Le Sahel, une menace pour la sécurité des Etats du Maghreb

L’institut Thomas More a réalisé une étude sur la sécurité du Maghreb. Intitulé « Pour une sécurité durable au Maghreb, une chance pour la région, un engagement pour l’Union européenne », le rapport de synthèse de cette étude a été publiquement débattu mercredi dernier, lors d’une conférence à Bruxelles. Il en ressort que la lutte contre l’insécurité dans la région passe par la reprise en main du désert sahélien, qui abrite tous les trafics, et sert de repaire aux groupes terroristes. En accélérant leur intégration sous-régionale, les Etats maghrébins seront plus efficaces contre ces fléaux.

« L’établissement d’une zone refuge pour les terroristes au Sahel menace la sécurité de toute l’Afrique du Nord, mais aussi de l’Europe et des Etats-Unis, dont les intérets sont les cibles privilégiées des terroristes », telle est l’un des principaux enseignements dégagés par l’Institut Thomas More, dans son rapport spécial sur une sécurité durable au Maghreb, qui a été publiquement débattu mercredi dernier à Bruxelles, la capitale belge. Basé sur une série d’entretiens avec les responsables politiques, acteurs de terrain, spécialistes de la région, et complété par un voyage d’étude qui a conduit une équipe de chercheurs pluridisciplinaire à enquêter sur place, ce rapport passe au crible les problèmes de sécurité des pays du Maghreb. Il pointe le caractère évolutif de la criminalité, qui embrasse aussi bien les actions terroristes que les trafics en tous genres.

Criminalité à visage multiples

Le constat est unaniment partagé: les groupes religieux radicaux constituent la première cause d’insécurité transfrontalière au Magrheb. Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat en Algérie (GSPC), devenu Al-Qaïda au Maghreb Islamque (Aqmi) suite à son affiliation à Al-Qaïda, l’organisation international de Ben Laden, est l’organisation la plus active dans le septentrion. L’Aqmi, bien qu’ayant échoué dans sa tentative de fédérer tous les mouvements radicaux du Maghreb dispose tout de même de 1500 à 2000 djihadiste. Et même s’il peine à recruter de nouveaux combattants, ses actions terroristes ayant desservi sa cause dans une région où se pratique un islam traditionnellement non-violent, il n’en demeure pas moins une source majeure de préoccupation.

La drogue, un trafic lucratif

Chaque année, 50 tonnes de cocaïne, soit 27% de la consommation européenne transitent par l’Afrique. Sur place dans les pays de transit, cette drogue provoque des ravages parmi les populations, en suscitant une consommation locale. Mais il y a également la persistance de la culture du canabis dans la région du Rif marocain. Même en baisse, la production du canabis dans le royaume chérifien démeure un marché colossal: 200 millions de dollars de revenus par an pour les paysans, et 12 milliards de dollars de bénéfice pour les trafiquants.

L’Aqmi a ainsi trouvé dans l’immensité du désert sahélien, qui s’étend de l’Atlantique à la mer Rouge, un « refuge à la fois physique et financier », selon l’expression de Mohammed Benhammou, un des experts convié à la conférence de mercredi à Bruxelles. Selon cet ancien élève de l’Ecole nationale d’administration (Ena) de Paris et professeur à l’université Mohammed V de Rabat, le désert du Sahel permet aux terroristes de financer leurs activités, via toutes sortes de trafics: prises d’otage et demandes de rançon, voitures, cigarettes, denrées alimentaires subventionnées par les Etats puis détournées, mais aussi pétrole et armes à feu.

A l’en croire, un million de litres de gasoils est écoulé chaque jour dans les circuits de la contrebande. Et sur les quelques 639 millons d’armes légères en circulation dans le monde, 100 millions au moins sont dans le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. « Ces armes sont introduites légalement dans les Etats qui passent des contrats d’armement, mais finissent sur le marché de la contrebande. On peut ainsi se procurer un AK-47 à 15 dollars avec munition. On peut même louer une arme pour un usage ponctuel », explique-t-il. Bien qu’il propose de relativiser la menace terroriste, l’ambassadeur d’Algérie en Belgique, Amar Bendjama ne dit pas autre chose: « Il ne faut pas exagérer la menace terroriste. Les membres d’Al-Qaïda sont peu nombreux. Le problème, c’est l’immensité du désert peu contrôlé par des Etats affaiblis », estime-t-il.

Approche globale vs querelle de voisinage

La difficulté à contrôler le désert n’est cependant pas le seul obstacle à l’aboutissement de la repression de la criminalité au Maghreb. S’y ajoute le manque de coopération entre les Etats, parfois en proie eux-mêmes à des conflits frontaliers. Bien qu’étant soumis aux mêmes défis sécuritaires, l’Algérie et le Maroc se refusent ainsi à toute coopération en la matière. En cause, le conflit sur le Sahara occidental qui les oppose depuis trente ans. « Pour le Maghreb, le dossier du Sahara Occidental rend impossible l’intégration (…) En outre, l’enlisement constitue un risque préoccupant de balkanisation de la région », indique le rapport.

Mohammed Benhammou regrette ainsi que l’Algérie ne soit pas conviée aux réunions régionales sur la sécurité organisées par le Maroc, et que les initiatives algériennes n’incluent pas le Maroc. Pourtant, estime-t-il, la coopération est le passage obligé pour faire face avec efficacité, aux problèmes de sécurité en Afrique du Nord. « Ce n’est pas un luxe. Ça doit se faire, et de façon transparente », juge-t-il. Pour Amar Bendjama, l’Union européenne a également un rôle à jouer. « L’Europe peut aider les Etats de la région en octroyant les moyens de communication et des renseignements grâce à ses sattelites », assure-t-il. Le rapport de l’institut Thomas More fait, lui, de la coopération entre Etats et du partenariat euromaghrébin une des clés de la « sécurité durable » dans la région.

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