Santé : le Cameroun prône l’indemnisation pour lutter contre la fuite des cerveaux

Les pays riches devraient indemniser les pays en développement quand des médecins formés sur place quittent le pays pour exercer au Nord, estime le ministre camerounais de la Santé. Urbain Olanguena Awono, rencontré le 15 mai dernier à Genève (Suisse) à l’occasion d’une rencontre organisée par Les entreprises du médicament en France, revient également sur les principaux défis auxquels sont confrontés le Cameroun et le continent.

Par Nadège Ouinsou

A l’occasion de l’Assemblée générale de l’Organisation Mondiale de la Santé, Les entreprises du médicament en France (LEEM) ont organisé un dialogue à Genève, le 15 mai dernier, avec les représentants de nombreux gouvernements et acteurs de la santé de la zone francophone pour faire le point sur les politiques de santé et du médicament. Afrik.com y a rencontré, le ministre camerounais de la Santé publique. On retiendra principalement la position d’Urbain Olanguena Awono, sur la fuite des cerveaux. Ce dernier milite pour l’indemnisation du pays quand des médecins formés sur le territoire national s’en vont travailler ailleurs.

Afrik.com : Quels sont les grands défis auxquels est confronté l’Afrique ?

Urbain Olanguena Awono :
L’Afrique doit aujourd’hui faire face à de grands défis tels que le paludisme et le sida. L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest sont également confrontées à la poliomyélite. Cette année est cruciale dans la mesure où une vaste campagne de vaccination contre la maladie est organisée dans plusieurs pays du continent. Pour ce qui est du Cameroun, nous attendons plus d’engagement mondial. Nous souhaitons investir davantage dans la santé et il faut que cet investissement soit productif. Le budget alloué à la santé publique a été multiplié par deux entre 2001 et 2002. Nous avons peu de moyens mais nous faisons de notre mieux. Le Fonds mondial contre le Sida et la tuberculose représente, à ce titre, une ressource additionnelle pour que nous puissions progresser dans ce domaine.

Afrik.com : Le Cameroun souffre d’une pénurie de médecins, notamment dans les zones rurales. Comment luttez-vous contre ce phénomène ?

Urbain Olanguena Awono :
Le Cameroun est confronté à une fuite des cerveaux. De nombreux médecins, formés dans le pays ou à l’étranger grâce à des bourses, s’installent en Europe et aux Etats-Unis. On peut donc dire que nous subventionnons ces pays. Il faudrait qu’ils nous payent une contrepartie pour nous dédommager. Nous envisageons d’ailleurs d’adopter un code dans ce sens, avec le Commonwealth (le regroupement de la Grande Bretagne et ses anciennes colonies, ndlr). Sur le plan national, nous essayons de gérer cette pénurie mais nos moyens sont limités. Nous avons toutefois mis en place un plan de développement des ressources humaines afin de recruter davantage de professionnels de la santé.

Afrik.com : La cherté des médicaments en Afrique est un problème majeur en Afrique. Quelle politique avez-vous sur la question ?

Urbain Olanguena Awono :
Le prix élevé des médicaments représente effectivement un problème majeur. Nous oeuvrons pour une humanisation de la santé. Il faut plus penser à ceux qui achètent ces médicaments. Nous travaillons pour baisser les prix des médicaments et des vaccins. Nous sommes parvenus à diminuer d’à peu près 65% le coût des médicaments essentiels. Par ailleurs, nous utilisons beaucoup de génériques.