Afrique du Sud : Jacob Zuma sur les traces de Thabo Mbeki ?

Jacob Zuma a été élu, mardi, à 60% des voix, président du Congrès national africain (ANC) pour cinq ans. Il remplace le président sortant, le chef de l’Etat sud-africain Thabo Mbeki qui entendait bien briguer un troisième mandat. Le nouveau dirigeant de l’ANC est attendu avec une certaine nervosité par les marchés financiers, partisans de M. Mbeki, qui souhaitent connaître sa politique économique. M. Zuma avait défrayé la chronique en se faisant limoger de son poste d’ancien vice-président du pays, en 2005, après la condamnation pour corruption de son conseiller économique.

« Le nombre de votes recueillis est de 1505 pour Thabo Mbeki et de 2 329 pour Jacob Zuma », annonce Dren Nupen, la présidente de la commission électorale du parti du Congrès national africain (ANC), sous un tonnerre d’applaudissements. Dans le chapiteau, c’est l’effervescence, on chante et on danse dans le vacarme des tambours et des sifflets. Réunis en congrès depuis dimanche à Polokwane, au Nord-Est de l’Afrique du Sud, les délégués de l’ANC ont élu, mardi, pour cinq ans, Jacob Zuma à la tête du parti, écartant leur président sortant, le chef de l’Etat sud-africain Thabo Mbeki.

Ce congrès a révélé au grand jour la profonde division au sein du parti, exprimée par de longues joutes verbales, des chansons et des gestes. Le camp loyaliste levait trois doigts, symboles du troisième mandat de Mbeki à la tête de l’ANC tandis que les partisans de Zuma effectuaient un mouvement de rotation des mains pour signaler un changement de joueur. Du jamais vu pour le parti qui assistait pour la première fois, depuis 1949, à une confrontation entre deux candidats.

Les marchés financiers craignent la politique de Zuma

Dans cette bataille électorale, Jacob Zuma a pu compter sur le soutien ses deux puissants alliés de l’ANC, la confédération syndicale Cosatu et le Parti communiste qui attendent de lui une inflexion à gauche. Le président de l’ANC envisage de s’attaquer aux problèmes du chômage qui touche 40% de la population. Par sa politique ouvertement sociale, Joseph Zuma suscite la nervosité des marchés financiers, les alliés de Thabo Mbeki, qui craignent que sa politique économique soit catastrophique. « Je ne sais pas ce que Zuma représente. Je ne connais pas ses convictions économiques, parce qu’il n’a jamais rien dit. Mais il doit beaucoup au Cosatu et je sais ce que défend le Cosatu et je n’aime pas ça », a expliqué lundi à l’AFP, Dawie Roodt, économiste en chef pour le groupe d’investissement Efficient. Pour autant, il assure que « la nervosité n’est pas trop grande » et note qu’aucun des investisseurs étrangers avec lesquels il travaille n’est « prêt à quitter l’Afrique du Sud ». « Les marchés vont progressivement intégrer le fait que Zuma sera probablement le prochain président d’Afrique du Sud, mais aussi qu’il peut être inculpé dans les prochains mois », a souligné pour sa part, mardi, Mike Schussler un autre économiste.

Un personnage controversé

C’est vrai que Jacob Zuma défraye très souvent la chronique. D’ici quelques mois, Il risque d’être inculpé pour corruption et fraude fiscale au terme d’une longue enquête sur un contrat d’armement avec la filiale sud-africaine du groupe français Thales qui avait entraîné la condamnation de son conseiller économique en 2005. En Afrique du Sud, beaucoup s’inquiètent des écarts de ce tribun zoulou aux conceptions très traditionnelles qui soutient, entre autres, le test de virginité, une coutume récemment interdite. Cette élection est pour ces adversaires un véritable choc. Pour Helen Zille, la présidente du principal parti d’opposition l’Alliance démocratique, la victoire de Jacob Zuma est « un jour sombre pour l’ANC et pour l’Afrique du sud », a-t-elle déclaré, lundi, à l’AFP.

Aux vues des réactions, le nouveau président élu devra faire ses preuves et déployer ses talents de médiateur, comme il l’avait fait au moment des combats « ethniques » et fratricides entre l’ANC et les Zoulous dans la province du KwaZulu-Natal en 1994-1996. Il est certain que Le pays tout entier comme la communauté internationale observeront avec grand intérêt la politique menée par celui qui, à la tête de l’ANC, est désormais en position idéale pour être le prochain président de l’Afrique du sud.