Textes sacrés d’Afrique noire

En Afrique noire, la religion est « l’armature de la vie ». Elle accompagne chaque être humain de la naissance à la mort et donne un sens à toutes ses actions publiques ou privées. Pour découvrir les textes religieux africains de tradition orale, un très beau livre vient d’être réédité : Textes sacrés d’Afrique noire, choisis et présentés par Germaine Dieterlen (éditions Gallimard).

Le grand Amadou Hampâté Bâ l’écrit dans la préface : « Essayer de comprendre l’Afrique et l’Africain sans l’apport des religions traditionnelles serait ouvrir une gigantesque armoire vidée de son contenu le plus précieux ». Il faut écouter le sage et partir à la découverte de ces religions traditionnelles d’Afrique subsaharienne, grâce au très beau livre Textes sacrés d’Afrique noire, choisis et présentés par Germaine Dieterlen. Prières, chants et incantations, textes initiatiques… Ces textes sacrés sont oraux et transmis rigoureusement du père au fils, de l’instructeur à l’initié, du prêtre au postulant. Ils sont déclamés et récités et « ce qu’ils traduisent doit rester caché pour ceux qui ne sont pas instruits et transparaître pour ‘ceux qui savent’. La ‘parole’ agit, mais le secret reste gardé », explique Germaine Dieterlen.

En Afrique noire, la religion s’occupe de l’enfant dès son état fœtal, suit l’homme tout au long de sa vie et l’accompagne jusque dans la tombe. Les textes présentés dans le livre sont récités dans différents cadres. Lors des cérémonies religieuses et collectives, les rites agraires, de pêche ou de chasse, les étapes de la vie de chaque membre de la communauté ou encore pour la pratique de l’artisanat traditionnel, l’intronisation ou le décès des prêtres, des chefs, des rois et pour tous les incidents graves et événements individuels et collectifs (épidémies, voyages, migrations, guerres).

Pas de place pour le hasard

Le livre s’ouvre avec les prières des tisserands et forgerons peul, à l’initiation particulière et très secrète, puis on navigue d’ethnie en ethnie, de pays en pays, de mythe en mythe, avec les prières des Mossi, des Nuer, des Tallensi, des Somba, des Yoruba, des Kotoko… On apprend que la cosmogonie complexe des Dogons témoigne d’une quasi totale imbrication de la vie mystique avec la moindre démarche matérielle. Chose que l’on retrouve dans les prières des Chagga, tribus qui occupent les pentes du Kilimandjaro et les régions montagneuses situées au Sud du mont. Chez eux, un certain nombre de rites extrêmement élaborés accompagnent la construction de chaque demeure familiale.

Idem dans les textes initiatiques des Tswana de Shoshong, au Bechuanaland. La loi du village dit : « Le kgotla, cour villageoise, est construit solidement en forme de croissant, comme la lune lorsqu’elle commence à croître. Ainsi la famille doit croître et les fils d’un homme s’accroître afin que le village devienne un cercle comme la pleine lune. » La loi de la case dit : « La case est ronde, elle représente la force de la vie. C’est un cercle car elle représente la vie sans fin, la continuité de la vie assurée par les enfants. Ainsi doit être aussi l’amour qui unit les membres de la famille ». Germaine Dieterlen indique qu’il n’y a pas de place pour le profane : l’Africain « vit – au sens le plus complet du terme – sa croyance et ceci sous l’œil du créateur, dans un monde organisé où chaque être – vivant ou mort – chaque chose, même la plus humble, a sa place, joue un rôle et où le hasard n’a point de part ».

Hymne au soleil

Certains textes sont de vrais morceaux de poésie, comme l’hymne au soleil des Fân (ethnie que l’on trouve au Congo et au Cameroun) :

« Soleil, toi qui vois toutes choses,

Toi dont la radieuse splendeur

Transperce les nuages obscurs,

Soleil, à toi cet hommage !

(…)

Devant ton regard étincelant,

Et les traits rapides de ton carquois de feu,

Dans les sombres profondeurs,

La nuit craintive s’enfonce éperdue,

Sous tes coups étincelants de lumière.

Tu déchires son manteau,

Manteau noir vêtu de feu,

Parsemé d’étoiles brillantes,

Tu déchires son noir manteau. »

Chez les Ashanti, la cérémonie « Adae » du mercredi est une cérémonie officielle et fastueuse célébrée à la mémoire des âmes des chefs défunts :

« Le ciel est vaste, vaste, vaste,

La terre est vaste, vaste, vaste,

On a mis l’un en haut,

On a mis l’un en bas,

Aux temps anciens, il y a longtemps, longtemps.

Dieu suprême du ciel, sur qui les hommes s’appuient pour ne pas tomber,

Nous vous servons. »

Des textes magiques

Dans le livre, on trouve aussi des retranscriptions du langage du tambour. Et les auteurs expliquent que les messages tambourinés bantou « peuvent être à juste titre considérés comme un genre particulier de la littérature orale bantoue ». Et l’on dévore les textes magiques songhay, « pour rendre invisible sur le champ de bataille », « pour s’enfuir à travers les murs », « pour lutter contre le lion, le crocodile, l’hippopotame renverseur de pirogues », « pour séduire une femme » mais aussi « pour rejoindre sa maîtresse sans être aperçu »…

Les introductions à ces textes sacrés sont une mine de renseignements et de découverte. Et représentent une mise en perspective salutaire pour les néophytes. Malgré leur grande diversité, ces textes ont aussi de nombreux points communs. Parmi eux : le profond respect témoigné aux ancêtres. Comme dans ce chant de consécration d’un chef, chez les Fân. La prière est prononcée par le nouveau chef devant le crâne de son prédécesseur :

« En toi le dernier revient au premier,

Le premier revient au dernier.

Et dans un accord commun,

Ton souffle qui ne meurt pas les réunit tous,

Ton souffle les réunit sans jamais se lasser. »

Ce livre, d’abord publié par l’Unesco, revit aujourd’hui et il serait dommage de le laisser passer… Il permet de mieux comprendre les peuples d’Afrique. Car, comme l’écrit Amadou Hampâté Bâ : « La religion, en Afrique, ne consiste pas seulement à respecter les dogmes établis pour rendre hommage à un Dieu unique ou à des dieux multiformes. Elle est l’armature de la vie. Elle charpente toutes les actions publiques et privées de l’homme ; ceux qui se disent incroyants, s’ils vivaient en Afrique, verraient leur conviction ébranlée ».

Textes sacrés d’Afrique noire, choisis et présentés par Germaine Dieterlen, préface d’Amadou Hampâté Bâ. Editions Gallimard, collection L’aube des peuples.

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