Togo : une présidentielle sous tension

Trois millions de Togolais se rendent aux urnes ce jeudi. C’est une élection pleine d’incertitudes. Le doute ne porte pas sur le résultat – le président sortant Faure Gnassingbé Eyadéma devant être reconduit, sans surprise, pour un second mandat. L’inquiétude concerne plutôt le risque d’affrontements après le scrutin. L’opposition n’a cessé de dénoncer de possibles fraudes électorales.

Un scénario à la Gabonaise ? C’est ce que craint la majorité des Togolais. Mardi, le FRAC (Front Républicain pour l’Alternance et le Changement), fédération de partis de l’opposition[Quatre petits partis de l’opposition apportent leur soutien à l’UFC. Cette union sacrée dénommée FRAC (Front Républicain pour l’Alternance et le Changement) réunit l’ADDI, le PSR, l’Alliance, et Sursaut-Togo de Koffi Yamgnane.]], sous l’égide de [Jean-Pierre Fabre, réussissait à rassembler plus de 15 000 personnes, à Lomé. De son côté, dans un meeting à Kara, au nord du pays, Faure Gnassingbé réunissait des milliers de sympathisants.

Beaucoup pensent que l’élection n’est qu’une formalité. Faure Gnassingbé est confiant. Car il fait face à une opposition qui, malgré ses efforts de rapprochement, reste divisée. Celle-ci est représentée par 6 candidats: Jean-Pierre Fabre, candidat de l’UFC soutenu par le FRAC, Kagbara Bassibi, du parti de Démocratique Panafricain ( PDP), de Lawson Nicolas, du Parti du Renouveau et de la Rédemption (PRR), Kafui Adjamagbo-Johnson de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA), Agbéyomé Kodjo de l’Organisation pour Bâtir le Togo dans l’Unité et la Solidarité (OBUTS) et Yaowi Agboyibo du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR-opposition).

Tous ces candidats estiment avoir une chance de remporter la victoire. Mais l’opposant le plus sérieux à l’héritier Eyadéma est le représentant du FRAC qu’un sondage indépendant réalisé cette semaine donne vainqueur. « Nous allons réunir 92% des voix à Lomé », fief traditionnel de l’opposition, a déclaré Jean-Pierre Fabre, mardi soir.

Un risque d’affrontements

Dans les rues de Lomé, la tension est palpable. « On craint un peu le scénario de 2005 », nous déclarait hier un journaliste de la capitale. Cette année-là, l’élection contestée de Faure Gnassingbé Eyadéma, fils du dictateur Gnassingbé Eyadéma resté 38 ans au pouvoir, avait conduit à un bain de sang, coûtant la vie à près de 500 personnes.

Cette année, les partis en lice appellent à la non violence. Mais la critique, elle, est toujours là. « Je ne sais pas par quelle magie, ils vont gagner, j’attends de voir », a déclaré Jean-Pierre Fabre mardi, faisant allusion à de possibles fraudes électorales ourdies par le camp présidentiel.

Le président sortant, lui, a demandé le même jour, à Kara, de ne « pas contester » le résultat de l’élection. Il espère obtenir une plus grande légitimité grâce au scrutin de cette année et faire oublier l’épisode sanglant du précédent suffrage. Suite à celui-ci, l’Union Européenne avait décidé de suspendre sa coopération avec le pays pour cause de « déficit démocratique ».

Quatre médias français, Radio France, Radio France Internationale (RFI), RTL et La Croix, ont dénoncé mardi le refus, par les autorités du Togo, d’accorder des visas à leurs envoyés spéciaux qui devaient couvrir l’élection présidentielle. Selon La Croix, les démarches ont pourtant été effectuées « plusieurs semaines à l’avance » auprès du ministère togolais de la communication, soutenues par l’ambassade de France à Lomé et par la représentation de l’Union européenne. Un refus qui ne manque pas de laisser songeur quant au désir de transparence du candidat sortant.