Féminicides au Maghreb : quand les lois ne suffisent plus à sauver les femmes


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violences faites aux femmes
Violences faites aux femmes

Du Maroc à la Tunisie en passant par l’Algérie, les féminicides révèlent une faille profonde : celle d’États qui disposent de textes contre les violences faites aux femmes, mais peinent encore à protéger les victimes avant qu’il ne soit trop tard.

Au Maghreb, les féminicides ne peuvent plus être relégués au rang de faits divers. Derrière chaque femme tuée, il y a souvent une histoire de violences répétées, de plaintes ignorées, de voisinage silencieux et d’institutions absentes. Le problème n’est pas seulement le crime lui-même mais c’est tout ce qui l’a précédé sans parvenir à l’empêcher.

Fin 2025, plusieurs organisations féministes d’Algérie, du Maroc et de Tunisie, réunies dans la dynamique « Maghreb sans féminicides », ont tiré la sonnette d’alarme. Elles dénoncent l’absence de statistiques officielles fiables, la faiblesse des mécanismes de protection et le refus persistant de reconnaître le féminicide comme un crime spécifique dans les législations nationales. Selon leurs données, la Tunisie avait documenté 27 féminicides jusqu’en octobre 2025, l’Algérie plus de 48 en 2024, tandis qu’au Maroc les chiffres officiels du ministère public faisaient état, pour 2023, de 65 homicides volontaires et 18 décès dus à des coups et blessures impliquant des femmes.

Ces chiffres s’inscrivent dans un contexte mondial préoccupant. ONU Femmes et l’ONUDC estiment qu’environ 50 000 femmes et filles ont été tuées en 2024 par un partenaire intime ou un membre de leur famille, soit 137 victimes par jour. Le domicile reste ainsi l’un des espaces les plus dangereux pour les femmes.

Des textes, mais une protection fragile

Les trois pays maghrébins ne partent pas du même point, mais partagent une même difficulté, celle de transformer la loi en protection concrète. Au Maroc, la loi 103-13, entrée en vigueur en 2018, a introduit un cadre juridique contre les violences faites aux femmes, avec des mesures de prévention, de protection et de prise en charge. Mais les associations estiment que ce dispositif reste insuffisant tant que le féminicide n’est pas nommé, recensé et traité comme un phénomène spécifique.

En Tunisie, la loi n° 58 de 2017 contre les violences faites aux femmes avait été saluée comme une avancée majeure. Pourtant, les chiffres restent élevés. L’association Aswat Nissa a recensé 26 cas de féminicide en 2024, contre 25 en 2023, répartis sur 16 gouvernorats. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme relève également que, malgré l’existence de centres d’hébergement, les difficultés persistent : manque de moyens, formation insuffisante, pression sociale sur les victimes et absence de reconnaissance spécifique du féminicide.

En Algérie, le collectif Féminicides DZ affirme avoir recensé 315 féminicides entre 2019 et 2024, dont 48 pour la seule année 2024. Le collectif insiste sur le caractère non exhaustif de ces données, construites à partir des cas identifiés publiquement.

Nommer pour prévenir

La bataille est aussi sémantique. Dire « crime passionnel », « drame familial » ou « dispute conjugale qui tourne mal », c’est souvent effacer la mécanique de domination qui précède le meurtre. Dire « féminicide », c’est reconnaître qu’une femme peut être tuée parce qu’elle est une femme : parce qu’elle veut partir, ou divorcer, ou reprendre le contrôle de sa vie.

Pour les militantes maghrébines, les priorités sont de créer des statistiques publiques, former les policiers, les magistrats et les travailleurs sociaux, financer les centres d’accueil, évaluer les risques dès les premiers signalements et sanctionner effectivement les auteurs. Sans cela, les lois resteront sans prise réelle sur la réalité.

Le féminicide est l’aboutissement d’une violence qui s’est le plus souvent annoncée, signalée, e est restée ignorée. Au Maghreb comme ailleurs, la vraie mesure d’un État protecteur ne se trouve pas dans ses textes, mais dans sa capacité à empêcher qu’une femme menacée devienne une victime supplémentaire.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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