Transparency International : Priorité à l’accès à l’information

Transparency International présentait ce mercredi matin, à Paris, au Centre d’acceuil de la Presse Etrangère (CAPE) son Rapport mondial sur la corruption 2003. La deuxième édition de ce rapport a mis un accent particulier sur l’accès à l’information, gage de transparence et par conséquent remède efficace à la corruption.

Le Rapport mondial sur la corruption 2003 de Transparency International (TI) est désormais disponible, dans sa version française, depuis ce mercredi matin. La dernière parution de l’Organisation Non Gouvernementale (ONG) met particulièrement l’accent sur l’accès à l’information. Ce rapport a été présenté par des représentants de TI dont Daniel Dommel, Président de TI France, à Paris, au Centre d’accueil de la Presse Etrangère (CAPE).

Le rapport qui en est à sa deuxième édition tend à devenir une institution. Le document est un aperçu relativement exhaustif de l’état de la corruption dans le monde. «Le rapport 2003 est centré sur la liberté d’information, en cela il diffère du précédent qui était plutôt un rapport géographique. La corruption ne peut se développer en effet que si les médias et la société civile ne sont pas vigilants », Notera Yves-Marie Doublet, membre du conseil d’administration de la section française de TI. «L’accès à l’information : qui y a droit et à quelle information ? » C’est en substance la question à laquelle tente de répondre le ce document de référence de TI qui fête cette année son dixième anniversaire.

Le droit à l’information, plus que jamais d’actualité

Pour Maître Adama Gueye, membre du conseil d’administration de TI et président du Forum Civil, la section sénégalaise de TI, « les administrations et les entreprises doivent produire de l’information et les médias doivent jouer le rôle d’interface par rapport aux cibles de cette information. L’information produite, souvent technique, doit pouvoir être accessible à tous. Les enjeux d’une telle démarche ? La transparence et l’obligation de rendre compte. Tous les gouvernants devraient par exemple déclarer leur patrimoine. Au Sénégal, nous avons demandé l’instauration d’une déclaration de patrimoine et celui d’un délit de fausse déclaration ». Pour le juriste sénégalais, les nouvelles technologies constituent une réelle opportunité pour une meilleure diffusion de l’information. Mais aussi des risques, l’excès d’information, entre autres, d’où la nécessité de formater cette dernière.

Dans la même optique, TI en partenariat avec Global Witness a lancé une campagne dénommée Publish what you pay afin que les citoyens puissent être informés des sommes perçues par leurs gouvernements des multinationales notamment celles opérant dans l’extraction minière. Des gouvernements et des multinationales qui se montrent parfois réticents. C’est le cas de l’Angola, évoqué dans le rapport, qui a envoyé une lettre de menace à British Petroleum (BP), dont une copie a été reçue par tous les autres pétroliers. Le pétrolier britannique avait joué la carte de la transparence en publiant les sommes versées au gouvernement angolais. Du côté des entreprises, l’une des solutions, évoquée par Adama Gueye, pour les obliger à suivre l’exemple de BP serait d’en faire un critère de cotation en bourse.

L’Afrique fidèle à la corruption

Outre la réflexion sur l’accès à l’information, le document fait un état de la corruption dans les différentes régions du monde et propose une série d’enquêtes et de données ciblées. Cette dernière partie souligne à travers quelques exemples les maux de l’Afrique en matière de corruption qui est « une constante », constate Maître Adama Gueye. Elle met notamment en exergue le fait qu’une fonction publique mal rémunéré est un terrain fécond à la corruption à travers les exemples du Bénin et de la Côte d’Ivoire. Dans ces deux pays, la police et les douanes sont les administrations publiques les plus corrompues. Pour pallier ce problème, Madagascar a procédé à une hausse de salaires, une mesure qui semble porter ses fruits.

De façon plus générale, « la corruption s’installe là où les contrepouvoirs sont faibles », commente Yves-Marie Doublet. C’est notamment l’absence d’une justice indépendante notamment en Afrique centrale et le manque de liberté pour les médias. La lutte pour la liberté d’expression est souvent menée au péril de la vie même des journalistes, souvent d’investigation, « comme au Burkina Faso ou en Algérie », continue le représentant de TI. C’est dans ce contexte que le rôle de la société civile peut et doit s’affirmer comme au Sénégal. Une société civile africaine « de plus en plus sensibilisée et qui a atteint le degré zéro de tolérance envers la corruption », dixit Adama Gueye. Les bailleurs de fonds – institutions et Etats – ont aussi leur rôle à jouer comme le fait « le Danemark pour le Burkina Faso, la Grande Bretagne pour la Sierra Léone et les Etats-Unis pour le Nigeria.», Indique Yves-Marie Doublet. La réponse juridique est également déterminante en termes de contrepoids. Elle suppose la mise en place de textes de loi au niveau national, international par le biais de conventions. A l’instar de celle qui fera l’objet, mi-juillet, de la rencontre de Maputo (Mozambique) organisée par l’Union Africaine (UA).

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