Violences xénophobes en Afrique du Sud : le Ghana dépense 4 millions de dollars pour évacuer ses ressortissants


Lecture 4 min.
John Dramani Mahama
John Dramani Mahama

Face à la recrudescence des violences xénophobes en Afrique du Sud, le Ghana a organisé, entre mai et septembre 2026, le retour de près de 2 000 de ses ressortissants. Une opération de 4,27 millions de dollars qui a mobilisé les finances publiques et un partenaire privé, mais dont les dépenses font désormais l’objet d’un débat politique à Accra.

Quitter son logement, abandonner son commerce et rentrer précipitamment dans son pays pour échapper aux menaces. C’est la réalité à laquelle ont été confrontés des ressortissants ghanéens installés en Afrique du Sud où les tensions contre les étrangers se sont intensifiées au cours de l’année 2026. Face à la dégradation de la situation, les autorités d’Accra ont organisé une opération de rapatriement qui a permis à 1 964 personnes de rentrer au pays entre le 27 mai et le 4 septembre.

Le coût total de cette opération est estimé à 4,27 millions de dollars, soit près de 50 millions de cédis ghanéens, selon les chiffres communiqués par le ministère des Affaires étrangères. Publié ce samedi 17 octobre, le rapport se base sur le bilan financier présenté le 7 septembre par le chef de la diplomatie, Samuel Okudzeto Ablakwa, et qui détaille les dépenses engagées pour assurer le retour et la prise en charge des personnes évacuées.

Une facture partagée entre l’État et le privé

Sur le montant total, le gouvernement ghanéen a déboursé près de 2,89 millions de dollars. L’entreprise privée Engineers and Planners, appartenant à l’homme d’affaires Ibrahim Mahama, a apporté environ 1,37 million de dollars. La majeure partie des dépenses, soit près de 3,33 millions de dollars, a servi à financer les vols affrétés ou commerciaux, le transport terrestre, l’hébergement, l’alimentation ainsi que les soins médicaux et les hospitalisations. Les allocations de réintégration et de transport ont représenté environ 926 700 dollars. Le rapatriement de deux dépouilles a coûté près de 7 230 dollars.

Au-delà du voyage, Accra a prévu un accompagnement pour faciliter le retour à la vie quotidienne. Chaque personne évacuée a reçu environ 429 dollars d’aide à la réintégration et 43 dollars pour ses frais de transport. Des examens médicaux gratuits, une inscription à l’assurance maladie nationale, des cartes SIM créditées, une assistance alimentaire et un soutien psychosocial ont également été proposés. Le gouvernement affirme par ailleurs avoir enregistré les personnes rapatriées dans une base de données afin de faciliter leur accès à des formations, à des emplois et à des programmes d’entrepreneuriat.

Quatre ressortissants morts dans ce contexte de violences

Le bilan humain des violences en Afrique du Sud est lourd. Les autorités ghanéennes ont fait état de quatre décès liés au contexte de violences et d’intimidations visant les étrangers. Parmi les victimes figure Bashiru Issahaq, 44 ans, tué le 30 juin à Khayelitsha, près du Cap. Kwadwo Antwi a été assassiné le 18 juillet à Prieska, tandis qu’Amoonu Jailor Nash avait été tué le 3 avril à East London.

Le quatrième ressortissant, Ebenezer Ayi Tawiah, malade et confronté à des difficultés d’accès aux soins dans ce climat d’intimidation, est décédé le 14 août à son arrivée à Accra. Le Ghana réclame des éclaircissements aux autorités sud-africaines et demande que les circonstances des décès soient établies.

Accra réclame des comptes et interpelle l’Union africaine

Les violences ont également ouvert un front diplomatique. Le Ghana a saisi la Commission de l’Union africaine le 6 mai pour demander que les attaques xénophobes soient examinées à l’échelle continentale. Selon Samuel Okudzeto Ablakwa, la question devrait être discutée lors du sommet de l’organisation prévu en janvier 2027.

À Accra, l’utilisation de l’argent public fait toutefois débat. Le ministère des Affaires étrangères a transmis un rapport de plus de 200 pages détaillant les dépenses. Mais le 11 octobre, l’opposition parlementaire a réclamé un audit indépendant, estimant que plus de 16,4 millions de cédis nécessitaient des explications supplémentaires. La majorité a rejeté ces accusations, affirmant que les dépenses étaient documentées. Le ministère avait indiqué avoir sollicité un audit spécial de l’Auditeur général.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
Newsletter Source préférée