Tina, 13 ans, violée, torturée : sa famille d’adoption condamnée

L’ancien footballeur nigérian Godwin Okpara et son épouse ont été respectivement condamnés, vendredi, en France, à 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour esclavage domestique et viols aggravés à l’encontre de leur fille adoptive, Tina. Elle avait tout juste 13 ans à l’époque des faits. Amély-James KOH BELA, actrice sociale et auteure du livre Mon combat contre la prostitution, a tenu à nous livrer son sentiment sur l’affaire.

« Viols aggravés commis sur mineure par un ascendant » et soumission d’« une mineure à des conditions de travail et d’hébergement contraires à la dignité humaine » sur la personne de leur fille adoptive, Tina. Reconnus coupables, vendredi dernier de tous ces chefs d’inculpation, je suis heureuse que Godwin Okpara et son épouse aient écopé d’une lourde peine (13 ans fermes pour lui et 15 ans pour sa femme). Fin d’un calvaire de 4 ans.

Un cas parmi tant d’autres, pour justement qu’on puisse parler des autres. Une condamnation pour l’exemple. Une condamnation pour toutes ces centaines de Tina, toutes ces centaines de vies anonymement et impunément volées, toutes ces violences du silence. Et j’ai une grande pensée à toutes celles qui subissent le pire dans l’intimité de nos maisons. Car les faits dont il est question ici ne me surprennent malheureusement guère. Reconnaître ou élever des enfants qui ne sont pas les siens est une pratique courante en Afrique. Mais c’est sur ce terreau culturel que beaucoup ont décidé de planter les graines de la honte. De pseudo missions d’éducation et de solidarité qui masquent en fait un indigne trafic d’enfants. A des fins d’exploitation sexuelle ou (et) à des fins d’esclavage domestique. Les deux étant intimement liés.

Pas de jurisprudence en Afrique

Et c’est là tout mon combat. Ce qu’on appelle trafic des êtres humains est souvent un secret de polichinelle dans les communautés africaines. Nombreux sont ceux qui savent. Très peu, et pour ainsi dire personne, sont ceux qui osent le dire. Par refus de voir, par peur, par allant de soit culturel, par respect même envers les familles coupables de ce que je considère comme un crime. Aujourd’hui je rêve d’une seule affaire Okpara, en Afrique. Rien qu’une seule. Car une telle condamnation n’a, à ma connaissance, jamais été prononcée par une juridiction africaine. Un pavé dans la mare qui aurait assurément un effet levier sur une prise de conscience nécessaire de la société en plaçant le débat sur la scène publique.

Pour autant, la condamnation en justice n’est pas, loin s’en faut, la panacée. D’une part parce qu’elle ne réparera jamais tout le mal dont ces enfants ont été victimes, des enfants marqués pour la vie. D’autre part, parce qu’on reste dans l’espace répression. Pour agir en profondeur, j’estime que nous devons prendre le problème à la racine, en amont. Pour sensibiliser et responsabiliser les adultes dans leur rôle de parents et par rapport aux droits de l’enfant. Le droit à l’innocence et à la vie. C’est à nous, fils et filles du Continent de nous prendre en main et de prendre les choses en main. C’est à nous de dire NON à tout ce qui salit notre image et notre dignité. C’est là le plus puissant et le plus beau message que l’on puisse envoyer au monde.

Au nom de tous les miens

Si j’avais Godwin Okpara en face de moi, je lui dirais qu’il est une honte pour l’Afrique et pour les Hommes. Je lui demanderais s’il a vraiment eu conscience de toute la portée de ses actes en espérant voir dans ses yeux le regret ou le remord. Au nom de tous les miens et de toutes les victimes qui continuent à subir dans l’ombre, j’aimerais qu’il demande un sincère pardon pour ce qu’il a fait à cette enfant. Et qu’il n’aurait certainement pas fait si cela avait été son propre enfant. En Afrique on dit qu’il faut un village pour éduquer un enfant. Chaque enfant est tout aussi le mien que le vôtre. Tout aussi bien le nôtre que le sien.

J’ai fait de la cause des enfants mon combat et j’estime qu’il en va de la responsabilité de tous. C’est ensemble que devons faire front. C’est ensemble que nous devons protéger nos enfants, notre trésor d’aujourd’hui pour la richesse de demain. »

  Amély-James KOH BELA

Amély-James KOH BELA spécialiste internationale du trafic africain des êtres humains, vient de publier son second ouvrage Mon combat contre la prostitution (ed Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 224p, 2007

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