Soudan du Sud : les 26 employés de MSF toujours introuvables, la crise humanitaire s’aggrave


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Médecins sans frontières
Médecins sans frontières

L’inquiétude grandit au Soudan du Sud trois jours après la disparition de 26 employés de Médecins Sans Frontières (MSF) dans l’État du Jonglei. L’organisation humanitaire a annoncé avoir perdu tout contact avec ces collaborateurs au début du mois de mars 2026, alors que de violents combats opposent les forces gouvernementales aux groupes armés.

Au Soudan du Sud, Médecins Sans Frontières (MSF) déplorent la disparition de 26 de ses employés dans l’État du Jonglei. Selon l’ONG médicale, les travailleurs humanitaires auraient fui les zones de combats et se seraient dispersés dans la brousse pour tenter d’échapper aux bombardements. Mais plusieurs jours après leur disparition, aucune confirmation n’a encore permis d’assurer qu’ils sont en sécurité. Preuve de l’extrême fragilité du système humanitaire dans ce pays d’Afrique de l’Est.

Des employés humanitaires portés disparus au cœur d’une zone de combats

La disparition de ces 26 membres du personnel de MSF intervient au moment où des violences se multiplient dans l’État du Jonglei, une région du centre-est du Soudan du Sud particulièrement instable. Les affrontements opposent l’armée fidèle au Président Salva Kiir à des milices alliées à son rival politique Riek Machar, ancien Vice-président aujourd’hui en détention. Selon les responsables de l’ONG, les combats et les bombardements ont provoqué un mouvement de panique parmi les équipes présentes sur le terrain.

Plusieurs employés ont dû fuir dans différentes directions afin d’échapper aux violences. L’organisation explique qu’il est possible que certains d’entre eux se trouvent dans des zones isolées sans réseau téléphonique. Mais l’absence totale de nouvelles complique les opérations humanitaires. Les ONG internationales sont particulièrement vulnérables dans cette région où les infrastructures de communication sont quasi inexistantes et où les routes deviennent impraticables lors des combats.

Des structures de santé détruites et des milliers de populations déplacés

La situation humanitaire dans le Jonglei s’est fortement détériorée, ces dernières semaines. Des bombardements auraient touché plusieurs localités contrôlées par des groupes armés, provoquant des destructions massives d’infrastructures civiles. Parmi les installations touchées figurent des centres de santé soutenus par MSF, notamment dans les villes de Lankien et Pieri. Des témoins évoquent des hôpitaux et dispensaires incendiés, laissant des dizaines de milliers d’habitants sans accès aux soins.

Selon les estimations des Nations unies, près de 280 000 personnes auraient été déplacées dans cette région depuis le début de la nouvelle vague de combats. Les familles fuient souvent à pied vers des zones plus sûres, emportant très peu de biens et laissant derrière elles maisons et récoltes. Face à l’urgence, les organisations humanitaires tentent de mettre en place des cliniques mobiles pour atteindre les populations déplacées. Mais l’insécurité complique considérablement l’accès à certaines zones.

Le Soudan du Sud menacé par un retour à une guerre civile généralisée

Le Soudan du Sud reste marqué par une instabilité chronique depuis son indépendance en 2011, obtenue après des décennies de conflit avec le Soudan. Mais la rivalité politique entre Salva Kiir et Riek Machar a plongé le pays dans une guerre civile particulièrement meurtrière, entre 2013 et 2018. Ce conflit avait causé environ 400 000 morts et déplacé près de quatre millions de personnes. Malgré un accord de paix signé en 2018, les tensions politiques et militaires n’ont jamais totalement disparu.

Ces derniers mois, plusieurs observateurs internationaux ont averti que la situation pourrait à nouveau dégénérer en guerre civile ouverte. L’arrestation et la détention prolongée de Riek Machar ont accentué les tensions entre les deux camps. Tandis que des affrontements sporadiques continuent d’éclater dans plusieurs régions du pays. Dans plusieurs zones de conflit, les ONG font face à d’énormes risques. En 2023, plusieurs organisations humanitaires ont suspendu leurs activités dans certaines régions du Sahel. Ce, après des attaques visant des convois humanitaires.

Les ONG de plus en plus exposées dans les zones de conflit africaines

Au Burkina Faso et au Mali, des groupes armés ont également pris pour cible des infrastructures médicales. Ce qu a compliqué l’accès aux soins pour les populations civiles. En République Démocratique du Congo, dans la province du Nord-Kivu, des centres de santé ont été attaqués à plusieurs reprises par des milices locales. Des médecins et des infirmiers ont parfois été contraints de fuir, laissant des régions entières sans assistance médicale.

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