« Touche pas à mes enfants » en guerre contre la pédophilie au Maroc

Najia Adib

Luc Ferry a été brièvement entendu vendredi par la brigade de protection des mineurs de la police judiciaire de Paris. Il l’a été dans le cadre de l’enquête ouverte par la justice à la suite d’accusations d’actes de pédophilie au Maroc lancées par le philosophe contre un ex-ministre français, dont il refusé de livrer le nom. Des déclarations qui ont déclenché des dépôts de plaintes au Maroc, dont celle de «Touche pas à mes enfants». La présidente et l’avocat de l’association qui lutte depuis plusieurs années pour protéger les enfants de leur pays ont accordé un entretien à Afrik.com.

touchepasamesenfants.jpgLundi dernier, le philosophe français Luc Ferry, ancien ministre de l’Education, lançait un pavé dans la mare sur le plateau du Grand journal de Canal+. D’après ses dires, « un ancien ministre français s’est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons ». Le royaume chérifien, grande destination touristique, est aussi fréquentée par des pédophiles. Contre ces abus et l’impunité dont bénéficient trop souvent leurs responsables, «Touche pas à mes enfants» lutte pied à pied. Yassine Krari, l’avocat de l’association, et Najia Adib, sa présidente, qui est aussi ambassadrice arabe de l’enfance et présidente de la section marocaine de l’union des ambassadeurs arabes de l’enfance, nous expliquent les actions entreprises pour combattre ces crimes et celles menée dans le cadre de l’affaire de pédophilie soulevée par Luc Ferry.Najia Adib

Afrik.com : Quelle est votre réaction face aux propos de Luc Ferry?

Najia Adib :
Pourquoi Luc Ferry a gardé le silence pendant toutes ces années et pourquoi a-t-il cité ce crime sur un plateau TV alors qu’il aurait fallu se diriger directement vers la justice ? Cette affaire n’est pas à prendre à la légère et c’est l’honneur de tout un pays qui est désormais engagé. Donc si cette affaire lui a été racontée, c’est qu’il n’est pas le seul à être au courant et ça c’est grave.
Quel est son but désormais ? Est-il capable d’aller jusqu’au bout de sa démarche et de dévoiler concrètement les choses ? Mais s’il n’a aucune preuve, alors qu’il se la boucle!

Afrik.com : Qu’avez-vous décidé de faire suite à ces déclarations ?

Yassine Krari :
Suite à ces déclarations nous avons déposé plainte contre x ce matin auprès du procureur général du roi, en citant Luc Ferry en tant que témoin.

Afrik.com : Avez-vous tenté de joindre Luc Ferry ?

Yassine Krari :
Nous n’avons aucun intérêt à le joindre. Nous attendons de Luc Ferry qu’il aille jusqu’au bout de ses déclarations. C’est une question d’honnêteté intellectuelle, il doit donc rester honnête jusqu’au bout et révéler tous les faits et actes dont il a pris connaissance. Il est désormais considéré comme étant détenteur d’informations d’un crime. Il doit absolument tout révéler à la justice marocaine ou française.

Afrik.com : Quelle a été la réaction du gouvernement marocain ? Car d’après Luc Ferry, cette histoire lui aurait été racontée par « les plus hautes autorités de l’Etat » français et notamment « par le Premier ministre »…

Yassine Krari :
Cette plainte vise à faire connaître les personnes qui ont agi en faveur de l’auteur de ces faits et de révéler les noms pour que justice soit faite. Et tous les complices, tant en France qu’au Maroc qui ont participé à l’étouffement de cette affaire devront répondre de leurs actes.

Afrik.com : Avez-vous une idée sur l’identité de cet ancien Ministre mis en cause ?

Yassine Krari :
Je n’en ai aucune idée, mais je suis convaincu que la justice fera son travail. En attendant, n’allons pas à la spéculation, on ne dispose d’aucune preuve pour le moment, alors attendons les résultats.

Afrik.com : En ce qui concerne les viols d’enfants au Maroc, quelle est la situation actuelle ? Et quelles sont vos actions ?

Yassine Krari :
Ce sont des cas isolés, mais quand notre association prend connaissance d’une affaire de viol elle la prend en charge et la défend. Encore une fois ce ne sont que des cas isolés, le viol d’enfants au Maroc n’est pas un fléau. Parmi les actions qu’entreprend l’association il y a des campagnes de sensibilisation pour que les victimes d’abus sexuels se manifestent. A travers ces campagnes de sensibilisation les gens prennent conscience de la gravité des actes et sont incités à révéler des cas de viols.

Afrik.com : Quelle est la réaction des parents quand on leur apprend que leur enfant a subi des abus?

Yassine Krari :
C’est évidemment un choc et ces familles demandent réparation. Et justement, nous prenons en charge ces familles à travers des séances de consultations avec des pédopsychiatres bénévoles.

Afrik.com : Comment réagit l’Etat marocain face à ces drames ? Mène-t-il des actions concrètes ?

Yassine Krari :
L’Etat a développé des programmes de sensibilisation, mais aussi des campagnes d’éducation pour que les enfants soient davantage vigilants. Il y a tout un programme avec le ministère chargé du Développement Social, de la Famille et de la Solidarité. Ceci dit, l’association agit seule et a son propre programme et ses propres fonds.