Vers la déradicalisation des groupes islamistes?

Certains Etats musulmans ont établi des programmes dits de « déradicalisation » des groupes islamistes. Chercheuse au Canergie Middle East Center à Beyrouth et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess) de Paris, Amel Boubekeur a notamment travaillé sur les relations euro-arabes et sur l’Islam et l’Europe. Elle explique en quoi consiste ces programmes mis en place dans certains Etats arabes tels que l’Egypte, le Maroc et l’Algérie.

L’Institut Thomas More a présenté mercredi dernier, à Bruxelles, son rapport sur les exigences d’une « sécurité durable » au Maghreb. Amel Boubekeur fait partie du panel d’experts qui a été convié à cette occasion. Interview.

Afrik.com: En quoi consiste les programmes de déradicalisation des groupes islamistes?

Amel Boubekeur:
En fait, ils sont nombreux. Soit on déradicalise à travers des programmes d’Etat, et là ça concerne essentiellement les prisonniers, soit les prisonniers liés aux groupes soit islamistes radicaux soit terrosites, les groupes terroristes, et là ce sont des programmes qui sont basés sur un contre discours religieux. Donc on travaille avec les prisonniers sur un discours religieux alternatif qui condamne la violence, qui condamne le djihadisme. On a aussi les initiatives d’amnestie. Ces amnesties sont décretés soit par le président, pour l’Algérie par exemple, ou des grâces decrétés par le président tunisien ou le roi du Maroc qui consiste à libérer les prisonniers et ensuite à effectuer un suivi de leur réintégration économique et sociale.

Afrik.com: Ces programmes tardent à porter leurs fruits…

Amel Boubekeur:
C’est vrai qu’ils sont limités, si on fait la comparaison avec des pays comme l’Egypte, l’Indonésie. Il est encore trop tôt pour établir clairement leur efficacité. Mais en tout ils suscitent un intérêt énorme au niveau de l’Europe et même au niveau intramagrhébin. Il y a de plus en plus de coopération au niveau de ces programmes.

Afrik.com: Quels types de soutien l’Europe peut-elle apporter aux pays maghrébins dans la lutte contre les groupes islamistes radicaux?

Amel Boubekeur:

L’approche de l’Europe doit être une approche politique. L’Europe a une expérience de réintégration de groupes radicaux au sein de la société, des groupes d’extrême gauche en Italie ou des groupes néonazis en Allemagne et en France. Donc ce sont des bonnes pratiques qui peuvent entraîner des échanges fructueux entre l’Europe et les pays du Maghreb.

Afrik.com: Mais pour l’instant, on parle plus de collaboration militaire. Pourquoi?

Amel Boubekeur:
C’est parce que la radicalisation n’est pas encore comprise comme un processus politique. Elle n’est comprise que comme un processus de radicalisation religieuse. Donc on se dit que finalement il suffit de réprimer les groupes qui ont un discours religieux violent ou alors de les convaincre à travers un contre-discours religieux. Je pense que la radicalisation religieuse est un processus profondément politique quelque soit l’endroit où il se produit. Et l’approche répressive est le signe de l’absence de volonté des pays du Maghreb de prendre à bras le corps le problème à travers un processus de consultation politique. Car la lutte contre le terrorisme est un aussi un atout et une ressource pour les pays du Maghreb vis-à-vis de l’Europe pour pouvoir avoir des fonds.

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