
En remportant l’approvisionnement national en carburants quelques jours après avoir pris les commandes du gisement offshore Mopane, TotalEnergies renforce sa position en Namibie. Le groupe français intervient désormais à presque tous les niveaux du futur paysage pétrolier du pays, de l’importation à l’exploration, en passant par la distribution.
TotalEnergies fournira l’ensemble des besoins namibiens en essence et en diesel pendant trois mois, de novembre 2026 à janvier 2027. Le contrat, attribué à l’issue d’un appel d’offres, porte sur environ 345,3 millions de litres de carburant : 246,9 millions de litres de diesel et 98,4 millions de litres d’essence. Les livraisons seront assurées par TOTSA, la branche de négoce du groupe. Total est présent en Namibie depuis 1964.
Un contrat de trois mois, une économie de 220 millions de dollars namibiens
L’offre de TotalEnergies prévoit une remise de 61 cents namibiens par litre de diesel et de 71 cents par litre d’essence par rapport au prix de référence utilisé par la Namibie pour ses importations, le Basic Fuel Price. La réduction moyenne atteint 63,85 cents par litre.
Selon le ministre namibien des Industries, des Mines et de l’Énergie, Modestus Amutse, le pays devrait économiser environ 220,5 millions de dollars namibiens, soit près de 13,6 millions de dollars américains, par rapport au dispositif précédent. Les quatre candidats à l’appel d’offres ont proposé des prix inférieurs à ce tarif de référence, alors que les fournisseurs facturaient jusqu’ici une prime au-dessus du Basic Fuel Price.
Cette économie doit d’abord alimenter le mécanisme national de stabilisation des prix, géré par le National Energy Fund, qui avait absorbé 1,3 milliard de dollars namibiens de sous-recouvrement durant les seuls mois d’avril et mai 2026 pour limiter la hausse supportée par les consommateurs. Le gouvernement cherche ainsi à restaurer ses marges financières et à sécuriser l’approvisionnement d’un pays qui reste entièrement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés.
Venus et Mopane, désormais sous le même pilotage
Cette victoire commerciale intervient moins de trois semaines après une décision plus stratégique. Le 3 septembre, TotalEnergies a finalisé son accord avec la compagnie portugaise Galp et pris le contrôle opérationnel de la licence PEL83, qui abrite la découverte de Mopane.
Le groupe français détient désormais 40% de cette licence, aux côtés de Galp, qui conserve également 40%, de la compagnie publique Namcor et de Custos, avec 10% chacun. En contrepartie, Galp est entré à hauteur de 10% dans la licence PEL56, où se trouve Venus, et de 9,39% dans la licence voisine PEL91.
TotalEnergies devient ainsi l’opérateur des deux découvertes les plus importantes du bassin de l’Orange : Venus, identifiée en 2022, et Mopane, mise au jour par Galp. Une nouvelle campagne d’exploration et d’évaluation de Mopane doit démarrer au quatrième trimestre 2026. Pour Venus, le groupe travaille sur un projet reposant sur une unité flottante de production et de stockage, d’une capacité de traitement d’environ 160 000 barils par jour.

La décision finale d’investissement reste suspendue aux négociations avec Windhoek, notamment sur la stabilité fiscale du projet. La Namibie espère voir sortir ses premiers barils avant la fin de la décennie, mais le coût des installations en eaux très profondes oblige les partenaires à sécuriser au préalable les conditions économiques du développement.
Un partenaire incontournable, pas encore producteur
TotalEnergies exploite 43 stations-service et reste le quatrième distributeur de carburants du pays. Il en devient temporairement le fournisseur principal de produits raffinés, tout en pilotant les deux projets appelés à faire entrer la Namibie dans le cercle des producteurs africains de pétrole.
Cette concentration ne signifie pas que TotalEnergies pourra bientôt alimenter ses stations namibiennes avec du pétrole extrait localement. Le brut de Venus ou de Mopane devra d’abord être produit, exporté ou transformé, alors que la Namibie ne dispose pas encore d’une raffinerie capable de couvrir ses besoins.
Comme Afrik.com l’avait relevé dès les premières découvertes dans le bassin de l’Orange (lire l’article), la Namibie cherche désormais à utiliser ses ressources pour stabiliser ses approvisionnements et développer des infrastructures locales. Le contrat carburant et la prise de contrôle de Mopane placent TotalEnergies au centre de cette phase du dossier.




