Togo : un accord pour mettre fin à 15 ans de crise

Opposition et pouvoir togolais ont signé dimanche, à Lomé, un accord politique global censé mettre fin à quinze ans de crise. Conclu sous l’égide du Président burkinabé Blaise Compaoré, le texte prévoit la formation d’un gouvernement d’union nationale et met fin aux conditions de nationalité qui empêchaient le principal parti d’opposition de présenter ses meilleurs candidats aux élections. La question de l’armée est remise aux calendes grecques.

« Impossible n’est pas togolais », titre le site gouvernemental Republic of Togo, au lendemain de la signature, dimanche, à Lomé, d’un « accord global » visant à mettre fin à quinze ans de crise politique dans le pays ouest-africain. Les discussions entre le gouvernement, le parti au pouvoir (Rassemblement pour le peuple togolais) et les cinq principaux partis d’opposition [L’Union des forces de changement de Gilchrist Olympio, le Comité d’action et du renouveau de Yaowi Agboyibo, la Convention démocratique des peuples africains de Leopold Gnininvi, la Convergence patriotique panafricaine d’Edem Kodjo, Premier ministre actuel, le Parti pour la démocratie et le renouveau, de Zarifou Ayeva, actuel ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères.]] avaient repris en [avril dernier, à Lomé, plus d’un an et demi après la mort du Président Gnassingbe Eyadéma et l’aggravation de la crise politique. Avant de rapidement se retrouver au point mort. A l’ordre du jour : les conditions d’éligibilité à la présidence, la composition de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), la question des réfugiés et des droits de l’homme et la refondation de l’armée. Les parties prenantes ne s’étaient pas accordées sur le médiateur chargé de mener les discussions, et c’est finalement celui qui avait été pressenti à cette fonction, le Président burkinabé Blaise Compaoré, qui les a aidé samedi à trouver un accord, dans sa capitale, Ouagadougou.

Les premiers points de l’accord concernent la formation d’un gouvernement d’union nationale (telle était déjà sa nature) et l’organisation d’élections législatives. Dimanche, lors de la cérémonie de signature de l’accord, à Lomé, le Président Faure Gnassingbé a prévenu qu’« aucun processus politique n’est linéaire, et [qu’]il y aura des atermoiements ». Il avait sans doute en tête la dizaine d’accords politiques signés depuis quinze ans et restés sans suite.

Gilchrist Olympio pourra se présenter

Pour parvenir à cet accord, chacune des parties a dû lâcher du lest. L’Union des forces de changement, le chef de file de l’opposition, trouvait que la CENI, composée de 19 membres, deux issu de chacun des cinq principaux partis d’opposition, deux de la société civile, deux du gouvernement et cinq de la mouvance présidentielle, était trop favorable à cette dernière. Le parti de Gilchrist Olympio a finalement accepté cette formule, à condition que les membres du gouvernement siègent sans voix délibérative. Dans le même temps, il a été déterminé que les décisions au sein de l’instance seront prises par voie de consensus plutôt que de vote, comme le souhaitait l’opposition. Ce qui réduit l’importance de l’acquis arraché sur la fonction des membres du gouvernement au sein de la CENI.

L’UFC a néanmoins obtenu la disparition des conditions d’éligibilité, qui interdisaient à tout citoyen détenteur d’une autre nationalité de se présenter aux élections présidentielles. De la même façon, l’accord supprime les délais de résidence pour les candidats aux élections. Ces conditions handicapaient fortement l’UFC, dont nombre de cadres, parmi lesquels son chef, Gilchrist Olympio, qui a déjà échappé à des attentats dans son pays, vivaient à l’étranger.

Resté vague sur la question des droits de l’homme, l’accord prévoit qu’une commission devra faire la lumière sur « les actes de violence à caractère politique commis durant la période de 1958 à ce jour et étudier les modalités d’apaisement des victimes ». Quant aux Togolais réfugiés dans la sous-région et déplacés dans le pays, suite aux violences d’avril 2005, il convient de « l’urgence de tout mettre en œuvre pour favoriser [leur] retour et [leur] réinsertion. Et prévoit la création d’un comité ad hoc chargé de prendre contact avec eux et d’appuyer le Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies dans son action.

La réforme de l’armée remise à plus tard

Soulevée par l’UFC, la vaste question de l’armée, accusée d’être constituée sur des bases ethniques (l’ethnie kabyé, celle des Gnassingbe), est remise aux calendes grecques. Le texte convient simplement « que des dispositions nécessaires [seront] prises en vue de la réaffirmation (…) de la vocation apolitique et du caractère national et républicain de l’armée nationale et des forces de sécurité ». Quant à leur refondation, les parties prenantes au Dialogue national recommandent solennellement au gouvernement « d’étudier les questions relatives à [leur] réforme ».

L’accord est incomplet mais Blaise Compaoré n’en a pas moins appelé la communauté internationale et l’Union européenne (UE) à « soutenir le Togo dans ses efforts de normalisation » par une « reprise rapide de la coopération (…), indispensable à la consolidation de ces acquis ». L’UE a rompu sa coopération avec le Togo depuis 1993 pour « déficit démocratique ».