L’UDPS, futur parti-État en RDC ?


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La forêt et l'eau en RDC (Province de l'Equateur)
La forêt et l'eau en RDC (Province de l'Equateur)

À Kinshasa, l’appétit politique de l’UDPS semble sans limites. Après avoir consolidé son pouvoir au sommet de l’État, le parti présidentiel paraît décidé à étendre son contrôle sur les provinces congolaises les plus stratégiques jusqu’ici laissées à ses alliés de l’Union sacrée. Gouverneurs fragilisés, assemblées provinciales instrumentalisées, campagnes de déstabilisation savamment orchestrées : partout dans le pays, la machine politique tshisekediste avance.

Il y a quelques jours, le quotidien belge La Libre Belgique s’interrogeait en une : Félix Tshisekedi est-il en train de marcher dans les pas de Mobutu ? La question visait les intentions prêtées au chef de l’État congolais de changer la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Mais elle pourrait également s’appliquer à son parti. Longtemps formation d’opposition persécutée, l’UDPS semble aujourd’hui fascinée par ce qu’elle dénonçait hier : l’hégémonie du MPR, le parti-État du maréchal Mobutu.

Le parti présidentiel à l’assaut des provinces

Le parti présidentiel contrôle déjà une bonne dizaine de provinces, sans compter les postes de vice-gouverneurs et de présidents d’assemblée provinciale, y compris là où le parti présidentiel n’a pas la majorité. Cela ne lui suffit manifestement plus.

Les provinces de RDC
Les provinces de RDC

Au Haut-Katanga, Jacques Kyabula Katwe, membre de l’ARDEV, une composante de l’Union sacrée, a été poussé vers la sortie au profit du vice-gouverneur Martin Kazembe Shula, cadre de l’UDPS, devenu gouverneur intérimaire. Officiellement, il ne s’agit que d’une « transition administrative ». Mais à Lubumbashi, peu de responsables politiques sont dupes.

Au Maniema, les manœuvres se font au grand jour. Une motion contre l’actuel gouverneur, Moïse Mussa Kabwankubi, a été déposée, sur laquelle plane l’ombre d’Idrissa Mangala, l’ancien gouverneur devenu sénateur, figure historique de l’UDPS dans cette province de l’est. Celui-ci rêve de retrouver son poste. Il ne s’en cache d’ailleurs pas, comme le montrent ces récentes déclarations dans Top Congo. Et si ce plan ne pouvait aboutir, Mangala pourrait placer un de ses proches dans le fauteuil de gouverneur. Dans cette lutte d’influence, il se heurte à Pascal Omana Bitika, le questeur adjoint du Sénat.

Christian Kitungwa sur la sellette

Au Tanganyika, Christian Kitungwa Muteba, issu des rangs de l’ACO, fait face depuis plusieurs mois à une offensive politique menée, en surface tout au moins, par le président de l’Assemblée provinciale, Cyril Kimpu Awel. Mobilisations hostiles, accusations relayées localement, tensions institutionnelles… rien n’est épargné à l’actuel gouverneur dont les déboires coïncident avec la relative disgrâce de son mentor, Dany Banza, qui a maille à partir avec certains proches du président Tshisekedi.

Banza, qui a quitté la RDC depuis plusieurs mois, a vu l’une de ses résidences à Lubumbashi criblée de balles la veille de son retour programmé au pays. L’intéressé a promis une récompense de 100.000 dollars à toute personne susceptible de communiquer des informations permettant de remonter aux auteurs et commanditaires de ce qui ressemble furieusement à un « avertissement ».

Dans la Tshopo, le gouverneur Paulin Lendongolia vit sous la menace permanente d’une destitution. En octobre dernier, il a fait l’objet d’une motion de défiance de la part de l’assemblée provinciale. Son maintien ne semble tenir qu’à un fil.

Fifi Masuka pas épargnée

Personne ne semble désormais à l’abri des ambitions de l’UDPS. Pas même Fifi Masuka Saini, gouverneure du Lualaba et figure centrale du système Tshisekedi. Celle que le microcosme politique congolais surnomme « la grande argentière du régime » entretient pourtant des relations privilégiées avec la présidence, notamment grâce à sa proximité avec Thierry Tshisekedi, dit Tshitshi, l’un des frères du chef de l’État.

Mais au Lualaba, province stratégique qui concentre près de 75 % des réserves mondiales de cobalt, les convoitises sont immenses. Selon plusieurs sources politiques locales, le vice-gouverneur Clément Mufundji Tshinat, membre de l’UDPS, se verrait bien monter d’un cran et mettre la main sur le « coffre-fort de la RDC », quitte à perturber les équilibres provinciaux sur le plan politique comme ethnique. Ironie de l’histoire, en 2022, Fifi Masuka avait accédé à son poste suite à des manœuvres ayant poussé l’ex-gouverneur, Richard Muyej, vers la sortie.

Dans la RDC de Félix Tshisekedi, le partage du pouvoir n’est manifestement plus à l’ordre du jour. Après s’être employé sans vergogne à effacer l’opposition de toute représentation au sein des institutions, l’UDPS se retourne désormais contre ses propres alliés à qui elle semble décidée à ne plus concéder la moindre once de pouvoir.

Adrien Seyes
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Adrien Seyes est un journaliste spécialisé dans l'actualité de la République démocratique du Congo (RDC). Il ccollabore régulièrement avec afrik.com sur les événements marquants du pays. Sur la plateforme X (anciennement Twitter), il partage régulièrement des analyses et des informations pertinentes concernant la RDC
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