Manifestations en Tunisie : le CPR rejette les accusations

Le Congrès pour la République (CPR), parti créé dans la clandestinité en 2001 et présidé par Monsef Marzouki, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une polémique. Accusé d’être, avec le parti religieux Ennahdha, l’un des instigateurs de la manifestation El Kasbah 3 et par extension des troubles qu’on lui attribue.

Le gouvernement, dans les médias et par l’appareil policier, ne fait plus la distinction entre les manifestants et les fameux « mondassin » ( intrus ), ce qui stigmatise d’emblée l’ensemble des contestataires et donne une vision tranchée de l’évènement impliquant que ceux qui sont pour les manifestations sont contre la tenue des élections et veulent semer le chaos dans le pays. D’où la difficulté de soutenir publiquement et logistiquement les mouvements populaires. Était ce le cas du CPR ? Était-ce vraiment une subtile manipulation ou l’accusation est–elle en elle-même une diversion pour aliéner l’opinion publique des thèmes de revendications ?

Le CPR, représenté par son trésorier, Mohamed Abbou, répond à Afrik sur ces questions.

M. Abbou nie catégoriquement toute implication du CPR dans l’organisation de cet événement. Selon lui, le CPR après avoir pris connaissance des revendications, a trouvé qu’elles étaient légitimes et surtout dit-il « faisables ». Comme par exemple le départ du ministre de l’intérieur, très contesté et la démission du ministre de la justice inefficace et impliqué dit-il dans le régime ben Ali.

« Nous avons appris a respecter ces manifestants dont nous redoutions les réactions lors des manifestations KASBA1 et KASBA 2… Ils ont su contester le régime ben Ali et expriment aujourd’hui des préoccupations que nous devons écouter… Ils ont le droit de se rassembler et en cela nous les soutenons ».

M. Abbou dénonce le comportement des forces de l’ordre, disproportionné et au delà même de ce qu’il avait connu sous ben Ali. La violente incursion dans la mosquée est selon lui une première malheureuse qui risque de faite date. Il nie aussi catégoriquement la présence d’alcool dans la mosquée. Toutefois, il veut être clair, loin de vouloir verser dans la surenchère, il condamne toutes les formes de violence dans la contestation. Pour lui, la pression se fait au pire par la désobéissance civique.

En ce qui concerne le parti religieux Ennahdha, « le CPR n’a à présent aucune alliance avec ce parti ni avec d’autres. C’est une perte de temps que de chercher à s’allier avec des partis alors que l’essentiel est de s’allier avec le peuple ». Il déclare que le CPR n’a plus de lien avec Ennahdha depuis le 18 décembre 2010, alors qu’auparavant les deux partis interdits s’étaient rapproché, rejoints ensuite par d’autres comme le POCT pour former le front du 18 octobre, un front contre le régime et non un front idéologique. Selon lui, Ennahdha « a payé cher, très cher son entrée en résistance, bien plus que tous les autres partis, mais ce parti a aussi fait des erreurs qui le coupent du CPR »

Enfin, concernant les accusations du gouvernement tunisien qui affirme que les manifestants et ceux qui les soutienne oeuvrent pour un report des élections, M. Abbou explique « Nous ne pouvons pas être contre les élections, puisque nous avions publiquement contesté leur report ». Enfin, il déplore une couverture médiatique à charge et la gestion décevante du Premier ministre en situation de crise, ce qui a radicalisé la relation entre le citoyen et le pouvoir.