
Le Soudan du Sud est à un « tournant critique », alertent des experts mandatés par l’Organisation des Nations unies. La montée des affrontements entre les forces du président Salva Kiir et les partisans de Riek Machar fait craindre une reprise de la guerre civile. Les observateurs dénoncent des violences contre les civils, des déplacements massifs et une crise humanitaire qui s’aggrave. Des centaines de milliers de personnes ont déjà fui les combats. Les experts appellent à une action urgente pour éviter une guerre totale.
Le plus jeune État de la planète vacille à nouveau. Dans un cri d’alarme sans précédent, un groupe de seize experts indépendants mandatés par les Nations unies a prévenu que le Soudan du Sud se trouve actuellement à un « tournant critique ». Alors que l’espoir d’une stabilité durable s’était esquissé avec les accords de 2018, la recrudescence des affrontements entre les forces loyalistes du président Salva Kiir et les milices d’opposition liées à Riek Machar menace de replonger le pays dans les abysses d’une guerre civile totale. L’urgence n’est plus seulement politique, elle est vitale pour des millions de civils pris au piège des hostilités.
Un accord de paix en lambeaux
Le fragile équilibre qui maintenait le pays depuis le partage du pouvoir en 2018 semble définitivement rompu. Depuis le début de l’année 2025, la tension est montée d’un cran avec la suspension et l’assignation à résidence du vice-président Riek Machar. Cette rupture au sommet de l’État a immédiatement ravivé les lignes de fracture sur le terrain.
Les combats, qui se multiplient dans plusieurs régions, témoignent d’une décomposition de l’accord de paix et font craindre un retour aux heures les plus sombres du conflit qui a suivi l’indépendance de 2011. Pour les experts, le pays ne pourra faire l’économie d’un dialogue constructif s’il veut éviter une escalade irréversible.
Des violences systématiques et des crimes de guerre présumés
Le tableau brossé par les observateurs de l’ONU est effroyable. Au-delà des lignes de front, c’est une violence généralisée qui s’abat sur les populations les plus vulnérables. Les experts dénoncent des attaques aveugles ciblant non seulement les civils mais aussi les travailleurs humanitaires, dont la mission devient quasi impossible.
Les rapports font état de destructions méthodiques : sources d’eau sabotées, hôpitaux pillés, écoles et lieux de culte incendiés. Ces actes, s’ils sont confirmés, pourraient être qualifiés de crimes de guerre selon le droit international. La situation des femmes et des filles, victimes de violences sexuelles massives utilisées comme armes de guerre, est jugée particulièrement alarmante.
L’exode massif et l’asphyxie humanitaire
La conséquence directe de cette insécurité est un déplacement de population d’une ampleur dramatique. Dans le seul État de Jonglei, on dénombre déjà plus de 267 000 déplacés pour l’année 2026, principalement des femmes et des enfants. Ces familles, chassées de chez elles, s’entassent dans des zones déjà saturées où l’accès à la nourriture et aux soins de base est quasi inexistant.
Les experts s’inquiètent également des ordres d’évacuation dans les secteurs densément peuplés, qui ne font qu’exposer les réfugiés à de nouveaux dangers. Sans une intervention massive et immédiate de la communauté internationale, des millions de personnes se retrouveront privées de l’aide indispensable à leur survie.
Briser le cycle de l’impunité pour sauver la nation
Pour les seize experts, la sortie de crise ne pourra se faire sans une remise en cause profonde de la gestion du pays, gangrené par la corruption et l’extrême pauvreté. Ils appellent à une cessation immédiate des hostilités et insistent sur la nécessité de mettre fin à l’impunité qui alimente le cycle des violences depuis trop longtemps.
Le Soudan du Sud joue actuellement son avenir sur une ligne de crête : soit les belligérants acceptent de revenir à la table des négociations, soit le pays sombre dans une catastrophe humanitaire dont il pourrait ne pas se relever. L’appel à l’action internationale est désormais le dernier rempart contre le chaos total.




