Le plus grand musée d’art islamique du Caire rouvre ses portes

Le plus grand musée d’art islamique du monde rouvre ses portes au Caire, après sept ans de travaux. Près de 2500 objets issus des diverses invasions arabes qu’a connu Égypte depuis 12 siècles seront exposés au public dès septembre.

La cérémonie de réouverture du plus grand musée d’art islamique au monde a eu lieu ce samedi au Caire. Le bâtiment rénové a été inauguré par le président égyptien Hosni Moubarak en compagnie de plusieurs de ses ministres. Datant de 1903, ses murs présentaient des fissures à la suite de nombreux tremblements de terre et l’établissement avait dû fermer en 2003. « Notre musée était vieux et risquait de s’effondrer si ses murs n’étaient pas consolidés », a déclaré le directeur général du musée du Caire, Mohammed Abbas Selim. Le musée devrait être accessible au public début septembre.

Environ 10 millions de dollars ont été consacrés à la rénovation de ce bâtiment imposant du centre du Caire, où les trésors du patrimoine islamique, mal étiquetés, étaient autrefois présentés dans des salles aux murs décrépis. Les travaux ont conduit à « un grand changement dans la manière d’exposer les œuvres, de les protéger et de les éclairer », a expliqué le ministre de la Culture, Farouk Hosni. Cette rénovation s’inscrit dans une politique générale de restauration des monuments historiques dans le vieux quartier islamique du Caire.

Le musée islamique du Caire se prévaut d’abriter l’une des plus importantes collections d’art islamique du monde. Parmi les pièces les plus remarquables, il y a une clé incrustée d’or de la Kaaba, l’édifice central de la grande mosquée de la Mecque et le plus ancien dinar islamique connu, datant de l’an 697. Plusieurs manuscrits rares du Coran sont également exposés, ainsi que des tapis persans, des céramiques ottomanes, des vases, des moucharabiehs (persiennes de bois ouvragé devant les fenêtres à travers lesquelles on peut observer sans être vu) et des tissus rares.

Des instruments anciens d’astronomie, d’architecture ou de chimie, témoignant de la très ancienne maîtrise des sciences et des techniques des savants du monde arabe sont également présents en grand nombre.

Ainsi, quelques 25 galeries rénovées accueillent plus de 2 500 objets sur les 100 000 pièces de la collection du musée. D’une grande valeur artistique et historique, la richesse et la diversité des ces œuvres provient des artistes et artisans des dynasties musulmanes – omeyyade, abbasside, fatimide, mamelouk et ottomane – qui ont dominé l’Égypte au fil des différentes invasions arabes depuis le VIIème siècle. Parmi ces objets se trouvent également des pièces venant de Perse, d’Afrique du Nord, d’Andalousie, de Turquie, d’Inde ou de Chine.

Un musée centenaire

L’idée de construire un musée d’art islamique naquit vers 1869. Le musée du Caire avait été conçu à l’origine pour préserver le patrimoine égyptien des pilleurs d’antiquités qui ont écumé le pays au XIXème siècle et au début du XXème.

L’architecte allemand Franz Pacha qui était à l’époque responsable des waqf [[donation faite à perpétuité par un particulier à une œuvre d’utilité publique, pieuse ou charitable]], avait alors rassemblé toutes les pièces anciennes et intéressantes se trouvant dans les monuments de la ville du Caire et dans les ruines de Fostat. Il eut alors l’occasion de recueillir de nombreux objets, précieux témoins des époques fatimide et mamelouke, ainsi que de nombreuses pièces sculptées en bois ou en pierre.

A l’époque, ces quelques 3 000 pièces étaient conservées dans la cour de la Mosquée Al-Hakim. Cependant, ces locaux devinrent vite étroits. C’est vers 1899 que la construction du bâtiment de style néo-arabe, qui allait devenir le Musée d’art islamique débuta, pour finalement être inauguré au cours de l’année 1903.

Longtemps oubliés ou intégrés dans l’archéologie orientale, les arts islamiques connaissent depuis quelques années un regain d’intérêt. Avec le musée de Doha ou encore l’ouverture prochaine du nouveau département d’art islamique du Louvre, l’histoire des Arts de l’Islam commence à acquérir ses lettres de noblesse au même titre que l’égyptologie ou la peinture occidentale.