Sommet de Kampala : un air de déjà-vu

Les chefs d’Etat des Grands Lacs réunis jeudi à Kampala, la capitale ougandaise, pour tenter de trouver une issue à la crise, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), ont sommé les rebelles du M23, de revenir à la table des négociations. Une refrain qui a déjà été entendu plusieurs fois. Et pour autant n’a jamais résolu la crise qui prend de l’ampleur dans le nord-Kivu.

Il fallait s’y attendre. Les chefs d’Etat des Grands Lacs réunis jeudi au sommet de Kampala, la capitale ougandaise, ont, une fois de plus, servi la même recette. Une recette qui n’a jamais désamorcé la crise qui sévit depuis maintenant une vingtaine d’année dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Une fois de plus, la rébellion du M23, en confrontation avec l’armée congolaise dans le nord-Kivu, a été sommée de mettre « un terme à toute activité militaire et cesser la guerre et les menaces de renverser le gouvernement légal de la République démocratique du Congo ». Elle a également été conviée à s’asseoir de nouveau à la table des négociations avec le gouvernement congolais. Les dirigeants exigent aussi que les pourparlers de Kampala entre les deux camps soient « conclus dans une période maximum de 14 jours », où « les forces belligérantes sur le terrain sont exhortées à exercer le maximum de retenue pour que les pourparlers soient rapidement conclus ».

Alors que les pourparlers entre les deux partis ont été suspendus depuis mai, les rebelles du M23 se disent de leur côté prêts à négocier. « Notre délégation est déjà sur place à Kampala. Elle est prête à négocier avec Kinshasa immédiatement », a assuré le président du M23, Bertrand Bisimwa, joint depuis Kinshasa par l’AFP. Au sommet, la Mission de l’ONU pour la stabilisation de la RDC (Monusco), de plus en plus impliquée dans le conflit, n’a pas été en reste. Elle a été aussi invitée « à exercer sans relâche une pression sur le M23 et toutes les autres forces négatives ».

« Pétition à Goma contre les accords de Kampala »

L’histoire semble donc se répéter après un énième sommet de Kampala qui n’a jamais éteint l’incendie entre les rebelles du M23 et le pouvoir de Kinshasa. Un incendie qui perd juste en intensité selon les périodes pour se rallumer de plus belle. Pourtant ce sont bien les accords signés à Kampala qui sont censés mettre un terme à l’instabilité de la région de l’est de la RDC. Mais ils n’ont jamais empêché les combats entre le M23 et les soldats congolais de reprendre. A tel point que les populations dans le Kivu ont pointé du doigt des « négociations inutiles pour résoudre le conflit ».

Dans une interview accordée à Afrik.com en-août dernier, Justine Masika, la présidente de l’ONG Femme, qui vient en aide aux victimes de viols dans la région, dénonce un sommet où chacun défend avant tout ses propres intérêts. Selon elle, « une pétition circule actuellement à Goma pour demander à Kabila de mettre fin aux négociations de Kampala. Elles ne servent à rien ! A Kampala, tout le monde cherche uniquement des grades ». Une situation qui nous est « devenue insupportable !, déplore-t-elle. Plus les rebelles violent leurs sœurs, mères et filles, plus on cherche à les rencontrer pour négocier avec eux ! Mais pourquoi faire ? J’aimerai qu’on me dise ce qu’ils négocient tous comme ça à Kampala ? Qu’est-ce qu’ils négocient réellement, alors que nous vivons dans la souffrance ?»

Le M23 est accusé par Kinshasa et de multiples ONG de commettre impunément des viols et massacres dans l’est du pays, où les violations des droits de l’Homme sont quotidiennes. De son côté, l’ONU accuse Kigali de prêter main forte à la rébellion en lui fournissant armes et munitions. Allégations que le régime de Paul Kagamé a toujours rejetées, malgré que l’institution ait brandit des preuves.