Brahimi, le faiseur de paix

L’envoyé spécial de Kofi Annan en Afghanistan, Lakhdar Brahimi, a réussi sa mission : permettre aux Afghans de former un gouvernement. A 67 ans, le diplomate algérien est en passe de décrocher sa seconde victoire après celle du Liban en 1990. Portrait.

Au début de la guerre en Afghanistan, Lakhdar Brahimi définit ainsi sa mission, au quotidien Le Monde :  » Parler aux Afghans ainsi qu’aux pays voisins, à commencer par le Pakistan et l’Iran, pour voir avec eux ce qu’il faut faire. J’insiste beaucoup sur le fait qu’il est impossible de trouver la solution pour l’avenir de l’Afghanistan à Manhattan, il faut que les intéressés participent à sa mise en forme.  » Et, mardi dernier à Bonn, toutes les fractions afghanes sont parvenues à former un gouvernement de transition. Des attentats contre les Etats-Unis, le 11 septembre, à la formation du gouvernement afghan, le 4 décembre, l’envoyé spécial de Kofi Annan a rencontré tous les protagonistes. Et tracé une ligne de conduite.

Visionnaire têtu

 » Son apport au dossier afghan n’est pas nouveau. Déjà au printemps 1992, alors ministre des Affaires étrangères, il avait initié les premiers contacts avec les talibans pour prémunir notre pays des tentations des principaux soutiens des talibans d’étendre leur influence à la terre d’Algérie. Il estimait qu’il était encore possible de les soustraire à quelques influences négatives sur l’Algérie. Il n’avait pas été écouté ni suivi « , regrette son compatriote Abdelaziz Rahabi dans les colonnes d’El Watan.

C’est en dehors de l’Algérie que l’ancien ministre fera ses armes. Il avait à peine plus de 20 ans quand il est envoyé à Jakarta comme représentant du Front de libération nationale (FLN) pour l’Asie du sud-est.  » C’est en Indonésie, au passage il parle et écrit la langue locale, qu’il avait fréquenté les grands de l’époque : Nehru, Tito, Nasser… Sa carrière diplomatique l’a relativement épargné des luttes politiques algériennes. Il s’est toujours tenu à l’écart des clans « , confie un diplomate algérien.

Les accords de Taef

A 69 ans, Lakhdar Brahimi a acquis une grande expérience onusienne.  » Lakhdar a une grande culture. Il peut vous raconter l’histoire du Zaïre dans ses moindres détails. Son seul défaut : l’entêtement. Il vous explique avec une courtoisie toute britannique que son analyse est juste et que vous devez la partager « , se souvient un diplomate africain. Et c’est son intransigeance qui l’a poussé à jeter l’éponge lors de sa première mission en Afghanistan, en 1999.  » J’ai démissionné non seulement à cause du manque de coopération des pays voisins mais aussi à cause des grands pays, qui nous avaient totalement laissés tomber « , explique Lakhdar Brahimi.

Sa grande référence demeure les accords de Taef qui ont permis au Liban de sortir de la guerre civile.  » Il avait un pouvoir d’écoute impressionnant. C’était aussi la première fois qu’on voyait un représentant de la Ligue arabe couper la parole aux intervenants et trancher quand le sujet s’enlisait dans des querelles sémantiques « , aime à se souvenir un diplomate libanais longtemps en poste à Paris.

Alors que les Américains voulaient installer une force internationale à Kaboul, Lakhdar Brahimi insistait sur la formation d’un gouvernement afghan par les Afghans eux-même.  » (…) j’insiste sur le fait que ce sont les Afghans qui doivent définir leur gouvernement. J’entends les gens dire « Quand est-ce que Brahimi va former un gouvernement en Afghanistan ?  » Pas question que je forme quoi que ce soit, ce sont les Afghans qui vont le faire « , s’énerve-t-il dans Le Monde. Les Afghans l’ont fait. Aidés par Lakhar Brahimi.