Takriz : l’enfant terrible du net tunisien

Insolent et iconoclaste, Takriz incarne la soif de libéralisation d’une génération en proie aux tabous et à tous les autoritarismes. Entre humour grossier et soif de vivre.

Ils sont orduriers, méchants, leur humour potache et leur conception de l’orthographe gauloise laisse carrément à désirer. Et pourtant, Takriz, e-magazine tunisien véritable défouloir d’une jeunesse au bord de l’asphyxie, méritent un coup de clic. Pourquoi ? Parce qu’il sert de tribune à quelques jeunes anonymes pour crier leur colère contre les maux d’une Tunisie rongée par le clientélisme et mise sous le boisseau du paternalisme autoritaire. Une Tunisie où le régime ne parvient pas à entendre l’appel pour plus de liberté d’une génération éduquée, réclamant un pendant politique au miracle économique.

De quoi parle ce véritable enfant terrible des sites tunisiens ? (En dehors de quelques aphorismes vaseux qui révèlent plus le sexisme des auteurs que leur volonté -évidente- de provoquer). De tout, justement : la corruption et le piston, passages obligés de tout jeune diplômé pour entrer vaillamment dans le monde du travail, des relations avec la police ( » être jeune dans ce bled, c’est soit être flic, soit fuir les flics ou les payer »), le tourisme pédophile (plaie du Maghreb), l’amour libre et les cahiers des charges imposés aux propriétaires de cybercafés. Exemple : E-mail et téléchargements interdits, l’utilisateur doit présenter sa carte d’identité, les PC doivent être obligatoirement reliés à un ordinateur  » vigile  » qui enregistre tout ce qui est consulté sur les postes voisins, seconde par seconde etc …

Chat privé, chat codé

Mieux : Takriz gère un serveur IRC bien à lui ce dont les animateurs ne sont pas peu fiers. Pour  » chatter  » en toute liberté, rien n’est plus simple :  » Si vous avez peur que l’ATI (Agence tunisienne d’Internet, contrôlée par le régime – Ndlr) sache que vous chattez au TAk, vous êtes cons, car je vous informe que notre serveur a été doté des meilleurs protections contre le spoofing/sniffing qu’utilisent les contrôleurs de l’ATi. En plus cher citoyen, dès que tu te connectes à irc.takriz.org saches que notre serveur change automatiquement ton IP en quelque chose comme 193.95.xxx.tak-YYY qui sera impossible à tracer ou à identifier « , expliquent les rédacteurs. Pas peu fiers non plus.

Il va sans dire que les effrontés suscitent toutes sortes de réactions, de l’indignation au soutien sans faille. Trouvé dans le chat du portail tunisien Bab el Web :  » Je suis un lecteur assidu de Takriz, je l’ai même distribué parmi mes amis, c’est une des rares voix libres de ce pays. Je suis fier de vous et je vous encourage. Je ne suis pas jeune, mais j’adore votre audace et votre langage. AVANTI « .

Lire aussi : l’interview de juin 2011 Takriz : « la violence était légitime face à une dictature meurtrière et barbare »