Sénégal : le gouvernement adopte un projet de loi durcissant la répression de l’homosexualité


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Un couple homosexuel
Couple homosexuel

Le Sénégal a officiellement validé, lors du Conseil des ministres du mercredi 18 février 2026, un projet de loi visant à durcir considérablement la répression des relations entre personnes de même sexe. Ce texte, qui modifie l’article 319 du Code pénal, doit désormais être soumis au vote de l’Assemblée nationale pour entrer en vigueur.

Cette décision concrétise une promesse électorale du parti Pastef, actuellement aux affaires, dans un pays où la question de l’homosexualité est un sujet de tension sociale permanent. Le texte ne se contente pas de maintenir l’interdiction existante, mais propose une refonte globale de l’arsenal répressif.

Un durcissement sans précédent des peines de prison et des amendes

Le cœur du projet de loi repose sur une augmentation significative de la durée des peines d’emprisonnement. Jusqu’à présent, les actes dits « contre nature » étaient passibles d’un à cinq ans de détention. Si les députés valident la nouvelle mouture, ces peines pourraient doubler pour atteindre dix ans de prison ferme. Parallèlement, le volet financier de la sanction connaît une envolée spectaculaire, les amendes pouvant désormais s’élever à 10 millions de F CFA, contre 1,5 million auparavant.

Au-delà des sanctions physiques, le gouvernement souhaite préciser la définition légale des actes incriminés. L’objectif affiché par les autorités est de lever toute ambiguïté juridique afin de faciliter l’application de la loi. Cette rigueur accrue s’inscrit dans une volonté affirmée de protéger ce que le pouvoir en place considère comme les valeurs morales et culturelles fondamentales du Sénégal.

La traque de l’apologie et du financement LGBT

La grande innovation de ce projet de loi réside dans l’extension des poursuites aux personnes et organisations accusées de faire la promotion de l’homosexualité. Le ministre de la Culture, Amadou Ba, a été explicite sur ce point : toute entité encourageant la culture LGBT à travers le cinéma, la télévision, l’écrit ou tout autre support de propagande sera passible de sanctions. Cette mesure vise directement les ONG et les réseaux militants actifs sur le terrain des droits humains.

Toutefois, pour éviter les dérives et les règlements de comptes personnels, le texte introduit un garde-fou contre les dénonciations calomnieuses. Accuser un individu sans preuve deviendra un délit spécifique, passible de deux à trois ans de prison. Le gouvernement tente ainsi de naviguer entre une répression accrue et le maintien d’un certain ordre public face aux risques de vindicte populaire.

Un climat social de plus en plus électrique à Dakar

Cette offensive législative survient dans un contexte de forte crispation. Début février, l’arrestation de douze hommes, incluant deux personnalités locales célèbres, a enflammé les réseaux sociaux et ravivé les appels à la délation. Certains de ces prévenus font face à des accusations supplémentaires liées à la santé publique, ce qui a accentué le rejet au sein d’une partie de la population.

Face à cette situation, les organisations internationales comme Human Rights Watch tirent la sonnette d’alarme. Elles dénoncent une « homophobie politique » et s’inquiètent de la sécurité des personnes vulnérables, notamment celles vivant avec le VIH/sida. Pour les défenseurs des libertés, ce nouveau cadre légal pourrait transformer une réprobation sociale déjà forte en une véritable traque d’État organisée.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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