
Du Kenya à l’Afrique du Sud, l’Afrique entre dans une nouvelle phase de sa crise énergétique. Au moins 20 % des stations-service kenyanes manquent d’essence, l’Afrique du Sud connaît des ruptures localisées à Johannesburg et Pretoria, tandis que Maurice n’a que 15 à 20 jours de stock. La fermeture du détroit d’Ormuz, point de passage majeur pour l’énergie mondiale, prive le continent de ses approvisionnements habituels. Pour l’Ouganda, le Maroc et d’autres pays dépendants des importations, la crise n’est plus celle du prix, elle devient celle de la disponibilité physique.
Kenya, Afrique du Sud, Maurice : les premières pénuries en Afrique
L’Afrique commence à ressentir très concrètement le choc énergétique provoqué par la fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations sur les routes mondiales du pétrole et du gaz. Le détail des crises :
- Kenya : 20% des stations indépendantes sans carburant fin mars
- Afrique du Sud : ruptures à Johannesburg, Pretoria, rationnement des bus municipaux
- Maurice : un chargement de fioul lourd manquant (autonomie : 15-20 jours)
- Ouganda : circuits alternatifs activés, réserves limitées
- Maroc : 51 jours de stock diesel, 55 jours d’essence (tension, pas pénurie déclarée mais au niveau local certaines zones de campagne n’ont déjà plus d’essence nous rapporte notre contact sur place)
Reuters et Associated Press rappellent que ces économies, très dépendantes des importations de produits raffinés, n’ont aucune marge de manœuvre. Le cas le plus frappant reste celui du Kenya : selon les professionnels du secteur, c’est environ 20 % du réseau qui est concerné. La crise n’est plus seulement celle des prix, elle touche désormais la distribution elle-même.
L’Afrique du Sud, pour sa part, reconnaît des ruptures localisées. Officiellement, Pretoria parle encore d’achats de panique et de déséquilibres logistiques plus que d’une pénurie nationale, mais la nervosité du marché est déjà bien installée, avec des stations à sec à Johannesburg et des perturbations pour les bus municipaux de Pretoria.
À Maurice, l’alerte a été plus institutionnelle. Un chargement de fioul lourd attendu le 21 mars n’est pas arrivé, laissant seulement 15 à 20 jours d’autonomie selon les autorités. Des mesures d’économie d’énergie ont été prises, signe qu’en Afrique insulaire aussi, la dépendance aux importations peut très vite se transformer en vulnérabilité stratégique.
Ouganda, Maroc, Soudan du Sud : quand les tensions deviennent critiques
D’autres pays ne sont pas encore en situation de pénurie déclarée, mais sont clairement entrés dans une zone de tension majeure. Reuters indiquait ainsi que l’Ouganda explore des circuits alternatifs avec des réserves limitées, tandis que le Soudan du Sud a commencé à rationner l’électricité à Juba, effet indirect mais révélateur des difficultés d’approvisionnement en carburants. Un comble pour l’un des premier producteur de pétrole du continent, pénalisé par la corruption du secteur.
Le Maroc, souvent cité ces derniers jours pour les hausses de prix, se situe pour l’instant dans une position intermédiaire. Le ministère de l’Énergie a assuré disposer d’environ 51 jours de stock de diesel et 55 jours d’essence. Il n’y a donc pas, à ce stade, de pénurie déclarée, mais bien une tension sérieuse sur un pays qui dépend fortement des importations depuis la fermeture de sa seule raffinerie en 2015. Localement cependant, dans les zones reculées le manque de réserve entraîne la fermeture de nombreuses stations.
Afrique de l’Ouest : le Nigeria fragilisé par ses propres défaillances
En Afrique de l’Ouest, la situation reste moins critique pour l’instant, mais le Nigeria, premier producteur africain, demeure fragilisé par ses défaillances structurelles de raffinage. Malgré une production pétrolière importante, le pays subit une crise chronique de ses raffineries, amplifiant sa dépendance aux importations. Cette vulnérabilité expose toute la région Ouest-africaine à un risque de contagion rapide.
Au-delà des prix : une crise de disponibilité physique
Au fond, la séquence actuelle révèle une réalité structurelle : l’Afrique entre dans une crise de disponibilité. Du Kenya à l’Afrique du Sud, les premiers manques à la pompe montrent que les chaînes d’approvisionnement peuvent se gripper en quelques jours. Si le conflit se prolonge et que le détroit d’Ormuz reste entravé, la crise énergétique deviendra l’un des principaux accélérateurs de l’inflation et du mécontentement social sur le continent.
Pour les gouvernements africains, la fenêtre de manœuvre diplomatique se referme. Les deux scénarios qui se dessinent, stabilisation rapide ou crise généralisée, détermineront si l’Afrique traverse une crise transitoire ou entre dans une période d’instabilité prolongée.





