Sanctions américaines contre l’armée rwandaise : Denis Mukwege appelle à l’isolement international de Kigali


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Denis Mukwege
Denis Mukwege

Le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, a salué l’annonce de nouvelles sanctions américaines visant l’armée rwandaise et plusieurs hauts responsables de Kigali, tout en appelant la communauté internationale à aller plus loin pour « isoler le régime agresseur ».

Dans un communiqué publié mardi 3 mars, l’opposant congolais a réagi à la décision du département du Trésor des États-Unis, à travers l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), d’inscrire la Rwanda Defence Force (RDF) et quatre ressortissants rwandais sur la liste des personnes et entités sanctionnées.

Des sanctions jugées « nécessaires mais non suffisantes »

Pour Denis Mukwege, cette initiative de Washington constitue un signal fort dans un contexte de tensions persistantes dans l’est de la RDC, marqué par un soutien de Kigali à la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23). « Nous aspirons à ce que la décision de Washington contribue à une modification du rapport de force sur le terrain. Ces sanctions du Trésor américain sont nécessaires mais non suffisantes », écrit-il.

Le lauréat du Nobel estime que ces mesures doivent s’inscrire dans une dynamique internationale plus large afin d’assurer l’application effective de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige notamment un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, la fin du soutien au M23 et le démantèlement des administrations parallèles mises en place dans les zones sous contrôle rebelle.

L’appel à une action coordonnée des partenaires internationaux

Au-delà des États-Unis, Denis Mukwege exhorte l’ensemble des partenaires internationaux du Rwanda à « reconsidérer leurs relations » avec Kigali et à adopter des sanctions coordonnées, à la fois politiques, diplomatiques et économiques. Il cible particulièrement l’Union européenne ainsi que certains États membres, dont la France et la Pologne, les appelant à « suspendre sans plus tarder leur coopération sécuritaire et militaire » avec le Rwanda et à geler l’aide budgétaire directe accordée au pays. Selon lui, l’objectif doit être d’isoler le régime rwandais au plus haut niveau décisionnel afin de favoriser « une sortie de crise durable » dans la région des Grands Lacs.

Denis Mukwege va plus loin en estimant que ces sanctions devraient avoir des répercussions au sein même des Nations unies. Les États-Unis demeurant un des principaux bailleurs des missions onusiennes, il considère qu’il serait « inacceptable » que l’ONU continue d’employer des troupes rwandaises dans le cadre des opérations de maintien de la paix pilotées par le Département des opérations de paix des Nations unies. Le gynécologue congolais accuse l’armée rwandaise de s’être distinguée « depuis 30 ans dans la déstabilisation de la région des Grands Lacs africains », évoquant des violations graves du droit international humanitaire et des droits humains documentées par différents rapports des Nations unies, notamment le rapport Mapping et les publications successives du Groupe d’experts sur la RDC. Au total, cette nouvelle prise de position de Denis Mukwege demeure cohérente avec sa posture habituelle sur la question de l’agression rwandaise dans l’est de la RDC.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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