Thomas Lubanga répond de crimes de guerre devant la CPI

Pour son premier procès depuis sa création en 2002, la Cour pénale internationale (CPI) juge, depuis ce lundi, Thomas Lubanga, l’ancien chef de la milice de l’Union des patriotes congolais (UPC). Il est accusé d’avoir enrôlé et fait combattre, entre 2002 et 2003, des enfants pendant la guerre civile d’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Le procès devrait durer un peu plus de six mois.

« Ce procès est celui des enfants soldats et de la gravité d’enrôler des centaines d’enfants pour les transformer en tueurs. C’est l’un des crimes les plus graves et les plus inquiétants… ». Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) ne mâche pas ses mots. Il requerra «une peine très élevée», a-t-il prévenu, dimanche, dans une interview à l’AFP. Le procès qui s’est ouvert ce lundi à La Haye, le premier de la Cour pénale internationale (CPI) depuis sa création en 2002, devrait, a indiqué le procureur, mettre en évidence la tragédie des enfants soldats.

Dans le box des accusés, Thomas Lubanga Dyilo, 48 ans. L’ancien chef de la milice congolaise UPC (Union des patriotes congolais) devra répondre de crimes de guerre pour avoir enrôlé et fait combattre des enfants de moins de quinze ans, entre 2002 et 2003, au sein de la branche militaire de son mouvement, FPLC (Forces patriotiques pour la libération du Congo). La province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), était alors déchirée par une violente guerre civile qui opposait les milices soutenues par les ethnies Hema (proche de l’UPC) et Lendu, pour le contrôle notamment de mines d’or. Selon des Ong, ce conflit a coûté la vie à quelque 60 000 personnes et fait des centaines de milliers de déplacés depuis 1999.

Initialement prévu pour juin 2008, le procès de Thomas Lubanga a été reporté en raison d’un problème de procédure. L’accusation avait refusé de transmettre à la défense le contenu de certains documents pouvant contribuer à l’innocenter. La libération du chef de guerre a même été envisagée, entre temps. Selon RFI, des solutions ont finalement été trouvées. Les deux parties peuvent désormais partager presque tous les documents tout en protégeant leurs sources.

«Ils ne peuvent pas oublier ce qu’ils ont enduré, se qu’ils ont vu…»

Thomas Lubanga Dyilo, arrêté en 2005 en République démocratique du Congo puis transféré à La Haye en mars 2006, n’échappera donc pas à la justice. L’accusation prévoit d’appeler à la barre 34 témoins, parmi lesquels des enfants soldats. Des mineurs qui, d’après Moreno-Ocampo, ne peuvent pas oublier « ce qu’ils ont enduré, ce qu’ils ont vu. Ils avaient 9, 11, 13 ans…. Beaucoup d’entre eux se droguent ou se prostituent pour survivre après avoir été rejetés par leur famille ». Dès l’ouverture du procès ce lundi, Thomas Lubanga Dyilo a, par la voix de son avocate, Me Catherine Mabille, plaidé non coupable.

« La milice de Lubanga a recruté, formé et utilisé des centaines de jeunes enfants pour qu’ils tuent, pillent et violent », persiste et signe M. Moreno-Ocampo qui précise qur près de 30% de ses troupes étaient des « kadogo », « les petits » en swahili. « Recrutés pour leur docilité, désocialisés, les gamins étaient utilisés pour les missions les plus dangereuses, les plus sales, les plus brutales. Aux petites filles incombaient les tâches ménagères et le rôle d’esclaves sexuelles », écrit, pour sa part, Kongo Times.

Selon HRW (Human right watch), des enfants sont actuellement engagés dans des conflits armés dans au moins quinze pays et territoires dans le monde. Parmi eux : la République Centrafricaine, le Tchad, la République Démocratique du Congo, la Somalie, le Soudan et l’Ouganda. « En RDC, au moins cinq des parties prenantes au conflit armé, à l’Est, sont connues pour avoir recours aux enfants soldats. Il s’agit de l’armée congolaise (FARDC), des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), du Congrès National pour la Défense du Peuple, des groupes Mai Mai pro-gouvernementaux, et de l’Armée de Résistance du Seigneur », indique l’organisation non gouvernementale.

Un signal fort à destination des chefs de guerre

Dans ce même dossier de Thomas Lubanga, deux autres chefs de milices, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo, d’ethnies alliées mais rivales de celle de Lubanga, sont actuellement détenus à la Haye. Eux aussi, sont accusés d’avoir utilisé des enfants soldats pour attaquer des civils du village de Bogoro, début 2003. Bosco Ntangada, ex-chef d’état-major du chef rebelle Laurent Nkunda et ancien collaborateur de Thomas Lubanga en tant que chef des opérations militaires de l’UPC, fait également l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la CPI.

Pour le procureur, le procès de Lubanga constitue « une étape importante » dans la lutte contre le recrutement d’enfants soldats. Il va permettre aux victimes de «se reconstruire en tant qu’adultes alors même que leur enfance leur a été volée», a estimé Paolina Massidda, l’une des représentantes des 93 victimes autorisées à participer au procès, une première devant une justice internationale.

L’Ong HRW, quant à elle, estime que «l’affaire Lubanga a déjà eu un impact sur le comportement des chefs de guerres. Ils ont maintenant pleinement conscience de pouvoir faire eux-mêmes l’objet de poursuites. »

Après les 34 témoins à charge, les avocats de Thomas Lubanga Dyilo appelleront les leurs. La décision des juges, dirigés par le Britannique Adrian Fulford, tombera au bout de six à neuf mois de procès.

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