Sophie Ekoué met l’eau à la bouche

Le livre de Sophie Ekoué,  » Cuisine et traditions – Recettes d’Afrique  » (Cauris Editions) est une invitation au voyage… culinaire. A travers les cuisines des différents peuples africains, elle nous entraîne dans  » le ventre de l’Afrique « .

Découvrir l’Afrique à travers l’art culinaire des différents peuples qui la composent. C’est ce menu alléchant qu’a concocté la journaliste Sophie Ekoué, dans Cuisine et traditions – Recettes d’Afrique, édité par Cauris Editions. Née à Niamey de parents togolais, la belle Sophie anime depuis 1996 les Cahiers nomades sur RFI. Elle révèle dans ce livre un talent d’écriture mais aussi une vraie passion pour la nourriture. L’ouvrage, préfacé par le sculpteur sénégalais Ousmane Sow et enrichi des illustrations de Julien Autran, est un hymne à la découverte et à la gourmandise. Il devrait rassasier les plus curieux…

Afrik : Pourquoi un livre sur les cuisines africaines ?

Sophie Ekoué : La cuisine a toujours marqué ma vie. Parler de la cuisine pour moi, c’est d’abord parler de mon père qui adorait cela. Au départ, je pensais à un livre où la cuisine serait mêlée à la musique car mon père chantait en réfléchissant à ce qu’il allait préparer, en cuisinant et en nous appelant pour venir manger. La musique et la cuisine sont deux arts de composition. Et puis, en fait, j’ai voulu revenir aux origines de la cuisine. C’est un peu  » dis-moi ce que tu manges et je te dirais qui tu es  » !

Afrik : Comment avez-vous travaillé ?

Sophie Ekoué : J’ai choisi quatorze peuples africains emblématiques qui sont à l’image des cultures qui se sont croisées et entremêlées en Afrique, qui portent en eux l’histoire de toutes les migrations sur le continent. J’ai lu des livres dans toutes les langues, rencontré beaucoup de gens. Comme ce poète djiboutien de parents nomades somalis qui m’a fait découvrir la cuisine par rapport à l’art poétique. Une tradition qui se retrouve aussi chez les Touaregs : la poésie targuie est truffée de métaphores culinaires… Et puis j’ai passé du temps avec des amis qui adorent manger et des femmes qui tiennent des restaurants. A côté de l’aspect historique et de civilisation, ce livre est aussi un voyage au coeur des cuisines africaines. Différentes recettes sont données par des femmes qui, par ce biais, racontent leur vie et leur pays.

Afrik : Vous évoquez aussi les rites et les fêtes liées à la cuisine…

Sophie Ekoué : Oui, comme la célébration du riz à Madagascar, celle du fonio en pays Dogon, de l’igname en Côte d’Ivoire ou au Ghana… Je parle également de tous les symboles liés à la nourriture. Chez les Zoulous d’Afrique du Sud, par exemple, quand on se met à table, c’est selon une disposition bien précise, en cercle, symbole de la matrice. Le repas est toujours servi dans la hutte de la première femme si la famille est polygame, la femme est à la gauche du maître de maison, les convives à droite. On mange avec le bout de trois doigts et on coupe la viande entre le pouce et l’index ; le morceau doit être porté à la bouche par la main gauche. Chez les Ashanti du Ghana, on mange toujours dans des écuelles en argile qui ont un rôle spirituel et fonctionnel : elles permettent de garder des liens sensoriels avec les ancêtres (on mange dans la terre où ils reposent), elles conservent la chaleur et dégagent une odeur de terre après la pluie qui parfume les plats.

Afrik : Et chez les Dogons ?

Sophie Ekoué : La cuisine joue un rôle d’initiation, elle permet aux filles d’assumer pleinement leurs fonctions dans la société. A 10 ans, la petite fille fabrique des galettes de forme circulaire qui symbolise la femme et augure d’une naissance. C’est comme si la fillette préparait son utérus à avoir un enfant plus tard. Vers 14-15 ans, elle commence à faire des beignets de céréales à l’huile de karité qu’on appelle  » le sang blanc de l’homme « , référence directe au sperme. La jeune fille se prépare alors à rencontrer son futur mari….

Afrik : Vous montrez aussi comment la cuisine africaine s’est nourrie d’influences diverses…

Sophie Ekoué : Oui, notamment les correspondances, dans le golfe de Guinée, entre les cuisines africaines et la cuisine brésilienne. Quand j’étais petite, on nous disait que nous mangions des plats brésiliens. Mais en fait ceux-ci étaient partis d’Afrique, pour y revenir… La feijoada (plat national brésilien, ndlr) est un plat métisse. L’abobo, haricots en sauce avec du gari que l’on trouve au Togo, au Bénin et au Nigeria, s’appelle bobo au Brésil ; le fameux accra,  » akara  » en brésilien, est un plat yoruba. Le manioc vient du Brésil et l’huile de palme, très présente dans la cuisine bahianaise, d’Afrique ! Il y a une vraie union sacrée autour de la cuisine entre l’Afrique et le Brésil. La cuisine rituelle est aussi importante au Bénin qu’à Bahia et on retrouve toujours les mêmes éléments, les haricots et l’huile.

Afrik : Vous cuisinez beaucoup ?

Sophie Ekoué : J’aime cuisiner et j’ai toujours été entourée de personnes qui cuisinent ! Je prépare toujours la même chose : les épinards. Trois siècles de présence portugaise au Togo ont laissé un plat dit  » des amoureux  » que les femmes préparent pour séduire ou garder un homme. Ce sont les épinards au sésame…

Afrik : Vous avez essayé les recettes du livre ?

Sophie Ekoué : En faisant mes recherches, j’ai découvert la cuisine éthiopienne. Elle ressemble aux gens qui la font, elle est bien pensée, fine, raffinée. Je me suis également mise à la soupe de fèves égyptienne. J’ai aussi testé le fondé, une recette sénégalaise. Ce sont de petites boules de mil en bouillie avec du lait caillé. Délicieux ! Quand j’écrivais le livre, j’avais mon ordinateur portable sur les genoux et un plat de fondé à portée de main !

Afrik : Vous donnez aussi des adresses ?

Sophie Ekoué : Bien sûr car j’ai rencontré des gens qui développent une vraie réflexion autour de la nourriture et dont la cuisine mérite d’être goûtée. Comme Fatma Hal, la créatrice du restaurant Mansouria à Paris qui réhabilite les recettes marocaines oubliées. Elle va dans les hameaux reculés pour dénicher ce qui a été oublié par les citadins. Dans son restaurant, on peut manger du facouhoye, qui est une recette à la croisée de l’Afrique noire et du Maghreb, à base de feuilles de facouhoye, servie avec de la semoule en Afrique du Nord et du mil à Tombouctou ou au Niger.

Commander le livre : Cuisines et traditions – Recettes d’Afrique, Sophie Ekoué, Cauris Editions.

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