Takriz : « la violence était légitime face à une dictature meurtrière et barbare »

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Takriz, littéralement casse couilles, est un groupe d’anonymes révoltés et un brin excités par les infos qu’ils relayent via le net sur la situation politique en Tunisie. Ils se présentent comme un baromètre de la censure et des dérives du pouvoir et ne manquent pas de faire jazzer. On aurait cru que la chute de ben Ali les aurait calmés, mais non, les voilà de retour potaches, grossiers, bagarreurs et prêts à en découdre. Selon eux, tout reste encore à faire, la révolution n’a pas été achevée, parce que la suite est décevante et qu’on ne fait pas du neuf avec du vieux. Et les vieux, Takriz n’en veut pas.

Ils ont une audience jeune et contestataire qui cherche dans leurs analyses très populaires des réponses et un certain leadership. Vraies révélations ou mauvais prêche ? C’est la question qui divise. De son coté, le tribunal militaire a tranché en interdisant la page facebook de Takriz en mai 2011. Une première qui n’a pas manqué de faire réagir, les uns s’en félicitent et réclament moins de laxisme, les autres y voient une sérieuse atteinte à la liberté d’expression qui voudrait que chacun puisse livrer son pronostic sans crainte. Il n’en reste pas moins que les maladresses cumulées du gouvernement transitoire, en plus de son manque de transparence laissent la porte ouverte à toutes les interprétations possibles.

Mais Takriz ne se résume pas à une bande de zozos mal élevés, ils sont aussi polyglottes, citoyens du monde, ont des profils d’ingénieurs et se targuent de solides réseaux dans les ONG. Voilà qui brouille davantage les pistes. Alors, Fins manipulateurs ultra violents ou vrais militants très impliqués mais pas franchement pro de la com ? Afrik, qui avait déjà repéré Takriz en 2000 et qui avait été dans la foulée censuré en Tunisie, est retourné à leur rencontre et a recueilli les propos de Fœtus, l’un des fondateurs, qui refuse de naitre tant que les vieux n’ont pas lâché le pouvoir au profit des jeunes moins corrompus par l’ère ben Ali…

Afrik.com : Takriz c’est quoi ?

Fœtus :
C’est un mouvement qui a commencé en 1998 formé par de jeunes tunisiens résistants à partir de la Tunisie, pour libérer le net et l’expression du joug de la dictature. On a vite été rattrapés par le système compresseur de ben Ali. Notre site a été censuré et nos membres persécutés. Nous avons médiatisé cette censure là, la traque et tout le reste. Ça s’est escaladé et les premiers membres fondateurs ont dû s’exiler sans vraiment arrêter l’activité en redevenant secrets. On est réapparu au grand public en 2009.

Afrik.com : Qui est à l’origine de ce groupe ?

Foetus :
Ce groupe à été formé de Tunis par Waterman et moi, puis les sympathisants nous ont rejoint. Ce qui nous a fédérés c’est l’état du Takriz total, raz les couilles, l’état de raz le bol généralisé

Afrik.com : A quel moment vous êtes vous exilés ?

Foetus :
On s’est exilé quelque temps après la censure qui s’est accompagnée d’une chasse à l’homme.

Afrik.com : Et en exil, ça s’est arrêté? il y a eu une période creuse de 8 ans.

Foetus :
Non, ça ne s’est pas vraiment arrêté, c’est juste qu’à un certain moment on ne publiait plus en public. C’était plus en intra par réseau sécurisé.

Afrik.com : Quelle était votre activité alors ?

Foetus :
On travaillait à décortiquer la situation du régime en Tunisie, à en connaitre les points faibles, surtout le travail sur le terrain ; la consolidation de notre réseau sur place, par l’info, la formation des groupes de supporters pour qu’ils puissent détourner la censure.

Afrik.com : Takriz suscite beaucoup d’interrogations notamment à cause de son discours très grossier, on vous dit extrémistes, violents ultra,nazis, dangereux, ou vous placez vous et comment vous classez vous, quel est en fait l’essence de votre message ?

Foetus :
Pour comprendre ces accusations, il faut savoir qui les profère. Ce sont ceux que nous dérangeons qui s’épuisent à nous accuser de tous les torts parce que nous révélons leurs vérités. Et vous le savez, ce n’est pas une réaction nouvelle. Le régime de ben Ali avait aussi choisi de nous incriminer lorsque nous dénoncions ses dérives. Cherchez le mobile, vous comprendrez ! Avant c’était le régime ben Ali, aujourd’hui ce sont les forces contre révolutionnaires.

Ben Ali a parlé dans son dernier discours d’internet et de bandes cagoulées, Ghannouchi par la suite aussi, Errajhi a passé nos logos à la tv à travers son porte parole nous désignant comme des extrémistes mettant le désordre, et enfin Essebsi à lié les groupes sociaux au faits de violence et d’insécurité alors que l’état sécuritaire du pays est de sa responsabilité, c’est un aveu d’échec. Quand ils échouent dans leur mission première qui est le retour de l’ordre, ils accusent des petits jeunes sur le net.

Afrik.com : Et vous dans tous ces faits, comment vous positionnez vous ? par rapport à l’action par la violence par exemple ?

Foetus :
Nous ne sommes pas violents par principe, en cela je vous renvoie à notre charte qui date du début du mouvement. Nos propos grossiers sont à l’image du langage tunisien courant surtout quand ça ne va pas, et si notre discours se radicalise c’est en réaction aux violences faites à nos jeunes. Nous sommes dans la résistance et nous réagissons à ce que nous subissons. Nous préconisons des actions directes qui peuvent aller du sit-in pacifique jusqu’à la légitime défense. Si lors de la manif, la police nous attaque, on va riposter, on ne se laissera pas faire, on ne s’enfuira pas. Il s’agit d’une riposte face à la violence de l’état. C’est ce qui s’est fait lors de la révolution contre les agents qui défendaient leur chef ben Ali. Et là tous les politiciens nous saluent en commençant tous leurs discours en rendant hommage à nos jeunes qui se sont interposés et ceux qui n’ont pas eu peur de se battre avec la police.

Je vous rappelle que si les jeunes ne s’étaient pas interposé devant les cartouches, s’ils n’avaient pas brulé les postes et défié le système, les vieux gouvernants d’aujourd’hui ne seraient pas là à nous faire leur leçon de morale.

Le gouvernement aujourd’hui ne cesse de rappeler qu’il s’agissait de révolution pacifique. Donc par définition et de l’aveu même de nos politiques nos actions ne s’inscrivent pas dans la violence qui voudrait qu’on tue des gens comme les snipers que tout le monde protège, qu’on torture, qu’on viole…. c’est ce que nos jeunes ont subi, et c’est bien cela la violence !! N’inversons pas les rôles !!

Afrik.com : Après la chute de ben Ali, que combattez-vous ?

Fœtus :
Nous combattons toujours les mêmes choses, on se bat pour un état de droit. Les vieux sont toujours là, non seulement ils ne servent à rien, mais pour beaucoup, couvrent encore les pratiques et responsables de l’ancien régime, à quoi aurait servi la révolution alors ? À quoi bon tous ces morts ? La gouvernance doit passer aux jeunes, c’est eux qui ont dégagé ben Ali, c’est eux qui ont un souffle nouveau, c’est eux qui sont le moins susceptibles d’être corrompus par le système ben Ali. Leurs ainés, eux, ont collaboré, et au mieux ils ont accepté.

Les médias sont corrompus, il n’y a pas de transparence, il n’y pas de justice vu qu’aucun sniper n’a été arrêté, aucun collabo n’a été inculpé à la mesure de ses crimes, aucun tortionnaire n’a été inquiété, l’argent volé n’a pas été retourné à l’état… Nous œuvrons encore pour briser ce système, installer un gouvernement jeune et indépendant.

Takriz n’a rien célébré le 14, on a été les seuls et les premiers à avoir critiqué Qallel, Ghannouchi et Mebazza, on a célébré juste un peu la chute de Ghannouchi par ce qu’on avait travaillé sur ça avec succès, rejoints par des gens de la kasbah.

Si vous voulez qu’on parle de manipulation, il y en a eu beaucoup sur internet et dans les médias pour diaboliser les uns et déifier les autres. Après le 14 janvier, beaucoup de jeunes ont fait la fête avant de se rendre compte que la tête de l’état a changé mais que le système est le même, la fuite de ben Ali a été accélérée par le général Ammar, sauveur de la Tunisie qui travaille aussi pour ses ambitions personnelles.

Afrik.com : Ce n’est pas un peu naïf que de prendre la jeunesse pour seul critère ? Quel est votre idéal ?

Foetus :
Installer un nouveau système plus équitable, vraiment transparent, un état de droit, une justice irréprochable, installer la jeunesse au pouvoir et faire barrage à tous les impliqués dans les exactions de l’ancienne ère, en s’assurant que les jugements aient lieu.

Afrik.com : Connaissez vous les circonstances exactes de l’interdiction de votre site par un tribunal militaire ? Une plainte, une enquête qui a abouti ?

Foetus :
Cela s’inscrit dans la continuité pour nous, quelques soient les raisons et les circonstances. Notre site est censuré depuis aout 2000, il a été accessible à nouveau le 13 janvier, et là en mai, rebelote, censure. Nous avons dénoncé tous les gouvernements transitoires preuves à l’appui, la police, le général Ammar, des partis politiques corrompus. La vérité gêne encore beaucoup en Tunisie, donc on la censure. C’est aussi simple que ça, ils savent que nous disons et détenons des vérités que nous n’hésitons pas à les dévoiler.

Afrik.com : Et ces vérités justement d’où les détenez vous ? Quelles sont vos sources ? Et comment être sur que ce ne sont pas des faux ? Internet pullule de sites plus ou moins bien intentionnés…

Fœtus :
D’abord ce sont des infos qui se sont avérées à chaque fois, c’est ce qui a fait la crédibilité de notre site. Nous vérifions avant de mettre en ligne. On s’est rarement trompé et on a rectifié le tir à chaque fois. D’où on détient ces infos ? Et ben de ce qu’on nous transmet en temps réel, d’analyses fiables et de recherches sur le terrain.

On les détient aussi par une analyse claire de ce qu’on voit au jour le jour, notamment ce qui s’est passé le 14/15 et 16 janvier, et là, même un enfant peut tirer les mêmes conclusions que nous. Il n’y a qu’à voir les réalisations révolutionnaires de nos gouvernements successifs ! On a fait un travail d’intelligence et de collecte d’infos sur le terrain, par les indics qu’on a au sein de la police, armée et instances officielles.

On a des informations primaires qui nous arrivent brutes, nous les analysons. Vu qu’on suit la dictature depuis longtemps, on connait les principaux acteurs politiques d’aujourd’hui, leur pensée et leurs méthodes. Grâce à cela, nous avons une image complète que nous pouvons transmettre en toute honnêteté.

Afrik.com : On vous reproche l’existence de vidéos montrant la fabrication de cocktails Molotov sur votre site. Qu’en est-il vraiment ?

Fœtus :
La vidéo dont vous parlez est en effet parue sur le mur d’une page facebook apparentée et non sur le site, c’était durant la révolution au moment ou beaucoup de jeunes résistants pacifiques et désarmés tombaient. Il n’y a aucune comparaison possible avec la violence de l’état. Les snipers autrement plus violents et meurtriers, eux, n’ont pas été jugés. Il est donc de l’intérêt de tous les jeunes tunisiens de savoir comment se protéger de toute agression des agents de l’état tous corps confondus, c’est bien aussi pour le peuple nu qui n’est pas armé de savoir comment contrattaquer et se défendre. Nous dès qu’il y a eu des morts on a réagi.

Afrik.com : Mais vous comprenez que cela puisse choquer ?

Fœtus :
Je vous rappelle qu’il y a plein de sites ou vous prouvez trouver la formule du cocktail Molotov, si le gouvernement s’amuse à les censurer, il supprimerait des milliers de pages et de profils. Le discours que vous dites de haine, est de la rage qui nous anime pour descendre dans les rues défier les balles réelles. Ceux qui ne comprennent pas cette rage ou la qualifient autrement sont ceux qui se complaisaient dans le régime ben Ali, eux ne la ressentaient pas. Personne ne peut se targuer d’avoir nourri les haines, elles étaient déjà là.

Même lorsque nous agissions contre les sbires de ben Ali, nous menions des actions ciblées, contre des locaux de police vides, on n’attaque jamais, on contrattaque, ce sont des gens qui nous ont attaqués on les a contrattaqués puisqu’ils étaient impunis, forts, et poussés par le régime. C’est l’arme la plus pacifique contre les forces qui ne respectent aucun protocole. C’était plus un message pour dire attention et cela a calmé la police.

Les postes de police qui ont cramé ont fait fuir les agents et leur ont rappelé qu’ils ne pouvaient dominer la rue. Ils ne respectaient ni la loi, ni l’entendement ni les droits de l’homme, comment peuvent-ils appeler au respect de quoi que ce soit ? Ils ont tué, violé, violenté et torturé. Notre résistance les a fait réagir, et ils ont compris qu’ils ne pouvaient pas menacer la sécurité du pays impunément.

Afrik.com : Quel était le discours de Takriz, avant, pendant et après le 14 janvier ?

Fœtus :
Bien avant la révolution, nous avions un réseau assez fermé, mais pendant la révolution nous avons un peu adapté notre discours à la masse pour informer et échanger avec le plus grand nombre, c’est à dire que nous avions limité les grossièretés et parlé sans restriction d’appartenance au groupe. Notre auditoire a pris de l’ampleur auprès de tunisiens au début incrédules, ils n’avaient pas de culture résistante et en ont encore très peu, c’est par nous entre autres que sont passées les vidéos et messages censurés et les vérités du régime qui voulait faire croire à des bandes encagoulées.

Grâce aux vidéos relayées, les tunisiens ont vu les exactions d’un régime qui se disait en faveur de la démocratie, et on a eu plus de 2 millions de visites au summum de la révolution.

Et après vu que beaucoup de gens ont commencé à applaudir Mohammed Ghannouchi l’homme de ben Ali et saluer l’immobilisme du gouvernement face aux exactions, on a repris notre discours et on est rentré à nouveau dans la résistance.

Notre façon de nous exprimer c’est un peu le baromètre de notre raz le bol, et vu qu’il n’y a plus rien qui tienne, ces codes sociaux à la con, ne nous retiennent plus, nos ainés tuaient et quand ils ne tuaient pas ils protégeaient les tueurs. Il y a beaucoup d’autres trucs plus importants que celui ci a insulté celui là, et alors ? Il s’agit de notre liberté d’expression !

Afrik.com : Comment cela se passe pour vos sympathisants, comment s’organisent-ils aujourd’hui ?

Fœtus :
Ils ont été persécutés jusqu’à la période d’après ben Ali, ce n’est pas nouveau, on a été arrêtés, traqués et kidnappés lors des émeutes du 25 février, on nous a collé des procès alors même que le gouvernement parlait d’infiltrés, et ce sont les manifestants qu’on prend pour cible, une jeune fille a même été kidnappée chez elle et sa mère est restée sans nouvelles durant des jours, elle a été interrogée sur Takriz et les autres manifestants. Ceux contre lesquels ils n’avaient rien, ils leur ont collé des fausses preuves ou des procès de consommation de drogue !!! Vous imaginez, le ridicule de ces procès alors que les tueurs et les violeurs et les tortionnaires courent toujours, regardez les priorités de notre justice. Au lieu que ce soit les criminels de l’ère ben Ali, ce sont les jeunes qui ont fait la résistance qu’on met en prison. Et là je parle en général, c’est valable pour tous les jeunes qui ont fait de la résistance Takriz ou pas, des infos nous parviennent au fil des jours de la tombée de tel ou tel manifestant pacifiste aux mains de la police. On vide les prisons des criminels soit disant enfuis et on y met les révolutionnaires. Pourquoi pensez-vous qu’il y avait des snipers après la chute de ben Ali ? C’est une volonté acharnée de maintenir l’ordre par la peur pour continuer à faire la même chose qu’avant. Le système continue, les passe droit aussi, en changeant les têtes, ils ont eu le peuple à l’usure. Le peuple pensait avoir fait la révolution, était fatigué des meurtres et traumatisé par les peurs entretenues, ils l’ont endormi comme ça…

Afrik.com : N’avez vous pas l’impression d’être contre tout et n’importe quoi ?

Fœtus :
Contre tout et n’importe quoi non. Nous sommes contre les contre-révolutionnaires, contre la connerie, contre le pseudo-élitisme tunisien. On ne se contente pas de peu, on ne veut pas de pseudo démocratie, de pseudo justice, on ne vise pas de révolution politique, on veut que l’ancien système soit brisé et changé par un nouveau système tenu par les jeunes, parce que les jeunes ont une mentalité plus libre, plus vraie, moins polluée par les vestiges du système que les vieux connards tunisiens toutes tendances confondues, qui durant 23 ans n’ont rien pu faire. Ils nous rendent des comptes, ou bien ils dégagent, et c’est ce qui va se passer parce que malgré leur âge, ils n’apprennent pas de leurs erreurs, ils ont été incapables de juger l’ancien président, incapables de juger les tortionnaires, incapables d’assurer un minimum de transparence, incapables d’expliquer ce qui s’est passé le 14 janvier, comment voulez vous qu’on leur fasse confiance?

Moi je ne leur donne pas plus que deux ans, ils vont s’éjecter tous, tous autant qu’ils sont, de l’administration des lieux de décision, ils te tiendront pas avec ces méthodes léguées de ben Ali, j’espère que les nouvelles têtes seront plus libres…

Afrik.com: Qu’est ce qui anime vraiment Takriz? Qui manœuvre ce groupe ?

Fœtus :
Que Takriz fasse peur, et suscite l’intérêt, c’est très compréhensible quand il s’agit des forces obscures que nous combattons. Ils savent que nous mettons leurs vérités à nu et ils nous combattent par la calomnie et les histoires de série B, le régime de ben Ali aussi nous avait accusé de plein de choses, et puis finalement, qui était la vrai monstre?

Ce qui nous fédère c’est le raz le bol que nous ressentons, Takriz a toujours été indépendant, il a fonctionné avec 50 dollars par mois et la motivation inépuisable de tous ses membres. Personne ne manœuvre Takriz et personne ne nous manipule. Nous marchons à la conviction.

Afrik.com: Comprenez vous que votre anonymat pose problème ?

Fœtus :
On a choisi l’anonymat pour être libres, mais aussi parce que nous ne cherchons pas la reconnaissance et les postes. Nous aurions très bien pu nous attribuer bien des mérites dans la révolution, comme la multitude de héros qui apparaissent tous les jours, mais nous notre ambition est bien plus immense que les ambitions personnelles.

Afrik.com : Est ce que cet anonymat a encore un sens après la chute de ben Ali?
Fœtus :
Il a encore tout son sens, d’abord rien n’a changé et puis nos ambitions ne sont pas de sortir à la tv et se montrer.

Afrik.com: Celapourrait être perçu comme un manque de courage…

Fœtus :
On dit à ceux qui le perçoivent comme ça, faites mieux que nous!!

Afrik.com : A combien estimez vous vos sympathisants en Tunisie aujourd’hui?
Fœtus :
Je ne saurais pas vous dire exactement, les chiffres ne nous intéressent pas! C’est un réseau émaillé sur toute le territoire de milliers de jeunes vifs et éveillés, avec des nouveaux chaque jour, et des retraits aussi du fait que certaines personnes ne se sentent pas le courage ou ne sentent pas assez libres.

Afrik.com : La décision du tribunal militaire a –t-elle influé sur la masse de vos visiteurs, avez vous ressenti des hésitations ?

Fœtus
: Nous, on salue la démarche de ce tribunal militaire qui a montré les limites de ce système qu’on nous dit démocratique, mais aussi pour le buzz que ça fait et l’importance qu’on nous donne. En même temps cela nous évite d’avoir toutes les mouches à merde, je ne pense pas que ça influe beaucoup sur les gens libres dans leurs têtes.

Afrik.com : Takriz durant la révolution?

Fœtus :
Le 17 décembre quand Bouazizi s’est immolé, l’info n’est pas passée tout de suite et elle a failli ne jamais passer à cause des méthodes du régime, donc des résistants Takriz, des jeunes de l’UGET sont allés à sidi Bouzid avec des locaux, et nous étions les seuls à avoir fait la relation entre son geste désespéré et l’état délabré du pays, les seuls à avoir désigné ben Ali comme coupable.

L’info est passée tout de même sur quelques autres pages facebook, mais l’essentiel des commentaires allait encore dans le sens du discours officiel, c’est haram, il n’aurait pas, c’est un problème perso, etc. …

Par la suite, les blogueurs ont relayé l’info et ben Ali ne pouvait plus se cacher derrière son petit doigt, mais le problème avec les blogueurs c’est qu’ils n’ont pas de conscience collective, chacun bosse dans son coin et il y en a qui changent vite d’avis. On a travaillé avec les gens qui attendaient que ça pète sur le terrain, et nous avons retourné les slogans contre le régime.

Afrik.com : Les slogans qu’on a entendu durant la révolution ?

Fœtus :
Au départ c’étaient des slogans sur le travail, puis, avec d’autres, nous avons piraté les manifs de l’UGTT et on les a retournés contre ben Ali et Leila, et les manifestant ont suivi parce que le ressenti était généralisé, on a collaboré avec beaucoup de jeunes de notre collectifs qui eux mêmes étaient contestataires et le mot a circulé c’est tout, nous ne prétendons être à l’origine de rien. Takriz est l’un des facteurs, nous ne sommes pas partout non plus!! Disons qu’ils ont un peu poussé alors que l’UGTT avait peur, lui qui durant 23 ans n’a même pas fait une grève!!

La violence est toute relative, donc on a poussé sur des sujets plus politiques, ben Ali ne serait pas sauvé, si la police n’avait pas commencé à rendre les armes, si les maisons de ses copains mafieux n’avaient pas brulé, si les jeunes n’avaient pas été aussi agités et déterminés, c’est totalement légitime face à une dictature meurtrière et barbare.

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