Tiken Jah Fakoly : « Je sais que je prends des risques »


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Tiken Jah Fakoly
Tiken Jah Fakoly

Tiken Jah Fakoly était de passage à Lomé, le week-end dernier, pour un concert où il s’est produit devant un public conquis. Afrik.com l’a rencontré 24 heures avant la sortie officielle de son huitième album, L’Africain. Il dévoile ses joies, ses peines et ses espoirs.

Trois ans après Coup de Gueule, le chanteur ivoirien Moussa Doumbia dit Tiken Jah Fakoly amorce son retour avec L’Africain (Barclay), un album polémiste 100% reggae. C’est dans son studio, à Bamako, au Mali (où il a été contraint à l’exil il y a cinq ans suite à la guerre civile), qu’il a enregistré cet album. De passage au Togo, il a répondu aux questions d’Afrik.com.

Afrik.com : Comment se porte le Généras (Tiken est considéré comme le Général des Rastamen. D’où Généras, surnom donné par un fan à Bamako où il réside), à quelques heures de la sortie officielle de son 8ème album ?

Tiken Jah Fakoly : Je suis encore sous le coup du stress. Les gens pensent que nous les artistes on ne stresse jamais. Mon inquiétude, c’est comment le public va accueillir ce nouvel album. Vont-ils l’apprécier ou pas ? Je ne sais pas. Lundi matin, les amis vont m’appeler depuis Abidjan par exemple, pour me dire comment ça bouge là-bas. Sinon, ça va. J’ai de la chance de sortir un 8è album.

Sa particularité par rapport aux précédents ?

C’est un album plus ouvert que les autres, c’est plus international que les autres. C’est un disque que j’ai enregistré avec les musiciens qui m’accompagnent sur scène, les Djelys. En plus, je me suis fais conseiller au niveau des textes par Magyd Cherfi qui co-écrit le titre « Tonton d’America ».

Vous arrivez à la veille des élections législatives au Togo…

Justement. Mes frères Togolais doivent voter selon leur volonté. Il faut que l’Afrique se départisse de la corruption électorale, des fausses promesses…Il urge de penser à nos enfants et à nos petits enfants. C’est eux qui changeront le Togo, parce que le changement passe aussi par l’Assemblée nationale. Une Assemblée forte en face du Président dans un pays est porteur d’espoir. Il faut dire que le Togo a connu près de 40 ans de dictature. Les Togolais ont aujourd’hui la possibilité de changer le pouvoir en votant utile.

Que dites vous aux politiciens ?

Nous voulons une classe politique plus consciente. Le peuple veut un changement. Que celui qui n’a pas une petite clé de changement dans sa poche reste chez lui au village. Pas question qu’une bande de copains se rassemblent pour s’accaparer le pouvoir. L’Afrique doit avancer. Aujourd’hui, tous les Africains en sont conscients en voyant leurs frères traverser à la nage l’océan pour l’occident et se faire humilier. C’est ce que je dénonce dans un morceau du nouvel album qui s’intitule « Bla bla bla » puisque nos dirigeants sont incapables de changer les choses.

La Côte d’Ivoire est en train de retrouver la paix. Vous y croyez ?

Bien sûr que j’y crois. C’est une bonne chose que les Ivoiriens se retrouvent pour se réconcilier. La guerre a duré 5 ans. On s’est battu pour des causes qui ont été résolues. Beaucoup reste quand même à faire. C’est pourquoi il serait important que je rentre chez moi dans les mois à venir pour que je puisse apporter ma contribution à la réconciliation.

Vous comptez rentrer quand ?

J’ai très envie de rentrer. Mais je crois que ça va être dans quelques mois. Les dispositions sont en train d’être prises pour ça.

Entre Bédié, Gbagbo et Alassane ; vous voterez pour qui ?

J’attends celui qui va proposer un meilleur programme par rapport à la jeunesse.

La France inaugure le test d’ADN avant l’entrée des Africains sur son territoire…

C’est pas une bonne idée d’adopter cette politique vu ce qui se passe entre la France et l’Afrique. Tout ça, c’est pour dire à nos dirigeants qu’ils doivent se réveiller. Les autres ne sont plus prêts à nous accepter, donc il faut qu’on soit bien chez nous. C’est un message qui s’adresse aux dirigeants africains. Aujourd’hui les gens ne veulent plus qu’on aille chez eux, mais ils viennent chez nous quand ils veulent. Ca mérite un débat, ça mérite des déclarations de chefs d’Etats africains. Moi en tout cas, c’est une loi que je vais combattre dans mes concerts et sur mes albums parce que je ne suis pas d’accord pour que la France qui a pillé ce continent pendant des années continue de le piller. Puisque même si la France annonce une rupture, les multinationales françaises sont encore présentes. Ce qui veut dire qu’il n’y aura pas de rupture tout de suite. Donc on pille nos richesses mais on ne veut pas de nous.

Tiken est pour ou contre l’immigration ?

Je suis pour et contre parce que je ne souhaite pas que la jeunesse se vide du continent à cent pour cent. Si tous les jeunes partent pour l’Europe. Qui va alors construire l’Afrique? Nous avons aussi besoin des bras valides. Les Africains ont le droit de partir parce que les Blancs viennent chez nous quand ils veulent. Nous aussi nous avons besoin d’aller chez eux. Mais, que les Africains n’aient pas la possibilité d’aller chez eux est quelque chose qui énerve. Le droit des Africains mérite d’être réclamé. C’est pourquoi je dis qu’on doit ouvrir les frontières. Mais je précise que l’Afrique ne doit pas se vider de ses fils.

Dans un entretien avec vous en 2000 à Cotonou, vous me confiiez que vous joueriez au Togo lorsque le Président Eyadéma ne serait plus au pouvoir. C’est chose faite aujourd’hui. Etait-ce une prophétie?

Effectivement, mais j’aurais aimé qu’il soit vivant mais pas au pouvoir, puisque je n’avais rien contre lui. Ce qu’il y avait, c’était le fait qu’il était au pouvoir. Dieu a fait que j’ai réussi à faire ce concert après sa mort. En même temps, il n’est pas vraiment mort puisque son fils est au pouvoir…En tout cas, je suis content d’avoir joué devant cette jeunesse en liesse et très réceptive.

Toujours en tenue de combat ?

Oui. Je suis en guerre permanente contre l’injustice et l’inégalité. Je suis un contre pouvoir partout où le pouvoir est mal aimé. Je sais que je prends des risques. Mais c’est la vie. Si quelque chose doit arriver un jour, ça arrivera. On fait des choix dans la vie, on a ses convictions, on fonce.

On peut dire que aujourd’hui que Tiken a accompli sa mission ?

Je peux dire Dieu merci. Parce que là où je suis arrivé, beaucoup de personnes veulent bien y être, mais Dieu ne leur a peut-être pas donné cette chance.

• Le site de Tiken Jah Fakoly

• Commander le disque L’Africain

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