverture assumée vers le continent africain.
Ce projet arrive à un moment où la sécurité alimentaire est redevenue une priorité stratégique pour de nombreux pays africains. Hausse des coûts de production, pression sur l’eau, recul de certaines terres cultivables, dépendance aux importations exarcerbées par le conflit iranien et le blocage d’Ormuz sont venus s’ajouter aux évolutions liées aux chocs climatiques. Désormais l’agriculture du continent doit changer d’échelle sans reproduire des modèles inadaptés à ses réalités. En se positionnant sur la formation et la transmission de savoir-faire, l’Algérie cherche à occuper une place utile dans cette transformation.
Sidi Bel Abbès se situe dans une région agricole importante de l’ouest algérien, à proximité de grands bassins de production, mais aussi de zones confrontées aux défis de l’eau. C’est dans cet environnement que le centre doit former techniciens et ingénieurs locaux mais aussi accueillir des étudiants africains et faire circuler l’expertise entre l’Italie, l’Algérie et les pays du continent.
Un projet agricole, mais aussi géopolitique
Le centre Enrico Mattei s’inscrit dans le rapprochement accéléré entre Alger et Rome. Depuis plusieurs années, l’Italie considère l’Algérie comme un partenaire central en Méditerranée, d’abord dans l’énergie, désormais dans l’agriculture et l’industrie. Ce nouveau centre prolonge cette dynamique avec une coopération triangulaire entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.
L’Algérie dispose d’une expérience agricole en zones arides et semi-arides ainsi que d’instituts de recherche renommés avec une connaissance directe des contraintes sahéliennes et méditerranéennes. En outre, Alger dispose d’une position géographique stratégique entre les deux rives de la Méditerranée et le reste du continent. Longtemps perçue à l’étranger à travers ses hydrocarbures, la ville blanche veut désormais apparaître comme un pays capable de former et de participer à la construction de solutions africaines.
L’agriculture africaine doit produire davantage, consommer moins d’eau et préserver les sols. Les missions du centre Enrico Mattei recoupent directement ces priorités de productivité agricole, couplée avec la préservation des ressources naturelles, et l’innovation technologique.
La cration du centre envoie le signal que l’’Algérie veut investir dans la connaissance pour peser autrement. Au-delà de la diplomatie des ressources, elle entend contribuer à former les compétences qui feront l’agriculture africaine de demain



