Soudan : l’armée sur le point de lâcher Omar el-Béchir ?

Pour la troisième nuit consécutive, des milliers de manifestants ont tenu un sit-in à Khartoum, la capitale du Soudan, pour demander le départ du Président Omar el-Béchir. Alors que des tirs ont été entendus devant le quartier général de l’armée et l’enceinte présidentielle après que les forces de sécurité nationales eurent tenté de disperser les manifestants, certains militaires se sont mobilisés pour protéger les manifestants.

La grande manifestation au cœur de Khartoum, la capitale soudanaise, ne faiblit pas malgré la répression. Des témoins ont rapporté avoir vu des personnes se mettre à l’abri après le début des tirs de gaz lacrymogènes et des balles réelles par des agents du Service national de sécurité et de renseignement (NISS). Un manifestant a confirmé à la BBC que les soldats avaient fourni un refuge aux manifestants dans leur enceinte.

Au moins deux soldats seraient morts depuis le début des manifestations devant le QG de l’armée, samedi, alors qu’ils tentaient de protéger les manifestants, a annoncé le Comité central des médecins soudanais (CCSD). Les signes d’une scission entre l’armée soudanaise et ses services de sécurité pourraient marquer un tournant décisif pour les manifestants, qui réclament depuis le mois de décembre la destitution du président Omar el-Béchir.

Le grand mouvement de contestation qui existe depuis plusieurs mois au Soudan s’est renforcé ce week-end à l’appel de la Sudanese Professionals Association (SPA), une organisation composée de médecins, d’avocats et de journalistes.

Le gouvernement soudanais a fait état de 32 morts depuis le début des manifestations, dont trois membres des forces de sécurité, mais des médecins et des militants de l’opposition estiment que le bilan est beaucoup plus lourd rapporte CNN. Au moins huit autres personnes ont été tuées lors de manifestations de ce week-end, selon le CCDS.

Plus de 3 000 personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations, en décembre. Les détenus affirment faire face à des actes de torture physique et psychologique. Une équipe secrète de CNN qui s’est rendue à Khartoum, le mois dernier, a été témoin de la répression brutale des manifestations qui ont commencé avec l’augmentation du coût de la vie, mais font partie des plus grandes manifestations populaires que le Soudan ait connues depuis l’arrivée au pouvoir de Omar Hassan el-Béchir, il y a 30 ans.

Des appels internationaux ont exhorté le gouvernement à s’abstenir de recourir à la force contre des civils. Le président Béchir a appelé à des pourparlers pour mettre fin à la crise.

Omar el-Béchir fait l’objet d’un mandat d’arrêt rendu par la Cour pénale internationale (CPI) pour des accusations de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Lire : Omar el-Béchir dans le collimateur de la CPI

Les Etats-Unis ont imposé des sanctions au pays, il y a plus de 20 ans, accusant Khartoum de parrainer des groupes terroristes.