
Une enquête publiée par l’ONG Global Initiative Against Transnational Organized Crime fait ressortir l’implication de plus en plus inquiétante de la Sierra Leone dans les routes du trafic de cocaïne reliant l’Amérique latine à l’Europe. Une saisie record en mer et la présence d’un narcotrafiquant néerlandais recherché montrent que les circuits criminels en Afrique de l’Ouest ont connu une grande évolution.
Début mai 2026, une opération menée par les autorités espagnoles a permis l’interception d’un cargo au large du Sahara occidental. Le navire, parti de Freetown en direction de Benghazi, transportait plus de 30 tonnes de cocaïne ainsi qu’un important stock d’armes. La cargaison, estimée à plus de 800 millions d’euros, représentait l’une des plus importantes saisies enregistrées ces dernières années sur cet axe maritime.
Un réseau international structuré entre l’Afrique et l’Europe
Selon les éléments de l’enquête, le navire battait pavillon comorien. Les investigations ont rapidement conduit à identifier un acteur central présumé de ce réseau. Jos Leijdekkers, ressortissant néerlandais sous mandat d’arrêt international. Il est considéré comme l’un des trafiquants les plus recherchés en Europe. D’après le rapport publié le 8 juin 2026 par Global Initiative Against Transnational Organized Crime, la Sierra Leone joue désormais un rôle stratégique dans l’acheminement de la cocaïne vers le continent européen.
L’organisation décrit un système logistique structuré, reposant sur des zones de stockage et des circuits de réexportation peu documentés jusqu’à récemment. Les données du Centre européen d’analyse et d’opérations maritimes indiquent que le volume moyen des cargaisons interceptées sur ces routes a fortement augmenté entre 2024 et 2025. Le cargo a été saisi au large du Sahara occidental.
Le profil d’un trafiquant au cœur du dispositif
Jos Leijdekkers, né en 1991 aux Pays-Bas, est présenté comme une figure importante du narcotrafic international. Condamné à plusieurs peines cumulées dépassant 60 ans de prison aux Pays-Bas et en Belgique, il est accusé d’avoir organisé l’importation de plusieurs tonnes de cocaïne via les ports d’Anvers et de Rotterdam entre 2019 et 2020. Les autorités judiciaires européennes lui attribuent également des activités criminelles connexes. Notamment des faits liés à des violences et à des disparitions dans le milieu du trafic.
Son réseau aurait généré des revenus mensuels estimés à plusieurs dizaines de millions d’euros, reposant sur une logistique transnationale sophistiquée. Après avoir séjourné à Dubaï puis en Turquie, Jos Leijdekkers aurait trouvé refuge en Sierra Leone. Des images diffusées début janvier 2025 sur les réseaux sociaux montraient un individu identifié comme lui lors d’un événement officiel aux côtés du président Julius Maada Bio. Ces éléments ont entraîné des interrogations sur sa présence dans le pays.
Une présence signalée en Sierra Leone
Les autorités sierra-léonaises ont initialement évoqué une confusion d’identité. Toutefois, plusieurs médias locaux et responsables politiques ont par la suite relayé des informations faisant état de liens personnels entre le trafiquant et des membres de la famille présidentielle. Une demande d’extradition formulée par les Pays-Bas en février 2025 n’a pas abouti à ce stade. L’affaire a également pris une dimension politique au niveau national.
En mai 2026, le chef de l’opposition sierra-léonaise, Abdulai Kargbo, a adressé une lettre au président dénonçant l’absence de communication officielle sur ce dossier. Il a évoqué les grosses préoccupations liées à l’image du pays dans les enquêtes internationales sur le trafic de stupéfiants. L’enquête de Global Initiative prouve que l’Afrique de l’Ouest continue de jouer un rôle important dans les routes du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe.
L’Afrique de l’Ouest, plaque tournante du trafic mondial
La région sert de zone de transit, de stockage et de redistribution pour les cargaisons destinées aux marchés européens. Dans ce dispositif, la Sierra Leone est désormais identifiée comme un point d’appui logistique en expansion. Plusieurs itinéraires maritimes similaires à celui du cargo intercepté auraient été recensés. Ces éléments confirment une adaptation des réseaux criminels aux dispositifs de contrôle internationaux.
Les réseaux de trafic ont progressivement diversifié leurs routes pour contourner les dispositifs de surveillance traditionnels. L’utilisation de ports secondaires et de pavillons de complaisance fait partie des méthodes identifiées dans les différentes enquêtes. La multiplication des saisies et l’augmentation des volumes transportés prouvent que le système de trafic a nettement progressé.





