Les bakchiches à la loupe

La corruption se porte bien comme en témoigne le dernier rapport de l’Ong Transparency international. Et notamment en Afrique. L’enquête porte sur 15 pays émergents, dont le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Maroc. Lumière sur la part d’ombre du monde des affaires.

 » Il ne reste à présent plus le moindre doute qu’un grand nombre de sociétés multinationales des nations les plus riches (…) sont perçues comme utilisant des moyens illégaux pour obtenir des contrats « , déclarait Peter Eigen, président de Transparency International à propos du lancement de l’indice de corruption des pays exportateurs. L’enquête publiée par son Ong le 14 mai 2002 dans 15 pays émergents, dont trois pays africains – l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Maroc – révèle la force des pressions que subissent les milieux d’affaires lorsque l’on est du mauvais côté du rapport de force.

Les enquêteurs de Transparency International ont interviewé une soixantaine de chefs d’entreprise des groupes les plus importants dans différents secteurs de l’économie. Ils ont également consulté des cabinets d’audit et des responsables de cabinets juridiques spécialisés dans le droit commercial.  » Au début, nous pensions que nous pourrions avoir des informations via les attachés d’ambassade, qui sont évidemment au courant de beaucoup de choses. Mais toutes les informations qu’ils nous transmettaient étaient erronées « , raconte Frédéric Galtung, lui-même enquêteur en Afrique du Sud et au Nigeria.

Et le gagnant est…

Les résultats sont remarquablement concordants d’un pays à l’autre.  » Cela tient aussi à notre choix des pays enquêtés. Il est évident que la Côte d’Ivoire est trop sous domination économique française par exemple pour que ses ressortissants puissent nous fournir des informations significatives sur la corruption mondiale « , poursuit Frédéric Galtung. Dans tous les pays observés, les secteurs les plus touchés sont la construction et le bâtiment, l’armement et les hydrocarbures.

Manifestement la Chine arrive en tête pour les pots-de-vin, surtout en Afrique du Sud. A 72%, selon les chiffres de la société Markinor qui a collaboré au travail de l’Ong, une offre de ce type en Afrique du Sud sera proposée par un partenaire asiatique (Taïwan ou Chine populaire). Par contre, selon Mari Harris, directrice de Markinor,  » le gouvernement américain est celui qui a le plus de chance d’utiliser d’autres moyens déloyaux d’influencer les passages de marché, avec 61%  » pour l’Afrique du Sud toujours.

Frédéric Galtung tempère,  » la France arrive juste derrière les Etats-Unis, et même avant au Maroc. Ce qu’on appelle pudiquement  » moyens déloyaux « , c’est le coup de fil de l’ambassadeur ou du président au chef d’Etat d’un pays, en vue d’imposer ou d’obtenir un marché « . Enfin, dernier chiffre à noter avant d’investir, les complicités sont nombreuses : la moitié des directeurs interrogés lors de l’enquête ont fait eux-mêmes état d’une expérience personnelle de la corruption…

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