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Société - France - Maroc - Justice

Affaire Ben Barka : la France vise de hauts responsables marocains
Cinq mandats d’arrêt internationaux ont été signés lundi

La juge français Ramaël a signé cinq mandats d’arrêt internationaux contre des personnalités marocaines soupçonnées d’être impliquées dans la disparition de Mehdi Ben Barka, le 29 octobre 1965, à Paris. Cette mesure, encore non effective, pourrait faire avancer cette affaire, dont la lenteur est dénoncée par l’avocat de la famille Ben Barka et le fils du disparu.



mardi 23 octobre 2007


Par Awa Traoré

Du nouveau dans l’affaire Ben Barka. Le juge français Patrick Ramaël a signé, lundi, cinq mandats d’arrêt internationaux visant de hauts responsables marocains qui seraient impliqués dans la disparition du plus fervent opposant de feu Hassan II. Le dissident en exil avait été enlevé le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp de Paris, au cours d’une action menée de concert par les services du roi chérifien défunt et des policiers et malfrats français. Le corps de Mehdi Ben Barka n’a jamais été retrouvé, mais le juge Ramaël explore la piste d’un ancien centre de détention de Rabat, où le socialiste aurait été enterré.

La chaîne de télévision France 3, qui a révélé la signature des mandats, a précisé quelles personnalités sont visées : le général Hosni Benslimane (chef de la gendarmerie nationale), Abdelkader Kadiri (ancien patron des renseignements militaires), Miloud Tounsi (membre présumé du commando marocain qui a kidnappé Mehdi Ben Barka), Boubker Hassouni et Abdlehak Achaachi (tous deux membres d’une unité secrète des services marocains).

« Excédés par la lenteur de la justice marocaine »

Pour que les mandats soient effectifs, la Chancellerie - qui a assuré n’en avoir reçu aucun - doit les valider. Elle saisira alors le Bureau central national, la branche française d’Interpol, pour qu’ils soient exécutés. Le processus, qui pourrait durer plusieurs semaines, devrait déboucher sur une interdiction de quitter le territoire pour les Marocains inquiétés. Dans une interview accordée à l’AFP, l’avocat de la famille Ben Barka a déclaré que « c’était une bonne chose » que le juge Patrick Ramaël ait signé ces mandats. « Moi-même, représentant de la partie civile, et le juge sommes excédés par la lenteur de la justice marocaine sur cette affaire. Cela fait 42 ans que cela dure et il fallait agir », a ajouté Me Maurice Buttin.

Le week-end dernier, le fils de Medhi Ben Barka, Bachir, s’était également plaint des retards. « Il existe un blocage au niveau de l’instruction du dossier en France et au Maroc », a-t-il clamé à l’AFP. Appelant le ministère marocain de la Justice à « relancer la commission rogatoire française au Maroc », il a précisé : il y a des « urgences car la commission rogatoire concerne des témoins marocains qui sont encore en vie et je crois qu’il est temps, avant qu’il ne soit trop tard, [de les interroger] pour qu’on ne dise pas demain : c’est trop tard, les témoins sont morts ! »

Le rebondissement dans l’affaire Ben Barka survient alors que le président français Nicolas Sarkozy est en voyage jusqu’à mercredi au Maroc, notamment avec la ministre de la Justice Rachida Dati. Du coup, dans les couloirs du parlement marocain, à Rabat, on murmure que la date à laquelle interviennent les fuites concernant les mandats n’est pas le fruit du hasard...



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