Union pour la Méditerranée : le ni oui ni non de Bouteflika

Le Premier ministre français, qui a achevé hier une visite de deux jours à Alger, n’a pas eu la réponse qu’il voulait du président algérien sur sa présence ou pas au sommet fondateur de l’union pour la Méditerranée (UPM), prévu le 13 juillet 2008 à Paris, après plus de 140 minutes de discussion. C’est du moins ce qui se dégage de ses propos tenus hier au salon d’honneur de l’aéroport international d’Alger, lors d’un bref point de presse, même si, au fond, on ne s’attendait pas à une réponse immédiate du chef d’Etat algérien.

Avant l’arrivée de François Fillon et de Abdelaziz Belkhadem, son homologue algérien, les reporters spéculaient sur une phrase courte lancée le matin par Abdelaziz Bouteflika après l’audience accordée au Premier ministre français. « Chaque chose en son temps », a répondu Bouteflika à une question d’un confrère du Monde sur sa participation ou non au sommet de l’UPM. Des journalistes y voient une confirmation, d’autres pensent le contraire. François Fillon, lui, a usé d’un langage prudent pour répondre à une interrogation sur la participation du chef d’Etat algérien au sommet de l’UPM, qualifiée « d’union politique » dans une précédente déclaration. « Je ne vais pas vous étonner pour vous dire que je ne suis pas le porte-parole du président Bouteflika. C’est à lui de répondre à cette question », a déclaré François Fillon qui semblait avoir préparé sa réponse. « Le président Bouteflika m’a assuré du soutien de cette initiative, d’inspiration française. Nous avons consacré beaucoup de temps à en discuter (…). Je me réjouis que ce projet ait reçu de la part du président Bouteflika un bon accueil qui va permettre de créer progressivement une coopération efficace », a-t-il ajouté.

Les réserves de Belkhadem

Dans l’entourage français, on perçoit plutôt bien l’attitude du président algérien puisque, contrairement au Libyen Mouammar El Kadhafi, Bouteflika n’a pas dit non à l’UPM. De son côté, Abdelaziz Belkhadem a ajouté une couche au suspense actuel. « On ne sait pas s’il faut s’adresser à Paris ou à Bruxelles pour parler de cette construction pour la Méditerranée », a-t-il lancé. Depuis mars 2008, le projet initial du président Nicolas Sarkozy a été repris en main par la Commission européenne, après pression de l’Allemagne, pour devenir une version améliorée du processus euro-méditerranéen de Barcelone qui avait été lancé en 1995. Selon lui, il était possible de faire des projets dans le bassin occidental de la Méditerranée et d’autres dans le bassin oriental, « projets à géométrie variable », dans la première version de l’union de la Méditerranée. « Le projet de l’UPM est différent du premier avec l’entrée des pays de l’Union européenne », a constaté le chef du gouvernement. Selon François Fillon, rien n’a encore été décidé sur la future architecture de l’UPM. Pourtant il a lui-même annoncé, lors d’une rencontre samedi avec les étudiants de l’Ecole supérieure algérienne des affaires (ESAA), que la coprésidence sera assurée par l’Egypte.

Le siège du secrétariat de l’UPM est négocié entre plusieurs pays dont Malte et la Tunisie. La structure de l’UPM sera, selon François Fillon, discutée lors du sommet des chefs d’Etat de juillet prochain. « Les candidatures sont sur la table et aux chef d’Etat de décider ensemble. D’où l’importance de la présence de l’Algérie à cette rencontre. L’UPM ne peut se faire qu’avec l’ensemble des Etats méditerranéens. Il ne peut y avoir une UPM sans l’Algérie, sans l’Egypte, sans la Syrie, sans Israël. C’est la raison pour laquelle nous sommes attachés à ce que tous les Etats soient présents au moment du lancement de l’UPM (…). On ne veut pas d’un programme de coopération Nord-Sud. On veut une union où les deux rives sont à parts égales », a déclaré François Fillon. Les accords signés à Alger, sur la défense et le nucléaire civile, sont qualifiés de spectaculaires.

Peu de détails sur l’accord militaire

Mais le responsable français n’a pas voulu détailler l’accord militaire (qui a été négocié pendant cinq ans), invitant son homologue algérien à le faire. Abdelaziz Belkhadem n’a rien dit et François Fillon a eu cette petite précision : « C’est un accord de coopération globale en matière de sécurité. » Alors l’accord militaire algéro-français relève-t-il du « secret défense » ? Par contre, François Fillon a confirmé la volonté de Paris de vendre des armes à l’Algérie. « La France est disponible pour participer à l’équipement des forces armées algériennes. Ce n’est un secret pour personne. Nous discutons d’un programme de construction de frégates et de fourniture d’hélicoptères », a-t-il déclaré. D’après le quotidien économique français La Tribune, Alger cherche à acquérir des frégates multimissions Fremm, assemblées par la DCNS, entreprise de construction navale, propriété de l’Etat français à 75%. Deux frégates seraient, selon le journal, construites en Algérie. Alger veut également acheter des hélicoptères Super-Lynx d’Agusta Westland, entreprise contrôlée par l’italien Finmeccanica (l’un des dix plus grands vendeurs d’armes au monde). Le groupe français d’électronique et de défense Thalès négocie, de son côté, des contrats liés à la surveillance des frontières.

L’accord sur l’utilisation de l’énergie nucléaire n’est, selon lui, pas identique à celui signé avec la Libye. « C’est un accord global devant déboucher sur la réalisation par l’Algérie de réacteurs nucléaires produisant de l’électricité. C’est une première », a-t-il précisé. « Nous voulons accroître le volume des investissements français en Algérie. Nous encourageons les grandes entreprises à y venir. Nous voulons que les PME prennent le chemin de l’Algérie », a-t-il déclaré soulignant la nécessité de mettre en œuvre, « d’une façon concrète », tous les engagements pris depuis la visite d’Etat du président Nicolas Sarkozy en décembre 2007. « Les investissements français en Algérie avancent sérieusement mais leur rythme demeure lent », a déclaré Abdelhamid Temmar, ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements, cité par l’agence officielle APS. Temmar avait reçu Christine Lagarde, ministre française de l’Economie et des Finances. Avant de quitter Alger, François Fillon a lancé une invitation à son homologue algérien pour une visite à Paris.

Faycal Metaoui, pour El Watan

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