Reprise du dialogue inter-togolais

Gouvernement, partis d’opposition et associations de la société civile devaient se retrouver vendredi 21 avril pour relancer le dialogue inter-togolais, à l’arrêt depuis plus d’un an. Les préalables posés par le principal parti d’opposition, l’Union des Forces de Changement (UFC) de Gilchrist Olympio, parmi lesquels le traitement de la question de l’armée et la présence d’un médiateur, risquent de faire tourner court les débats.

Avec Panapress

Dialogue inter-togolais, onzième, c’est reparti. Mais pour combien de temps ? Le gouvernement togolais a adressé les invitations au CAR (Comité d’action pour le renouveau), à la CDPA (Convention démocratique des peuples africains), à l’UFC (Union des forces de changement), au PDR (Parti pour la démocratie et le renouveau), à la CPP (Convergence patriotique panafricaine) et à deux associations de la société civile (GF2D et REFAMPT, associations de femmes), pour reprendre les travaux ce vendredi 21 avril, à 9h30, à l’hôtel du 2 février. Chaque parti ou association sera représenté par cinq membres. Ce dialogue s’inscrit dans le cadre des 22 engagements pris par le gouvernement togolais devant l’Union européenne (UE), le 14 avril 2004, afin de corriger le « déficit démocratique » qui a conduit à la suspension de la coopération avec le Togo depuis 1993.

Le processus avait été interrompu suite à la mort du président Gnassingbé Eyadéma, le 5 février 2005, au coup d’Etat militaire et au coup constitutionnel qui s’en sont suivis, et aux élections houleuses – des centaines de morts et près de 40 000 réfugiés (HCR) – et douteuses du 24 avril 2005, dont Gnassingbé fils est sorti vainqueur. Selon un document du gouvernement faisant la synthèse des observations et propositions relatives au dialogue, une dizaine de jours suffiraient pour ces assises qui se dérouleront à Lomé et non à Ouagadougou, la capitale burkinabé, comme annoncé en février dernier.

La question de l’armée

Outre les 22 engagements, les pourparlers entre les acteurs politiques et la société civile togolaise porteront sur les questions des réformes institutionnelles, législatives et réglementaires, la révision du cadre électoral (code et fichiers électoraux), la recomposition et la revue des attributions des organes de contrôle et des institutions de régulation, particulièrement « ceux intervenant dans le processus électoral » en vue de préparer des élections libres et transparentes, précise le document émis par le gouvernement.

Le dialogue pourrait également traiter de l’épineux problème de la réforme de l’armée et des forces de sécurité, composés essentiellement de membres de l’ethnie kabyé, celle des Gnassingbé. Sera également à l’ordre du jour la question des réfugiés et des déplacés des élections d’avril 2005, de même que les modalités de leur retour et de leur réinsertion. Les assises préconisent par ailleurs la mise en place d’un mécanisme de suivi pouvant constituer un « cadre permanent de dialogue et de concertation sur les sujets et préoccupations d’intérêt national », de même qu’un « gouvernement de consensus ou transitoire d’unité nationale ».

Avec ou sans médiateur ?

Cependant, le dialogue pourrait achopper sur la question de la médiation. L’Union des forces de changement (UFC), principal parti politique de l’opposition, réclame la présence d’un médiateur durant les pourparlers, alors que le Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir) et les autres formations politiques de l’opposition n’en font pas un préalable au dialogue. Annoncé en novembre 2005, le dialogue inter-togolais a achoppé sur les problèmes de lieu de sa tenue, ses objectifs et la question de la médiation. Le nom du diplomate algérien Lakhdar Brahimi, ancien ministre algérien des Affaires étrangères et ancien représentant personnel du secrétaire général des Nations unies, avait été cité au début de l’année 2006, mais le RPT l’aurait refusé.

La relance fut encore annoncée en février, à Ouagadougou (Burkina Faso), mais l’impréparation et les divergences relatives au lieu et à la médiation ont milité pour son ajournement. Il a fallu la visite au Togo, en mars dernier, du président burkinabé Blaise Compaoré et de la mission d’évaluation des 22 engagement de l’UE pour relancer la machine aboutissant à la fixation de la date au 21 avril.

Si ce dialogue arrive à démarrer, il sera le onzième que les acteurs politiques organisent depuis 1990, date du début des contestations ayant abouti au processus de démocratisation du pays.