Omar El-Béchir dans le collimateur de la CPI

Le procureur de la Cour pénale internationale a annoncé lundi qu’il voulait inculper le président soudanais Omar El-Béchir pour « génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre » au Darfour. Khartoum a rejeté les accusations et organise la riposte.

C’est historique. Le procureur de la cour pénale internationale (CPI) a demandé lundi un mandat d’arrêt international contre le président soudanais Omar El-Béchir. Il pourrait devenir le premier chef d’Etat en exercice à faire l’objet d’une telle procédure. Le maître de Khartoum est accusé de « génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre » au Darfour. Le conflit aurait fait 300 000 morts et 2 500 000 déplacés depuis 2003.

Le « rejet » de Khartoum

« El-Béchir a organisé et appliqué un projet afin d’éliminer radicalement les groupes de Fur, de Masalit et de Zaghawa, en raison de leur ethnie », a expliqué le procureur Luis Moreno-Ocampo pour justifier sa requête. Il a précisé que « dans les camps, les forces de M. El-Béchir tuent les hommes et violent les femmes ». « Il a utilisé l’armée et enrôlé des milices. Ce qui se passe au Darfour est la conséquence de la volonté d’El-Béchir. Le crime de génocide est un crime d’intention, nous allons le prouver, car cela met en danger la vie des gens habitant dans les camps ».

Un panel de juges de la Cour doit étudier la demande de Luis Moreno-Ocampo en s’appuyant sur les preuves présentées. D’ici « deux ou trois mois », les magistrats décideront d’inculper ou non le maître de Khartoum. Rien n’est donc encore joué, mais une chose est sûre : le Soudan, qui ne reconnaît pas la CPI, ne compte pas se plier à une éventuelle inculpation de la justice internationale.

Le vice-président soudanais a qualifié lundi de « nulles et fausses » les allégations du procureur. Et, alors que le pouvoir a brandi la menace d’une « réaction ». Le vice-président Ali Othman Mohammed Taha a ajouté : « nous lançons un avertissement et demandons la suspension de cette demande de mandat car elle ne fera que compliquer la situation sans pour autant la résoudre ».

Khartoum riposte

Dans les rues de Khartoum, lundi, des milliers de Soudanais, pour la plupart rassemblés par le pouvoir, ont manifesté leur soutien au régime. Le Soudan, soutenu par le Parlement arabe, a également convoqué des ambassadeurs siégeant dans la capitale et demandé à la Ligue arabe de tenir une réunion d’urgence. Ainsi, le 19 juillet prochain, les ministres des Affaires étrangères concernés s’entretiendront pour définir une position commune sur la question soudanaise.

Au Conseil de sécurité des Nations Unies, Omar El-Béchir devrait pouvoir compter sur l’appui de la Russie et de la Chine, qui entretiennent des relations commerciales privilégiées avec le Soudan. « Les actes de la CPI doivent être bénéfiques à la stabilité du Darfour et à une résolution appropriée du problème, et non l’inverse », a indiqué Liu Janchao, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

L’inquiétude de l’Union Africaine

L’Union Africaine (UA), quant à elle, s’inquiète des répercussions d’une possible inculpation. « Si Béchir est inculpé et arrêté, il va y avoir un vide du pouvoir au Soudan et cela ouvrirait la voie à des coups d’Etat militaires et à une anarchie généralisée, rappelant ce qui se passe en Irak », a expliqué le ministre tanzanien des Affaires Etrangères Bernard Membe au nom du président Jakaya Kikwete, président de la Tanzanie et de l’UA. Certains craignent plus précisément une répression contre les civils et la force mixte de l’Onu et de l’UA. Les Nations unies ont commencé à évacuer leur personnel non essentiel.