Tunisie : l’ère Ben-Ali n’est toujours pas révolue

La Fédération internationale des droits de l’homme dénonce dans un rapport la répression brutale des manifestations en Tunisie alors que des émeutes secouent de nouveau plusieurs villes. Le Premier ministre accuse les islamistes et l’extrême gauche d’être derrière ces évènements pour mettre à mal le processus électoral. Mais ces derniers réaffirment leur attachement au calendrier tout en soutenant les manifestations si elles sont pacifiques.

Pas de changement notable en Tunisie dans la gestion des manifestations. Les derniers évènements, où le gouvernement provisoire applique les méthodes de Ben Ali, le montrent. Alors que plusieurs villes sont secouées par de nouvelles émeutes, la répression policière est toujours présente. La mort d’un jeune adolescent de 14 ans à Sidi Bouzid, ville emblématique de la révolution tunisienne, a accentué les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) dénonce dans un rapport la persistance « de pratiques issues du passé » et d’une « répression organisée » dans la gestion des manifestations par le pouvoir avec des arrestations et détentions arbitraires.

Un pouvoir sur la défensive

Le Premier ministre du gouvernement provisoire tunisien, Béji Caïd Essebsi, a dénoncé lundi dans une allocution une tentative de déstabilisation du pays, accusant les manifestants d’essayer de faire annuler la tenue des élections prévues le 23 octobre prochain. Premiers visés : les partis religieux et principalement Ennahdha, le premier d’entre eux. Le ministère de l’Intérieur a déclaré à propos des émeutes de Menzel Bourguiba, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Tunis : « un groupe d’extrémistes religieux mêlés à des délinquants a pris d’assaut le poste de police et volé des armes » ceci étant « l’œuvre de certaines forces extrémistes pour déstabiliser l’ordre et saboter le processus électoral». Le président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi a aussitôt réagi en condamnant la violence « d’où qu’elle vienne (…) que ce soit de manifestants ou de forces de sécurité ». Il a réaffirmé sa volonté de maintenir la date prévue pour les élections. Même réaction pour le parti communiste ou le Congrès pour la République (CPR).

Le CPR, parti créé dans la clandestinité en 2001 et présidé par Monsef Marzouki, ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, a aussi été accusé de s’être allié avec Ennahdha et d’avoir fomenté des troubles. Version totalement contestée lors d’une interview donnée à Afrik ou Mohamed Abbou le trésorier du CPR s’explique : « Nous avons appris a respecter ces manifestants dont nous redoutions les réactions lors des manifestations KASBA1 et KASBA 2… Ils ont su contester le régime ben Ali et expriment aujourd’hui des préoccupations que nous devons écouter… Ils ont le droit de se rassembler et en cela nous les soutenons ».

Un pays qui stagne

Dans les manifestations à Tunis où Afrik était présent, les protestataires semblent représenter toutes les couches de la société. Des religieux, des membres de l’extrême gauche, mais aussi beaucoup de jeunes non affiliés à des partis politiques qui souhaitent avant tout protester contre l’absence de changement et de réforme depuis l’instauration du gouvernement provisoire. Si les procès de Ben Ali et de sa famille continuent, beaucoup pensent que c’est uniquement pour l’image mais qu’en réalité il n’y a pas de changement. Des membres de l’ancien régime sont encore en poste, dont ceux du parti de l’ex-président, RCD, qui auraien toujours une influence sur la société. La situation économique critique, renforcée par la crise du tourisme, rend la vie encore plus difficile pour une grande partie de la population et le mécontentement de la population augmente avec le taux de chômage.

La tenue des élections le 23 octobre prochain apparaît plus que jamais indispensable pour que le gouvernement représente enfin réellement la société et puisse ainsi avoir une légitimité pour mettre un terme aux troubles et relancer le pays.

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