Dialogue inter-togolais : tous les sujets seront évoqués

La réforme de l’armée, le retour des réfugiés, l’organisation d’élections libres et le règlement du contentieux né de celles d’avril 2005, tous ces dossiers devront être réglés à l’occasion du Dialogue national togolais, qui a repris ses travaux vendredi dernier. L’opposition et les autorités s’opposaient depuis plusieurs mois sur la désignation d’un médiateur pour mener les débats et sur ce point, dont il faisait un préalable, le parti de Gilchrist Olympio a perdu.

L’ordre du jour est ambitieux. Elu samedi par les participants au Dialogue togolais, réunis depuis la veille, le Bureau de pilotage des discussions a adopté mardi les points qui devront êtres discutés et résolus pour sortir le Togo de la crise. Y figurent la définition d’un « cadre électoral » devant permettre l’organisation d’élections libres et transparentes, le « règlement du contentieux du scrutin présidentiel d’avril 2005 », la « formation d’un nouveau gouvernement », « le cas des réfugiés et des personnes déplacées » ou encore le « problème de l’impunité ». La question de « la réforme de l’armée et des autres forces de sécurité », uniquement soulevée par l’Union des Forces de Changement (UFC), fait aussi parti des points qui devront être débattus. Pour le parti de Gilchrist Olympio, c’est la « grande muette », composée largement de l’ethnie kabyé, celle des Gnassingbe, qui détient la réalité du pouvoir.

Le dialogue inter-togolais s’inscrit dans le cadre des 22 engagements pris par le gouvernement togolais devant l’Union européenne (UE), le 14 avril 2004, afin de corriger le « déficit démocratique » qui a conduit à la suspension de la coopération avec le Togo depuis 1993. Ce dialogue avait été interrompu suite à la mort du président Gnassingbé Eyadéma, le 5 février 2005, au coup d’Etat militaire et au coup constitutionnel qui s’en sont suivis, et aux élections houleuses – des centaines de morts et près de 40 000 réfugiés (HCR) – du 24 avril 2005, dont Faure Gnassingbé est sorti vainqueur.

Entre Togolais

La reprise des discussions avait achoppé depuis plusieurs mois sur la désignation d’un médiateur pour mener les débats. L’UFC, lâché sur cette question par le Car (Comité d’action pour le renouveau) et la CDPA (Convention démocratique des peuples africains), était le dernier parti à en faire un préalable. L’opposition avait refusé en décembre 2005 la nomination comme facilitateur de Moustapha Niasse, l’ancien Premier ministre sénégalais, avant que le gouvernement en fasse de même avec l’ancien ministre des Affaires étrangères algérien et représentant personnel de Koffi Annan, Lakhdar Brahimi, en janvier dernier. L’UFC voyait dans ce diplomate chevronné un élément trop éloigné des cuisines françafricaines pour faire un bon médiateur. Blaise Compaoré, qui tenait la corde voilà encore quelques semaines, ne participe finalement pas au dialogue.

Samedi, le parti de Gilchrist Olympio a perdu sur ce point puisque le communiqué du « Dialogue politique inter-togolais » prévoit le recourt à un facilitateur seulement « en cas de besoin ». Autre défaite pour l’UFC, comme pour la CDPA : le mode de décision. Les deux partis d’opposition souhaitaient que seul le consensus soit retenu, afin qu’aucune décision ne puisse être prise sans l’accord de tous les partis. Or, le communiqué indique que le « recours au vote » sera possible « dans des cas exceptionnels où toutes les tentatives pour parvenir au consensus ont échoué (…) Dans ce cas, précise-t-il, la décision est prise à la majorité qualifiée des 2/3 des 9 délégations. »

L’UFC isolé

Dans ce cas, estime Le Togolais.com, le rapport de force au sein du groupe des neufs participants au dialogue est favorable aux autorités, représentées par le gouvernement et le RPT (Rassemblement pour le peuple togolais, au pouvoir). Le portail Internet d’opposition se veut méfiant à l’égard de l’association Refampt (Réseau des Femmes Africaines Ministres et Parlementaires Togo), dirigée par Kissem Tchangaï-Walla, l’ancienne présidente de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) qui a validé les dernières élections. Y figurent également la CPP (Convergence patriotique panafricaine) d’Edem Kodjo, Premier ministre actuel, le PDR (pour la démocratie et le renouveau), de Zarifou Ayeva, ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères, GF2D (Groupe de Réflexion et d’Action, Femme Démocratie et Développement), le Car, la CDPA et l’UFC.

La procédure du vote a d’ailleurs été utilisée dès samedi pour élire le président du Bureau. Le poste de rapporteur, qui devait revenir au gouvernement, et celui de vice-président, à un représentant de la société civile, ont été octroyés sans difficultés. Mais celui de président, qui devait être choisi au sein de l’opposition, a fait l’objet d’un vote entre le candidat de l’UFC et celui du Car. Boycotté par l’UFC et le CDPA, qui ne voulaient pas entendre parler d’élection, le tour de table a vu Yawovi Agboybo l’emporter.

« Pour déterminer la réalité des intentions affichées, je me fierais à deux baromètres, explique Karl Gaba, un opposant vivant en France : la réforme des institutions définissant le cadre des élections et la réforme de l’armée. Si sur ces deux points le dialogue parvient à un audit et à une réforme, notamment de l’armée, sous tutelle internationale, alors cela sera un bon signe ». Ni Jean-Pierre Fabre (UFC), ni le Professeur Gnininvi (CDPA), ni Me Agboyibo (Car) n’étaient joignables jeudi pour faire part de leurs impressions sur l’avancée des discussions et les conditions de leur tenue.