Violences au Soudan du Sud : vers la création d’un régime de sanctions

Une semaine après la prise de Bentiu, durant laquelle des centaines de civils ont été tués, les condamnations de la communauté internationale sont unanimes. Le Soudan appelle notamment à ouvrir une enquête quant aux meurtres de ses ressortissants.

Des centaines de morts en l’espace d’une semaine. Des violences sporadiques aux quatre coins du territoire. Des exactions commises aussi bien par un camp que par l’autre. Le Soudan du Sud semble peu à peu renouer avec les vieux démons de la guerre civile. Une situation que la communauté internationale tente toujours d’éviter.

La semaine dernière, la prise de la ville pétrolière de Bentiu par les rebelles menés par Riek Machar, aurait fait, selon les enquêteurs de la MINUSS, au moins 200 morts. Des « assassinats ciblés » de civils du fait de critères ethniques : les troupes de l’ex Vice-président auraient pris pour cible des non-Nuers, aussi bien Sud-Soudanais que Soudanais.
Et si les rebelles se défendent d’avoir commis de telles exactions et attribuent les meurtres aux troupes gouvernementales, les condamnations de la communauté internationale font légion.

Le Soudan a ainsi demandé jeudi l’ouverture d’une enquête indépendante sur « l’assassinat de ses ressortissants ». « Le ministère des Affaires étrangères condamne l’assassinat de citoyens soudanais à Bentiu, et demande qu’une enquête soit menée d’urgence », rapporte l’agence officielle SUNA.

Mardi, la Présidence américaine avait déjà qualifié d’ « abomination » le massacre de Bentiu, et fait part de son horreur devant la spirale de violences dans laquelle est prise le pays.

Jeudi, c’était au tour des 15 membres du Conseil de sécurité des Nations-Unies de se déclarer « horrifiés », aussi bien par les exactions menées par les rebelles fidèles à l’ancien Vice-président sud-soudanais, que par celles des militants des partisans du Président Salva Kir, qui avaient notamment attaqué la base onusienne de Bor, la semaine dernière.

Les Etats-Unis et la France demandent la mise en place de sanctions

« Nous devons faire face au fait que nous ne pouvons peut-être plus coopérer avec ce gouvernement, car des atrocités sont commises par les deux camps », a ainsi déclaré à l’AFP l’ambassadeur de France, Gérard Araud, ajoutant que Paris était partisan de sanctions envers le jeune Etat. Une idée partagée par Samantha Power, l’ambassadrice des Etats-Unis, qui aurait quant à elle annoncé que son pays « souhaitait voir le conseil de sécurité envisager la création d’un régime de sanctions », selon l’agence de presse.

L’ONU pourrait donc prochainement imposer des sanctions aussi bien contre les dirigeants sud-soudanais, que contre les leaders de la rébellion, tous étant accusés de massacres contre des civils. Une déclaration en ce sens, préparée par les Américains pourrait être adoptée, dès jeudi, par les 15 pays membres.

Le plus jeune Etat du monde replonge peu à peu dans la guerre civile

En effet, les experts estiment que désormais, seule une action ferme de la communauté internationale peut empêcher le plus jeune Etat au monde de replonger dans un conflit, trois ans seulement après son indépendance.
« Tant qu’il n’y aura pas des conséquences graves pour les parties prenantes (…), le bilan des pertes civiles continuera de croître », déplore auprès de l’AFP le patron des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Hervé Ladsous

Le Soudan du Sud, devenu indépendant il y a moins de trois ans, se voit replonger peu à peu dans une guerre civile à cause des combats qui opposent depuis mi-décembre les troupes loyales au Président Salva Kiir à celles fidèles à son ancien Vice-président Riek Machar.
Le cessez-le-feu conclu le 23 janvier n’ayant jamais été appliqué, les deux camps devraient reprendre des négociations de paix d’ici fin avril, dans la capitale éthiopienne.

En attendant, l’armée sud-soudanaise a affirmé mardi que d’intenses combats se poursuivent dans les Etats pétroliers d’Unité et du Haut-Nil, au nord-est du pays, et dans celui de Jonglei, à l’est.