Choc des cultures, harmonie des nuages : Shanghai Restoration Project et Tebza Majaivane dévoilent l’envoûtant « Finding Bakoena in a Sojo Club »


Lecture 3 min.
Shanghai Restoration Project (SRP) et le rappeur Tebza Majaivane
Shanghai Restoration Project (SRP) et le rappeur Tebza Majaivane

Quand l’électro chinoise rencontre le flow sud-africain : Shanghai Restoration Project et Tebza Majaivane signent un album conceptuel envoûtant, Finding Bakoena in a Sojo Club, fusion mystique entre les montagnes du Yunnan et les rues de Soweto.

C’est une collision géographique improbable qui accouche d’une évidence musicale. Ce vendredi 6 février, le duo électronique Shanghai Restoration Project (SRP) et le rappeur sud-africain Tebza Majaivane livreront un album conceptuel fascinant. Entre les montagnes du Yunnan et les rues de Soweto, Finding Bakoena in a Sojo Club est une invitation à la transe, où la tradition ancestrale danse au rythme de l’Amapiano.

Si l’on devait placer cet album sur une carte, il faudrait tracer une ligne directe entre le sud-ouest de la Chine et l’Afrique du Sud. C’est le pari fou relevé par Shanghai Restoration Project. Le duo, connu pour son esthétique rétro-futuriste et ses explorations polyrythmiques, a posé ses valises dans le Yunnan en juin 2025. Leur objectif ? Capturer l’âme sonore des minorités Wa, Dai et Bulang, des peuples dont les chants luttent pour exister face à la modernisation effrénée.

De ces enregistrements de terrain (field recordings) bruts et spirituels, SRP a tissé une toile électronique hybride, mêlant la house sud-africaine (Amapiano) et les pulsations brutes du Gqom. Mais pour incarner ce pont entre deux mondes, il fallait une voix.

Le Crocodile et le Nuage

Cette voix, c’est celle de Tebza Majaivane. Figure de la culture Pantsula à Soweto, le rappeur et chorégraphe apporte à l’album une dimension narrative poignante. Le titre Finding Bakoena fait référence à sa quête d’identité : retrouver le « Bakoena » (le crocodile), l’animal totem de ses ancêtres du Lesotho, un pays qu’il n’a pourtant jamais visité.

YouTube video

Mais le génie du projet réside aussi dans sa symbolique géographique. Le Yunnan (« Au sud des nuages » en chinois) trouve un écho parfait avec le Lesotho et Soweto (« SoJo »), souvent décrits comme les nuages au sud de Johannesburg. Deux terres d’altitude, deux spiritualités qui, contre toute attente, partagent un ADN rythmique commun : l’amour du contretemps et l’imprévisibilité joyeuse des percussions.

Une transe universelle

À l’écoute, le résultat est hypnotique. Sur des titres comme « John Wick » ou « Qamako », les samples traditionnels chinois dialoguent avec le flow multilingue de Tebza, mêlant zoulou, anglais et sesotho.

Le sommet de cette fusion est sans doute atteint avec le titre « Take Off Your Shoes Ayashisa Amateki » (« Les chaussures brûlent »). Ce morceau Gqom uptempo furieux s’inspire des batailles de danse des cours de récréation de Soweto, où les perdants voyaient leurs chaussures suspendues aux lignes électriques. Ici, l’intensité urbaine de Soweto fusionne avec le Duxianqin (instrument à corde unique) et les récits de chasseurs de têtes de l’ethnie Wa. Le frisson est total.

Disponible chez Undercover Culture Music, cet album est plus qu’une collaboration : c’est un document sonore sur la sagesse des anciens guidant le chaos moderne. Une œuvre envoûtante qui nous happe dès les premières mesures.

L’album Finding Bakoena in a Sojo Club sera disponible dès le 6 février sur toutes les plateformes.

YouTube video

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News