Zuma n’arrive pas à se débarasser de la justice

Les élections présidentielles approchent et Jacob Zuma n’arrive pas à se sortir de ses démêlés judiciaires. La Cour suprême d’appel sud-africaine a invalidé ce lundi le non-lieu qui avait été prononcé le 12 septembre dans le cadre de la procédure lancée à son encontre pour corruption.

Jacob Zuma rattrapé par la justice. La Cour suprême d’appel sud-africaine a annulé ce lundi la décision de première instance qui avait permis au favori du parti au pouvoir aux présidentielles, qui doivent se tenir cette année, d’échapper à des poursuites pour corruption. L’affaire, ouverte par le procureur général Bulelani Ngcuka, va de rebondissements en rebondissements depuis la tenue du premier procès en 2005. A chaque fois, ce sont les chances de Jacob Zuma d’accéder à la magistrature suprême de son pays qui sont remises en question. Le chef du Congrès national africain (ANC), alors vice-président sud-africain (1999-2005), aurait exigé 500 000 rands (68 000 euros) par an pour protéger le fabriquant d’armes Thint, filiale sud-africaine du groupe français Thales (auparavant Thomson-CSF), objet d’une enquête dans le cadre d’un contrat d’armement. Son conseiller financier, Shabir Shaik, a écopé en juin 2005 de 15 ans de prison ferme. Il aurait versé, entre 1995 et 2001, 1,3 million de Rands (160 000 euros) pour bénéficier de l’influence politique de Jacob Zuma et aurait négocié pour ce dernier son contrat avec Thales.

Une mauvaise nouvelle en cette année éléctorale

Après le verdict, Jacob Zuma est démis de ses fonctions de vice-président. Ses arrangements avec son conseiller financier, mis en exergue lors du procès de ce dernier, lui valent d’être inculpé en octobre 2005 par la justice sud-africaine. Les charges seront levées en septembre 2006, puis le chef de l’ANC, fraîchement élu, sera de nouveau accusé en décembre 2007. Le 12 septembre, la procédure est de nouveau invalidée par Chris Nicholson, juge du tribunal de Pietermaritzburg (sud-est). Le juge a motivé son non-lieu par le fait que l’accusation n’avait pu présenté ses arguments. Le magistrat a également trouvé « curieux » que des poursuites n’aient pas été engagées simultanément contre l’ancien vice-président et son conseiller financier. Néanmoins, Chris Nicholson a autorisé le parquet à faire appel de sa décision.

Jacob Zuma et la justice

 2005 : En octobre, il est accusé de corruption et en décembre de viol

 2006 : En avril, il est acquitté dans son procès pour viol. En septembre, les charges pour corruption sont levées, faute de preuves suffisantes.

 2007 : En décembre, il est de nouveau inculpé pour corruption

 2008 : La procédure est invalidée en septembre. Le parquet introduit un recours.

 2009 : La Cour suprême d’appel donne raison au parquet. A la veille des présidentielles, le chef de l’ANC pourra de nouveau être inculpé pour corruption.

Ce dernier a eu gain de cause ce lundi. Le vice-président de la Cour Louis Helms a considéré par ailleurs que le juge de première instance avait « outrepassé » sa compétence en mettant en avant le rôle joué par l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki dans les accusations de corruption contre son ancien vice-président. «Le motif d’intervention politique n’avait aucune raison d’être retenu et l’on constate que ce motif a largement pesé dans la décision. Le juge a changé les règles du jeu et s’est égaré», a noté Louis Helms. « L’acharnement » de Thabo Mbeki l’a obligé à renoncer à la présidence, évènement qui est à l’origine de la création du nouveau parti d’opposition sud-africain, le Congrès du peuple (Cope). La formation dirigée par Mosiuoa Lekota a été créée par des fidèles de Thabo Mbeki.
A quelques mois du scrutin présidentiel, les démêlés judiciaires de Jacob Zuma, qui nuisent son image, risquent certainement de profiter à la nouvelle formation politique. Ce qui ne semble pas inquiéter outre-mesure un parti bien installé dans la vie politique sud-africaine, en dépit de la controverse qu’il nourrit aujourd’hui. L’ANC «confirme», dans un communiqué, que « Zuma sera le candidat à la présidence de l’ANC lors des élections de 2009».

 Le texte du jugement (Source : Mail&Guardian)