« Venise et l’Orient » : mille ans d’un couple méconnu

Les relations commerciales que le monde arabo-musulman a entretenues avec Venise, du IXème au XVIIIème siècles, ont donné naissance à des échanges culturels et intellectuels fructueux mais méconnus. Pour réparer cette ignorance, l’Institut du monde arabe, à Paris, organise du 3 octobre au 18 février prochain une exposition intitulée Venise et l’Orient.

La République de Venise a entretenu des relations fructueuses avec le monde musulman du IXème siècle à son déclin, au XVIIIème. Celles-ci ne se sont pas limitées aux seuls aspects diplomatiques et commerciaux. Pourtant, rares sont ceux qui savent à quels échanges de savoirs et de techniques artistiques cette rencontre entre les dynasties musulmanes et la Sérénissime a donné lieu. C’est pour mettre cet aspect culturel et intellectuel en lumière que l’Institut du monde arabe (Ima), en collaboration avec le Metropolitan Museum of Art de New York, organise du 3 octobre au 18 février prochain, à Paris, une exposition intitulée « Venise et l’Orient ».

« J’aimerais que ce soit une découverte pour le grand public, mais également pour les spécialistes », explique le commissaire de l’exposition, tant les relations entre les deux mondes sont méconnues. Yves Guéna, le président de l’Ima, se souvient de l’exposition organisée l’année dernière par l’institution qu’il dirige et intitulée L’âge d’or des sciences arabes : « Nous avions alors montré comment, jusqu’à la Renaissance, la civilisation arabo-musulmane l’avait emporté sur celle de l’Europe chrétienne. Cela avait été une véritable découverte pour nombre de visiteurs, explique-t-il. Dans cette exposition sur Venise et l’Orient, nous voulons rappeler que Venise aussi s’est inspirée d’éléments de la culture orientale ».

Lorsque Venise copiait l’Egypte des Mamelouks

L’exposition s’ouvre sur un tableau anonyme daté de 1511 représentant l’audience d’une ambassade vénitienne à Damas. Intermédiaire entre l’Orient et l’Occident, Venise la marchande était consciente de la nécessité d’entretenir des relations continues avec ses partenaires du bord oriental de la Méditerranée. La République a ainsi été la première entité occidentale à y déléguer des ambassadeurs. Au cours de leurs allers-retours, négociants, pèlerins et diplomates n’ont pas résisté à l’envie de rapporter à Venise les bijoux de raffinements qu’ils ont découverts, constituant parfois même des collections de pièces orientales.

C’est ainsi que les verriers de la Sérénissime se sont imposés comme les plus brillants d’Europe, aux XVème et XVIème siècles, après s’être appropriés un siècle plus tôt certaines des techniques de fabrication des artisans mamelouks égyptiens et syriens. L’exposition présente ainsi de magnifiques lampes de mosquées et des productions orientales du début du XIVè siècle. Le visiteur peut comparer leurs matériaux et motifs avec les pichets et gobelets fabriqués presque un siècle plus tard sur les bords de la lagune de Venise. D’abord simples contrefacteurs, les artisans vénitiens ont assimilé ces techniques avant d’y intégrer leur propre génie et de fasciner à leur tour les dignitaires de l’époque ottomane.

L’exposition consacre une section au « répertoire oriental dans la peinture religieuse » de la République, aux « coutumes vestimentaires du Levant », qui fascinaient les Vénitiens, ou encore à l’imprimerie vénitienne. L’Ima présente ainsi un coran imprimé en arabe datant de 1537 et qui suscita la première traduction en italien dix années plus tard. Nul doute que la nouvelle exposition provoquera le même étonnement chez les visiteurs que celle de L’âge d’or des sciences arabes.

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