Le mystère du ministre pédophile français

Plusieurs ténors de l’UMP, le parti au pouvoir en France, ont sommé ce mercredi le philosophe Luc Ferry de livrer à la justice le nom de l’ex-ministre soupçonné d’actes de pédophilie au Maroc dont il parlait lundi soir sur la chaîne Canal+. Jack Lang, ancien ministre socialiste de l’Education que certains médias ont pointé du doigt, menace de poursuivre pénalement tous ceux qui souilleront son honneur. Au Maroc, une association dit s’apprêter à porter plainte contre X.

L’affaire Strauss-Kahn délie bien des langues, en France. Après que le secrétaire d’Etat à la Fonction Publique George Tron, accusé de harcèlement et d’abus sexuels par deux de ses anciennes collaboratrices à la mairie de Draveil, s’est vu contraint de démissionner le week-end dernier, voilà que Jack Lang, ancien ministre socialiste de la Culture et de l’Education, se trouve éclaboussé par une rumeur que l’Express avait rapportée en 2005. Le magazine s’était alors fait l’écho de propos tenus par des chiraquiens à l’approche de la présidentielle de 2002, racontant « une arrestation de Jack Lang au Maroc, dans une affaire de mœurs, suivie d’une exfiltration discrète organisée par l’Elysée. » Une rumeur déterrée après que lundi soir dans le Grand journal de Canal+, le philosophe Luc Ferry, ex-ministre de l’Education, eut évoqué des confessions qui lui avaient été faites en très haut lieu au sujet d’une affaire de pédophilie à Marrakech impliquant un ancien ministre français dont il a refusé de citer le nom.

Jean-François Kahn écarte la piste Jack Lang

Ce mercredi, l’Express.fr a rappelé que «rien n’est jamais venu étayer» la rumeur. Mais le coup est porté. Et Jack Lang menace de poursuivre « pénalement tous ceux – journaux et personnes – qui mettront son] honneur en cause». Interrogé par [Le Figaro.fr, il ajoute : «Je ne souhaite pas me mêler de ces histoires pour l’instant. Je m’exprimerai en temps et en heure. Cette affaire est tristement banale. La vulgarité est de notre monde. »

Contacté par L’Express.fr ce même jour, Luc Ferry a confirmé qu’il ne donnerait pas le nom du ministre auquel il faisait allusion lundi soir. « On m’a rapporté mille choses sur mille ministres, mais je ne dirai jamais rien, à part si cela mettait en danger la République», a-t-il affirmé. Et s’expliquant sur sa prise de parole, il a déclaré : «J’ai souhaité défendre la presse qui respectait la vie privée et qui ne se rendait pas coupable de diffamation. Je n’ai aucune preuve, ni aucun fait précis sur cette affaire, mais à l’époque où j’étais ministre, j’en ai entendu parler. » Toutefois, selon le journaliste fraîchement retraité Jean-François Kahn, également invité du Grand journal lundi, Luc Ferry ne faisait pas allusion à Jack Lang. Il a expliqué au site [Arrêt sur images->http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=4070
] qu’après l’émission, il s’est entretenu avec le philosophe qui ne lui a pas parlé de l’ancien de ministre de l’Education. Mais « tout le monde sait de qui il s’agit », selon JFK.

Luc Ferry sommé de passer à table

Pourtant, quelques personnes semblent encore ignorer ou feindre d’ignorer de qui il s’agit. Car Luc Ferry est sommé de livrer ce qu’il sait à la justice par plusieurs ministres et anciens ministres de la majorité présidentielle. Interrogé par France Culture, Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, a dit que Luc Ferry devrait « saisir la justice » plutôt que de « bavasser dans la presse ».

De même, Rachida Dati, ancienne garde des sceaux française d’origine marocaine, qui a estimé ce matin sur BFM TV que «ce qu’il dit, c’est la non-dénonciation d’un crime». Pour elle, soit Luc Ferry doit dire à la justice ce qu’il sait, soit la justice doit venir le lui demander. L’eurodéputée a par ailleurs souligné qu’il existe en France «une législation qui permet de poursuivre toute personne commettant des actes de pédophilie à l’étranger». Ce délit est passible de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Quant au porte-parole du gouvernement, François Baroin, il a jugé «surprenant» les propos du philosophe. «Soit il est détenteur favorisé d’informations qui s’appuient sur des faits, et, dans ce cas, il a le devoir de saisir la justice, soit il rapporte des propos qu’il a entendus dans les couloirs et, dans ce cas-là, il n’est plus le philosophe de la rumeur mais il en devient un acteur essentiel», a-t-il déclaré mercredi en rendant compte des travaux du Conseil des ministres.

Au Maroc également, l’affaire crée des remous. Najat Anwar, la présidente de l’association Touche pas à mon enfant, basée à Agadir, qui lutte contre la pédophilie, a affirmé hier qu’elle pensait « porter plainte contre X ». « Nous avions déjà entendu parler de cette affaire mais nous n’avions aucune preuve. On ne peut donc pas donner de nom. Mais nous n’allons pas laisser faire, ce n’est pas une situation normale. C’est un crime politique. Il faut enquêter », a expliqué Moulay Mustapha Errachidi, le conseiller juridique de l’association, à Rue 89.

En dépit de la législation en vigueur et des dénonciations répétées des ONG, nombre de touristes sexuels, amateurs d’enfants, sévissent au Maroc en toute impunité. Les aveux complets de Luc Ferry pourraient les amener à réfléchir à deux fois avant de se rendre au Royaume de sa majesté Mohamed VI.