
Face à l’urgence d’endiguer la fuite de ses matières premières, le Zimbabwe a brutalement suspendu toutes les exportations de minerais bruts, y compris le lithium. En imposant une transformation locale obligatoire, Harare entend reprendre le contrôle d’un secteur stratégique, renforcer la traçabilité et forcer l’industrialisation nationale, quitte à bousculer les investisseurs et à prendre un risque majeur pour son économie déjà fragile.
Le secteur extractif zimbabwéen traverse une zone de fortes turbulences réglementaires. Mercredi 25 février 2026, le ministère des Mines et du Développement minier a provoqué une onde de choc en annonçant le gel immédiat de toutes les exportations de minerais bruts. Cette mesure radicale concerne l’ensemble des ressources non transformées, y compris les concentrés de lithium, et s’applique même aux cargaisons déjà en transit. Pour le gouvernement du président Emmerson Mnangagwa, cette décision n’est pas une simple formalité administrative, mais un acte souverain pris au nom de l’intérêt national.
La fin de l’hémorragie des ressources brutes
L’objectif affiché par Harare est clair : mettre un terme à l’exportation de matières premières sans valeur ajoutée. Alors que le pays détient les plus grandes réserves de lithium d’Afrique, une part immense de cette production partait jusqu’alors vers la Chine pour y être raffinée.
En avançant l’interdiction des concentrés de lithium, initialement prévue pour 2027, le ministre des Mines, Polite Kambamura, impose un coup d’accélérateur forcé à l’industrialisation locale. Le gouvernement exige désormais que les sociétés minières investissent dans des unités de traitement et de raffinage sur le sol zimbabwéen, afin que les bénéfices de la transformation profitent directement à l’économie domestique.
Un tour de vis sécuritaire et réglementaire
Au-delà de l’aspect économique, cette suspension traduit une volonté de reprendre en main un secteur stratégique souvent opaque. Le nouveau cadre réglementaire exclut désormais les intermédiaires et agents dépourvus de licences minières propres. Seules les entreprises possédant des titres valides et des capacités de transformation certifiées pourront prétendre à des permis d’exportation.
Les autorités entendent ainsi renforcer la traçabilité des produits et lutter contre la sous-déclaration des cargaisons. Chaque opérateur devra dorénavant soumettre ses produits à des tests rigoureux pour prouver leur composition minérale avant tout passage en douane, sous peine de retrait définitif de ses droits miniers.
Le pari risqué de la souveraineté économique
Le Zimbabwe joue gros avec cette stratégie. Le secteur minier est le poumon du pays, représentant 80 % des exportations et près de 20 % des recettes publiques. En verrouillant ses frontières aux produits bruts, Harare espère enfin atteindre son objectif de 12 milliards de dollars de revenus miniers annuels, un seuil qui stagne autour de 5,5 milliards depuis deux ans.
En se positionnant sur la chaîne de valeur des technologies vertes, notamment les batteries pour véhicules électriques, le pays tente de transformer son sous-sol en un levier de puissance géopolitique. Le dialogue prochainement ouvert avec l’industrie devra déterminer si les investisseurs sont prêts à suivre ce rythme imposé ou si cette rigueur risque de freiner les investissements directs étrangers.




