Soldats noirs : Troupes françaises et américaines dans les deux guerres mondiales

369 th Infantry Regiment à New-York, photographie, 1918. © NARA

Il y a près de deux cent cinquante ans, la marine française recrutait des matelots (les Laptots) sur les côtes du Sénégal en Afrique… Aux États-Unis, encore territoire colonial, c’est au milieu du XVII e siècle qu’est attestée la présence d’esclaves noirs comme supplétifs et en 1643 que le Massachusetts autorise la formation militaire d’esclaves d’origines africaine.

Ces présences vont marquer en profondeur le récit de ces deux armées de chaque côté de l’Atlantique, et c’est en France que ces destins vont se croiser pour la première fois au début du XX e siècle dans les tranchées de la Grande Guerre. C’est cette histoire unique que vient retracer cette exposition.

Cette histoire est au cœur du récit des États-Unis, et traverse notamment les enjeux de la guerre de Sécession où peu à peu, les premiers contingents de « combattants noirs » sont intégrés à la Marine mais la ségrégation demeure et se renforce après la guerre civile. Avec l’engagement américain dans la Grande Guerre, la ségrégation se renforce et ce n’est que sous la pression (notamment des Français) que sur le front de l’est deux unités de «couleur» sont enfin engagées au combat, dont le mythique 369 th Infantery Regiment, alors que la majorité des mobilisés africains-américains (90%) sont renvoyés aux taches d’intendance.

Leur héroïsme au front constitue une étape majeure de leur combat pour la liberté civique aux États-Unis. Ces combattants reviendront, en petit nombre, pour libérer la France en 1944, puis s’engageront dans le long combat pour l’égalité et la fin de la ségrégation dans les forces armées américaines. Mais il faudra attendre 1954 pour que la dernière « unité de couleur » disparaisse.

Cette histoire s’attache, pour la France, à la présence de ces combattants dans l’Hexagone, elle nous parle des tirailleurs africains et malgaches, des combattants des Comores et de la Côte française des Somalis, des soldats créoles des Antilles-Guyane ou de ceux de la Réunion, des engagés kanaks de Nouvelle-Calédonie. Aux côtés des troupes métropolitaines, ces unités et toutes celles créées ensuite vont jouer un rôle militaire considérable en France lors des conquêtes coloniales, pendant les trois conflits européens ainsi que dans les guerres de décolonisation.

Les traces de leur présence lors de la Grande Guerre et lors de la Libération de la France en 1942-1945 sont des lieux de mémoire majeurs de notre histoire contemporaine.

Retracer cette histoire commune, faire ressurgir les mémoires, c’est tenter de déconstruire un enchevêtrement de mythes, loin des images fabriquées, et créer du lien entre nos pays, entre nos histoires croisées. C’est aussi s’attacher à ce passé commun qui existe entre la France et les États-Unis, entre l’Afrique et les outre-mer, et qui participe aujourd’hui d’une mémoire commune au cœur de nos sociétés. Il est désormais temps de bâtir une histoire partagée, avec distance et critique, et de croiser les mémoires pour inscrire désormais ces récits dans nos histoires nationales et dans une histoire postcoloniale.

Plus d’information sur le site de l’ACHAC consacré aux Mémoires combattantes