Zimbabwe : comment la violence fait couler l’économie

Du tabac au tourisme en passant par les aliments de base, c’est toute une économie fragile que condamnent les troubles politiques actuels. Le risque de contagion régionale est réel.

Tandis que les occupations illégales d’exploitations agricoles faisaient un nouveau mort parmi les fermiers blancs, ce week-end au sud d’Harare, la violence qui secoue le Zimbabwe conduit à une aggravation journalière du bilan économique du pays.

Les répercussions de la crise politique sur l’activité zimbabwéenne sont en effet dramatiques. Elles atteignent d’abord la disponibilité des produits de base. L’agriculture représente 20 % du produit intérieur brut, ce qui contribue à accentuer une inflation qui dépasse désormais 60 %. Seconde victime du marasme, le tourisme, qui représente 12,5 % du PIB et 4,5 % des emplois. La fréquentation touristique – importante auprès des chutes Victoria – est en baisse de moitié depuis le début des troubles en février.

Le chômage touchera bientôt 55 % de la population active du pays. Ce phénomène massif, lié à la moyenne d’âge extrêmement basse de la population zimbabwéenne (43 % des citoyens sont âgés de moins de quinze ans), contribue à expliquer que des jeunes désoeuvrés, menés par les  » anciens combattants  » autoproclamés, occupent allègrement les exploitations agricoles commerciales détenues par les Blancs.

Les banques en danger

Le secteur du tabac semblait, au moins jusqu’à présent, devoir tirer son épingle du jeu, tout au moins pour l‘année en cours. Le Zimbabwe, troisième producteur mondial, attendait un profit substantiel de la récolte. C’était sans compter sur la réaction des exploitants aux violences. Devant l’occupation de leurs domaines, les principaux producteurs ont boycotté les premières mises aux enchères.

Selon l’Association zimbabwéenne du tabac (ZTA), le volume de tabac offert à la vente depuis le début de la campagne de vente 2000, il y a quelques jours, serait en baisse de 60 %. Cette désertion suscite la plus vive inquiétude des banques, qui craignent pour leur équilibre financier. Les exploitants du tabac ont contracté auprès d’elles des prêts à hauteur de 17 milliards de zim dollars, soit 450 millions d’euros.

Le délitement de l’économie nationale affecte à présent, et de plus en plus, les économies des autres pays de l’Afrique australe. Les responsables des Etats voisins commencent à ressentir la désaffection des investisseurs pour la région toute entière, cependant que le rand sud-africain n’en finit pas de plonger face au dollar.

De la déconvenue référendaire de Mugabe à la mise en place d’un nouveau gouvernement, avec ou sans Mugabe à sa tête : telle est la parenthèse temporelle pendant laquelle l’économie du Zimbabwe va continuer de s’enfoncer. A la différence des victimes d’assassinats politiques, les morts de la crise économique ne seront relevés qu’après les troubles. Ils ne seront peut-être pas moins nombreux.

Laurent Martin