Sidi Bou Saïd à l’UNESCO : le village bleu et blanc sort de l’ombre de Carthage


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Sidi Bou Said mosquée Rue Habib Thameur
Sidi Bou Said mosquée Rue Habib Thameur

Le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, réuni à Busan (Corée du Sud), a inscrit le village de Sidi Bou Saïd sur la Liste du patrimoine mondial le 25 juillet 2026. La décision, adoptée sans amendement, distingue un village-sanctuaire soufi devenu lieu de villégiature et foyer artistique. Elle fait de la Tunisie le premier pays du monde arabe par le nombre de biens classés.

Sidi Bou Saïd quitte le statut de carte postale pour celui de bien du patrimoine mondial. Situé à une vingtaine de kilomètres de Tunis, sur un promontoire dominant le golfe, le village a été retenu lors de la 48e session du Comité du patrimoine mondial, tenue du 19 au 29 juillet 2026. Le dossier, déposé en février 2025 sous le titre « Sidi Bou Saïd : un centre d’inspiration culturelle et spirituelle en Méditerranée », porte sur 76,54 hectares, assortis d’une zone tampon de 84,44 hectares.

Le Comité a retenu le critère culturel (iii), qui distingue les témoignages exceptionnels sur une tradition culturelle ou une civilisation. Ce choix déplace la justification du terrain esthétique vers le terrain historique et social.

Un village-sanctuaire né autour d’un saint soufi

L’histoire du site commence avec Abou Saïd Khalaf Ibn Yahya El Tamimi El Beji, maître soufi des XIIe et XIIIe siècles, installé sur la colline pour y méditer et enseigner. Sa sépulture devient un lieu de vénération. Une zaouïa s’élève à proximité, puis des habitations autour du sanctuaire. Le noyau du village est alors un complexe religieux, ce qui le distingue des cités marchandes et des places fortes du littoral.

À partir du XVIe siècle, les dynasties tunisiennes adossent leur légitimité politique à la baraka du saint et financent l’entretien du sanctuaire. Le village prend sa forme actuelle plus tard lorsque les bourgeois de Tunis et la famille beylicale husseinite y font construire des demeures dès le XVIIe siècle. L’agglomération se densifie surtout au XVIIIe et devient siège de municipalité en 1893.

Le décret de 1915, une protection antérieure à Positano et Oia

Sidi Bou Saïd bénéficie d’un régime de protection ancien. Un décret pris en août 1915, publié au Journal officiel tunisien le 28 du même mois, encadre les constructions et l’aspect des façades sur le promontoire. Le peintre et musicologue Rodolphe d’Erlanger, installé au village en 1912, avait fait campagne auprès des autorités du protectorat pour l’obtenir, dénonçant les démolitions et les ajouts décoratifs qui altéraient les maisons.

Le dossier tunisien s’appuie largement sur cette antériorité et souligne que les mesures comparables adoptées à Positano, en Italie, ou à Oia, en Grèce, sont plus tardives et moins spécifiques.

Le palais Ennejma Ezzahra, bâti par d’Erlanger, abrite aujourd’hui le Centre des musiques arabes et méditerranéennes. Le village compte aussi la villa du couturier Azzedine Alaïa.

Une sortie du périmètre de Carthage sous conditions

Phare de Sidi Bou Saïd
Phare de Sidi Bou Saïd

Jusqu’ici, Sidi Bou Saïd relevait du périmètre du site archéologique de Carthage, classé en 1979. L’inscription lui confère une existence propre sur la Liste, avec un plan de gestion et des obligations de suivi distincts.

Le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), chargé de l’évaluation technique, a examiné l’intégrité du site et la solidité de ce plan face à la pression touristique, aux facteurs environnementaux et aux risques d’instabilité des sols. Les pluies exceptionnelles de l’hiver dernier ont fragilisé le promontoire, rappelant que la falaise demeure le principal point de vulnérabilité du village.

Dix biens tunisiens, cinq sites africains inscrits à Busan

Avec Sidi Bou Saïd, la Tunisie totalise dix biens inscrits, neuf culturels et un naturel, trois ans après Djerba. Le pays passe devant le Maroc (9 sites) et devient le premier État du monde arabe en nombre de biens classés. L’Algérie, l’Égypte, la Jordanie et le Liban en comptent sept chacun.

La session de Busan a retenu 23 nouveaux biens, dont cinq en Afrique. Outre Sidi Bou Saïd figurent les médinas des Comores, les roças de Sao Tomé-et-Principe, le paysage migratoire de Boma-Badingilo au Soudan du Sud qui a été inscrit en procédure d’urgence et simultanément sur la Liste du patrimoine en péril, et le parc national de la Garamba, en République démocratique du Congo, réinscrit sous le critère écologique (ix) en remplacement du critère esthétique (vii).

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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