
Le Président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, est en visite d’État en France. Une nouvelle page s’ouvre dans les relations entre Nouakchott et Paris, dans un contexte régional particulièrement instable. Accueilli par Emmanuel Macron, le dirigeant mauritanien a été présenté comme un partenaire clé dans une zone sahélienne en pleine recomposition. Mais derrière les déclarations diplomatiques, cette rencontre fait ressortir de sérieuses questions liées à la sécurité, aux migrations. Mais aussi aux intérêts économiques, sans compter les repositionnements géopolitiques.
Sahel et sécurité : une coopération sous pression
Depuis plusieurs années, la Mauritanie se distingue par une relative stabilité au sein d’un Sahel secoué par les crises politiques et sécuritaires. Ce positionnement lui vaut aujourd’hui une attention accrue de la part des puissances occidentales, en particulier de la France. Aujourd’hui, Paris est en quête de relais fiables après son recul au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Au cœur des échanges entre Emmanuel Macron et Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani figurent les défis sécuritaires dans la région du Sahel. Face à la montée des groupes armés et à l’extension des zones d’insécurité, la Mauritanie défend une approche rassurante.
Une stratégie que Nouakchott présente comme un modèle alternatif dans une région marquée par l’échec de nombreuses interventions militaires. Cependant, cette stabilité relative reste fragile. Les dynamiques en cours au Sahel central font peser un risque réel de propagation des violences vers les pays côtiers et jusque sur le territoire mauritanien. Dans ce contexte, la coopération avec la France apparaît à la fois comme une nécessité et un pari risqué. Tant l’image de Paris s’est dégradée dans plusieurs pays africains ces dernières années.
Migration et réfugiés : un enjeu global
La question migratoire s’est imposée comme un autre axe central des discussions. La Mauritanie accueille aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de réfugiés, principalement en provenance des zones de conflit du Sahel. Cette situation place le pays au cœur des routes migratoires reliant l’Afrique subsaharienne à l’Europe. Ce qui renforce le rôle stratégique de la Mauritanie dans les politiques migratoires européennes. Pour Emmanuel Macron, le soutien à Nouakchott s’inscrit dans une logique de gestion en amont des flux migratoires.
Mais cette approche est régulièrement critiquée. La Mauritanie, de son côté, malgré une pression croissante sur ses ressources et ses infrastructures, tente de préserver sa stabilité sociale. Alors que plusieurs États sahéliens se sont éloignés de la France, la Mauritanie apparaît comme un partenaire de plus en plus central dans la stratégie française en Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, les discussions ont abordé d’autres crises internationales, notamment au Moyen-Orient. La Mauritanie cherche ainsi à diversifier ses partenariats tout en consolidant ses relations traditionnelles.
Pêche, économie et ressources : des intérêts croisés
Le volet économique de la visite n’est pas en reste, notamment le secteur halieutique pour la Mauritanie. La pêche représente une part significative de son produit intérieur brut et de ses exportations. Comme en témoigne le déplacement à Brest, avec la visite d’Ifremer. Un intérêt porté à la gestion durable des ressources maritimes. Cependant, cette richesse attire également des convoitises, notamment de la part de flottes étrangères pratiquant parfois la pêche illégale. La coopération avec la France vise ainsi à renforcer les capacités de surveillance maritime.
La visite s’achève par un forum d’affaires avec le Medef, destiné à renforcer les échanges économiques entre les deux pays. Si la France reste un partenaire important en matière d’aide au développement, elle demeure relativement en retrait sur le plan commercial, derrière des acteurs comme la Chine ou le Canada. Les discussions portent notamment sur les opportunités liées aux ressources naturelles, en particulier le gaz offshore exploité en partenariat avec le Sénégal. Ces projets suscitent de grands espoirs économiques, mais aussi des inquiétudes quant à la répartition des bénéfices et à leur impact environnemental.




